Quand l’hospitalité se fait solidarité…
Parce qu’elle était davantage « débordée par les annulations que par les réservations », la famille Rouaud qui tient le Gite des Algues, à Séné, et celui des Bulles, dans le centre de Vannes, a décidé de mettre ses hébergements à la disposition du personnel soignant intervenant en renfort dans l’hôpital de la ville. Un élan du cœur qui a aussitôt fait mouche. C’est donc également vers ces initiatives-là que nos applaudissements s’envolent, chaque soir, à 20h. Récit…

Voyageons autrement : Quelle est votre clientèle habituelle ?
Damien Rouaud : Dans le gite des Algues qui se trouve à Séné, au bord du golfe du Morbihan, nous hébergeons généralement des touristes tandis que le gite des Bulles situé, lui, au centre de Vannes reçoit principalement le personnel des entreprises de passage.
VA : Comment vous est venue l’idée de mettre vos gites à disposition du personnel médical ?
DR : Comme les gites se sont d’un coup retrouvés vides et que, quoi qu’il en soit, nous continuons de payer les charges, nous nous sommes dit que, peut-être, cela faciliterait la vie de ceux qui bosse dur pour nous tirer d’affaire. J’ai pensé également que ce serait plus confortable pour ces personnes épuisées que de résider dans les hôtels, lesquels, de toute façon, ont entretemps dû fermer leurs portes. Nous avons vu cela comme un moyen de donner un coup de pouce à ceux qui étaient débordés ; une manière d’alléger un peu leur gestion de la crise en les soulageant de ce point noir supplémentaire.
VA : Comment avez-vous fait pour concrétiser cet élan du cœur ? Qui avez-vous contacté et comment votre proposition a-t-elle été reçue ?
DR : Nous sommes ouverts depuis 5 ans et, par le passé, j’avais déjà contacté l’hôpital Chubert de Vannes ainsi que la clinique voisine pour leur proposer nos hébergements. Ils m’avaient à l’époque répondu que, malheureusement, ils ne pouvaient pas se tourner vers nous car ils fonctionnaient en marché public. Je les ai recontactés en début de semaine quand j’ai vu la tournure que prenaient les événements et l’accueil téléphonique m’a aussitôt passé la DRH dont les premiers mots ont juste été : « C’est top, merci !! ». J’ai l’impression que mon coup de fil tombait bien et, de fait, cette femme m’a alors expliqué que le cadre de santé appelé en renfort de Rennes serait ravi de ne plus avoir à faire la route chaque matin et chaque soir pour les rejoindre. De plus, le gite du centre-ville est autonome et tout peut s’y passer sans contact ; l’idéal.
VA : Serez-vous payés ?
DR : Non, bien sûr que non. Et je n’ai bien évidemment rien demandé. La DRH a bien évoqué à un moment la possibilité d’un éventuel défraiement relatif aux charges, mais cela n’a aucune espèce d’importance.

VA : Et l’autre gite, celui de Séné proche de votre maison ?
DR : L’hôpital n’en avait pas besoin pour le moment et c’est un informaticien en mission dans la ville qui y réside pour l’instant. Il a vu le post qu’on avait mis sur facebook et s’est dit que ce serait plus confortable que de dormir dans sa voiture, seule solution pour lui étant donné que son hôtel (pourtant sans partie commune) venait de fermer. Mais attention : on ne peut en vouloir à personne ; la situation est nouvelle pour tout le monde et il faut donc improviser. En réfléchissant juste un tout petit peu aux autres. C’est pourquoi je trouve dommage qu’aucun « gros » (à l’exception notable de Vaovert !) n’ait eu le moindre geste dans ce sens. Abritel, Airbnb, Windu, Gites de France, les seuls courriers que j’ai vu passer émanant de ces grosses structures avaient trait aux pertes financières qu’elles allaient subir. No comment…
VA : Aucune initiative semblable ailleurs ?
DR : Si, des tas, bien sûr ! Partout dans le pays. Et cela fait chaud au cœur, mais émanant toujours d’individus. La DRH m’a ainsi raconté qu’elle avait déjà été contacté par un particulier qui lui avait proposé son logement vacant en ville et qu’elle l’avait aussitôt retenu pour une autre personne appartenant à l’équipe de renfort.
VA : Un dernier mot en ces temps particuliers ?
DR : La situation ?… Zéro réservation à l’horizon. D’évidence, les temps à venir vont être difficiles financièrement. Pour nous, mais également pour combien d’autres ?… Alors, bien que réduits à l’inaction forcée, nous sommes ravis de pouvoir quand même faire quelque chose plutôt que d’uniquement tourner en rond. Si cela ne nous nourrit pas matériellement, au moins, cela nous sustente moralement !

Par Jerome Bourgine
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