#TourismeDurable

Sébastien et le CO²…

| Publié le 1 mai 2021 • Mis à jour le 4 mai 2021 à 9h56
Thèmatique :  Conseils   Ingénierie   Initiative privée   Portrait 
         

C’est l’histoire d’un jeune ingénieur spécialisé dans le changement climatique. Invité à la tribune d’un congrès international au Maroc il y explique pourquoi, dans un premier temps, il avait décidé de refuser l’invitation…

Sébastien Bruyère ingénieur sur un pont avec son vélo pliant et Brighton pier en fond
Sébastien et son vélo pliant en vadrouille

… A ses yeux,en effet,  parcourir une telle distance, en avion, pour deux jours seulement, n’avait pas de sens : l’empreinte carbone de son voyage était beaucoup trop lourde.

Puis Sébastien a découvert que les organisateurs de l’événement (le Forum International du Tourisme Solidaire, à Ouarzazate) proposaient aux participants d’arriver trois jours avant le congrès pour se mêler à diverses « caravanes » de sensibilisation devant les conduire à la rencontre d’initiatives locales. Grâce au calculateur particulier qu’il a développé, le jeune homme a refait son calcul… L’icône en forme de tête humaine liée au résultat affichait cette fois un petit sourire. « Pour 5 joursl’empreinte était davantage lissée, plus acceptable » explique Sébastien. Qui décide finalement de répondre favorablement à l’invitation du FITS (dédié cette année à la résilience climatique !!). Où il se rend, donc, mais une fois sur place, au lieu du discours conventionnel qu’il a préparé, l’ingénieur raconte son histoire à une salle de professionnels du tourisme et du développement durable visiblement fascinés par son approche. Et… son implication.

Pour Sébastien en effet, tout a commencé plusieurs années plus tôt, lors d’une discussion animée avec sa compagne. Désireux de se rendre en Irlande en passant par l’Angleterre, le couple hésite sur le choix du moyen de transport initial jusqu’à Londres. Sébastien souhaite privilégier le train, sa compagne lui fait remarquer que c’est quand même « plus simple – et plus rapide ! – en avion ». « Oui, mais en train, c’est sympa aussi, et puis c’est nettement moins de carbone. » Il lui montre alors le poids de carbone émis dans chacune des deux hypothèses. Devant la mine incertaine de son amie, il comprend que les chiffres affichés ne lui disent rien. Il réalise en réalité d’un seul coup que tous les calculateurs d’émission de CO² existant, abstraits, ne parlent pas aux gens… 50 kg de CO² pour rejoindre Marseille, c’est beaucoup ? Ou bien c’est peu, au contraire ?… Cherchant un moyen de se faire mieux comprendre, Sébastien explique à la jeune femme qu’en prenant ce vol pour Londres, elle émettra en une heure autant de carbone qu’un Européen moyen au cours de deux semaines de vie quotidienne. Intérêt… Au fil du temps, l’image fait son chemin et le couple l’utilise régulièrement quand il s’agit de préparer un voyage, empruntant désormais plus volontiers le train.

L’actuel calculateur de Sébastien : work in progress…

« Il existe déjà des tas de calculateurs d’émission, explique Sébastien, et j’ai moi-même mis au point des outils complexes et précis nécessitant de gros calculs, mais pour guider des choix simples, au quotidien, il y a beaucoup moins de solutions ».

En réalité, avant même ce voyage en amoureux en Irlande, cela fait des années que Sébastien réfléchit à la question. Grand voyageur mais également grand défenseur de l’environnement travaillant à la résilience climatique au sein d’un cabinet de conseil, il s’est souvent retrouvé écartelé entre ses envies de voyages lointains et le poids de CO² représenté par ses escapades. « Tout mon argent part en voyages, c’est ma grande passion. Mais il y a quelques années déjà, sans vouloir y renoncer, j’ai souhaité minimiser mon empreinte ». Sébastien commence par inscrire tous les voyages de sa vie dans un tableur et analyse les différences entre les diverses années : 700 kg de CO² en 2015 seulement pour une année de voyages en train dans les pays frontaliers, mais 11 tonnes en revanche en 2017 avec un unique voyage au Japon !). Il se livre à divers calculs et en arrive à la conclusion qu’il ne s’agit pas d’interdire les voyages lointains mais de leur donner une durée suffisante pour « lisser » leur empreinte carbone et la rendre acceptable. « Cela a radicalement changé ma manière de voyager. Avant, j’allais au plus simple ; à présent je m’interroge sur le sens que peut avoir tel ou tel voyage au regard de sa durée, je regarde systématiquement les alternatives à l’avion, prends beaucoup le train et emmène de plus en plus souvent mon vélo pliant avec moi. Du coup, les opportunités se trouvent multipliées et voyager ainsi me plaît finalement encore davantage ! ».

Après avoir convaincu son amie, Sébastien a retravaillé à son outil, le dotant d’un émoticône plus ou moins souriant selon le CO² généré par tel voyage (distance, moyens de transport, durée) et comptabilisé en « journées ordinaires ». «  Il reste un peu de travail avant d’en arriver à une simple page web vous donnant un résultat en quelques clics, mais l’accueil que m’ont réservé au FITS tous ces professionnels m’a conforté dans l’idée que cet outil pouvait servir. Je suis pour ma part prêt à collaborer avec tous ceux que cela intéresse… »  

En attendant, Sébastien s’est même mis à utiliser son calculateur pour planifier ses déplacements professionnels, préférant par exemple le train à l’avion lors d’un récent déplacement en équipe d’une journée à Davos, en Suisse. « Le Glacier Express qui nous a conduit jusque là-bas était sans doute le plus lent du monde, mais nous avons travaillé tout du long, en admirant des paysages incroyables. Ce fut un VRAI voyage de travail pour le coup ».

Au travail, à bord de l’Express Glacier…

A bon entendeur… sbruyere@ramboll.com et bruyere.sebastien.pro@gmail.com

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Sébastien et le CO²… | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Jerome Bourgine
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