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Sauvons les dernières tortues marines !

| 11 janvier 2018 • Mis à jour le 11.01.2018 à 9h51
         

A l’occasion de la sortie de son dernier livre : « Tortues marines, la grande odyssée », Robert Calcagno, le Directeur général de l’Institut océanographique, Fondation Albert Ier, Prince de Monaco – et de la Maison des Océans à Paris – nous explique pourquoi, après avoir écrit sur les requins et les méduses, il communique aujourd’hui sur les tortues, « espèce sentinelle » dont les rangs ont dors et déjà été décimés à plus de… 90% ! Rencontre avec un grand protecteur des océans…

Voyageons Autrement : Après avoir écrit sur les méduses et les requins (des espèces mal connues ou mal appréciées), voici un livre sur les tortues marines. Qu’ont-elles de si fascinant ?

Robert Calcagno : Tout d’abord, les tortues sont une espèce attachante pour laquelle les gens ont de la sympathie, mais au-delà de cela, je les ai choisies car elles appartiennent à une espèce sentinelle, un véritable baromètre de la santé des océans. Or que nous indique ce baromètre ? Que depuis 50 ans, les tortues tout comme l’océan souffrent énormément et menacent de disparaître.

VA : Combien d’espèces de tortue existe-t-il ?

RC : Sept espèces seulement sont connues dans le monde, alors que les requins, qui souffrent également beaucoup, mais ont la capacité de s’adapter, en tous cas pour certaines espèces dont le nombre total s’élève à plus de 500. Tandis que nos tortues sont toutes, elles, sur la liste rouge et, normalement, protégées. Ce qui n’empêche qu’on estime que la population survivante est inférieure à 10% de ce qu’elle était jadis. Avec des situations très variées suivant les endroits du monde…

 

VA : En quoi, les tortues sont-elles une espèce sentinelle ?

RC : Elles le sont de par leur mode de vie, très exposé, à l’interface de la mer,  de l’air et de la terre. Nées sur une certaine plage, elles parcourent ensuite des milliers de km pour pouvoir grandir et s’adapter, jusqu’à 20 ou 30 ans plus tard, revenir pondre sur la même plage. Une incroyable odyssée qui les amène malheureusement à croiser les deux périls principaux imposés par l’homme. La surexploitation des océans d’une part, car même si les tortues sont officiellement protégées dans de nombreux pays, d’autres, sous diverses excuses, en pêchent encore. Mais surtout, la pêche des autres poissons cause dans leurs rangs de terribles dégâts : plus d’un demi-million de tortues tuées chaque année, même si certains pêcheurs (chaluts notamment) essaient de les épargner. Et puis il y a la pollution, par les plastiques surtout, dans lesquels elles s’emmêlent et qu’elles avalent.     

VA : Quelles mesures concrètes et réalistes pourrait-on prendre ?

RC : La seule mesure réaliste consiste à développer une relation plus durable avec l’océan et de réduire nos pollutions, surtout plastique, concernant les tortues. D’adopter des dispositifs et des quotas de pêche raisonnables, ce qu’ils ne sont pas, mais surtout, de changer complètement notre rapport à la mer, ce qui va, bien sûr, réclamer du temps et continuer de faire prendre conscience aux habitants de la planète de l’enjeu essentiel que cela représente. En attendant, il faut faire tous les efforts : aider les tortues blessées ou malades, secourir celles qui sont en péril, leur conserver surtout des plages ou des parties de plage sauvages où elles puissent pondre, hors de portée des humains et… des chiens, entre autres prédateurs.

VA : Comment en est-on arrivé là et quel défi majeur nous attend ?

RC : C’est le vrai sujet. L’homme et la mer doivent se réconcilier. Jusqu’à il y a cent ans, à quelques exceptions près, les humains étaient terrifiés par l’océan, milieu hostile, violent parfois. Malgré le passage des siècles, il peinait véritablement à aborder cet univers marin. Cela a complètement changé au cours du XX° siècle grâce aux progrès techniques. Même si la mer demeure une expérience prise au sérieux par l’homme, il y travaille, fouille, s’amuse et surtout exploite désormais l’océan sans retenu, le considérant, de plus, comme une poubelle tellement immense qu’elle serait en mesure de digérer et neutraliser tous ses rejets. Ce qui est faux naturellement, on le sait aujourd’hui. L’océan souffre terriblement de l’humanité qui pourtant a fondamentalement besoin de lui. Il convient donc, au plus vite, d’entrer avec l’océan comme avec la planète dans une relation plus respectueuse.

VA : Au fait, sait-on – enfin ! – comment les tortues s’orientent et parviennent à revenir sur leur lieu de naissance des décennies après ?

RC : Eh bien non, on ne sait pas vraiment encore, même si on commence à s’en faire une idée, le problème étant que l’humain ne maîtrise pas lui-même les sens mis en oeuvre par les tortues. L’orientation magnétique tout d’abord, les tortues étant capables de se repérer grâce à un GPS personnel sur le champ magnétique terrestre, l’odorat ensuite pour l’approche finale de la plage de naissance, aucun lieu au monde ne possédant la même signature olfactive pour un odorat puissant. D’où l’importance de préserver les plages et… leur végétation ! Car si vous coupez les arbres qui bordent la plage, la signature olfactive change et les tortues, pensant s’être trompées vont aller chercher… ailleurs !

VA : Côté espoir, des organisations, des pays ont-ils commencé à agir dans le sens d’une protection sérieuse des tortues ?

RC : Oui, heureusement, beaucoup. Les tortues sont normalement protégées dans près de 140 pays, le commerce et le transport de tortues à l’international sont également interdits et puis, comme souvent, heureusement, la société civile s’est emparée du problème ; il existe, de par le monde, des milliers d’association militantes qui sensibilisent, protègent, luttent et agissent et nous allons grossir leurs rangs en créant, dans le prolongement de l’Institut, un centre de soins qui leur sera dédié…

 

VA : Au-delà de la vulgarisation, en tant que directeur de l’Institut Océanographique de Monaco et de la Maison des Océans à Paris, vous mobilisez les énergies autour de la protection des océans. De quelle manière ?

RC : Notre rôle est de médiation. Nous sommes en contact et en partenariat avec nombre de chercheurs, juristes, explorateurs, réalisateurs, etc. autant de gens qui savent. Et nous nous donnons pour mission, grâce à leur apport de faire découvrir la beauté et la fragilité de l’océan au grand public. Mais aussi aux hommes politiques et aux chefs d’entreprise par exemple. A tous ceux qui pourront nous aider à aller vers une relation plus équilibrée. C’est un message difficile à faire passer. Il faut le dire encore et encore, en touchant les gens au moyen d’animaux emblématiques comme les tortues, les requins mais aussi, les méduses* qui prolifèrent aujourd’hui en raison du dérèglement global des océans.

* Robert Calcagno a consacré ses deux derniers ouvrages à ces espèces.

VA : Pouvez-vous nous parler de la campagne des Explorations de Monaco que vous avez lancée cette année ?

RC : S.A.S. le Prince Albert II de Monaco se place là dans la droite lignée de ses ancêtres, son trisaïeul ayant créé l’institut océanographique et conduit lui-même de nombreuses expéditions. D’une part, le prince Albert s’engage dans ce type d’expéditions par goût personnel, mais surtout, il sait que l’on ne parle et ne défend jamais mieux les choses que lorsqu’on les connaît et les aime et qu’on ne convainc qu’en connaissant parfaitement les problématiques auxquelles on s’attaque.

VA : Etes-vous pessimiste ou confiant pour les années à venir et pour quelles raisons ?

RC : Je suis, personnellement, un optimiste raisonné. La nature comme le génie humain présentent de réelles qualités. Je pense qu’à l’aide des outils digitaux de partage notamment, l’humain est en train de mettre en place un début de conscience, voire d’intelligence collective qui va, inévitablement, l’amener à infléchir sa conduite. Le second motif de mon optimisme est plus brutal : en réalité, nous n’avons pas le choix : il faut changer ! Or, ce discours qui, il y a 20 ans encore, étaient celui d’une minorité, gagne peu à peu l’ensemble de la population et les chefs d’état qui, aujourd’hui, ont conscience qu’il fait partie de leur devoir d’intégrer la dimension écologique et respectueuse à leur mandat sont de plus en plus nombreux.

 


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Par Jerome Bourgine

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