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Refuge Remix : imaginer le futur des refuges de montagne

| 17 septembre 2019 • Mis à jour le 19.09.2019 à 14h05
Thèmatique :  Acteur associatif   Conseils   Espaces protégés   Formations   Guides   Innovation 
         

Du 5 au 7 juin dernier se tenait sur trois jours au refuge de l’Alpe de Villar-d’Arène un événement des plus intéressants et originaux: Refuge Remix  ou une expérimentation créative et collaborative pour repenser la place des refuges dans la montagne de demain face aux nombreux défis qui l’attendent. Cette initiative, la première de ce genre, a été organisée par l’équipe RefLab dans le cadre du programme de recherche Refuges Sentinelles et co-pilotée par le Laboratoire d’excellence Innovation & Territoires de Montagne -LabEx ITEM- et le Parc National des Ecrins. Les réflexions furent nombreuses et intenses lors de ces journées hors norme qui ont rythmé la vie de ce bel îlot niché dans les Ecrins à deux pas des sources de la Romanche.

Le site splendide du refuge de l’Alpe de Villar d’Arène, dans le massif des Ecrins. / @vanessabeucher

Mais avant de développer un peu plus sur Refuge Remix, revenons à la notion même de refuge. Qu’est-ce donc qu’un refuge de montagne? La définition courante est celle d’un ‘bâtiment destiné à fournir un abri et éventuellement de la nourriture aux alpinistes et randonneurs.’ Les refuges sont en quelque sorte l’âme de la montagne et leur histoire se confond avec celle de l’alpinisme et de la conquête progressive des sommets. Au début, on utilisa les cabanes de bergers et les abris naturels sous roche. En 1877, le fameux comte Henry Russell fit construire dans les Pyrénées un simple mur adossé à une paroi rocheuse au pied du Cylindre. Plus tard, il fut à l’origine des sept grottes Russell, creusées dans la roche au niveau du massif du Vignemale. Ces exemples resteront sans suite. Le premier refuge de France a été construit en 1793 au Montenvers à l’embouchure de la Mer de Glace mais la plupart d’entre eux ont vu le jour au 19ème siècle comme celui la Fare dans le massif des Grandes Rousses, bâti en 1876. Quant à la chaîne pyrénéenne, elle a accueilli son premier réel refuge en 1890 avec celui de Tuquerouye dans le massif de Gavarnie. Après la Seconde Guerre Mondiale et l’essor des loisirs de montagne, on construit alors des refuges qui s’apparentent plus à des maisons ou à des chalets. Les édifices sont parfois imposants et sans véritable préoccupation écologique mais depuis quelques années, d’importants changements ont été constatés: la tendance est à plus de légèreté dans la construction, avec l’emploi de matériaux naturels, de panneaux solaires…

Sabine Kaincz, gardienne du refuge avec son mari André, pose devant le mur de partage créé lors de l’événement. / @vanessabeucher

Le lieu retenu pour le déroulement de Refuge Remix est le refuge de l’Alpe de Villar d’Arène, situé à 2079 mètres d’altitude dans le vallon des sources de la Romanche. Sa configuration est idéale par son accessibilité (seulement 1h30 de marche depuis Arsine), par l’évolution de sa fréquentation (de moins en moins d’alpinistes en été et de plus en plus de randonneurs et de publics découvrant la montagne), et enfin par sa structure qui a peu évolué depuis sa construction en 1989. La date correspondait quant à elle à un créneau propice juste avant le début de la saison d’été afin de pouvoir disposer d’une plus grande liberté dans l’organisation et l’investissement des lieux. Les profils des participants étaient multiples et couvraient toute une palette de compétences: ingénieurs-concepteurs, chercheurs, designers, graphistes, illustrateurs, artistes, architectes, bricoleurs en tout genre… Ainsi, 6 équipes composées chacune de 6 personnes, recrutées par cooptation et appel à candidature, ont répondu présentes et se sont réunies pour puiser dans leur savoir et leur imagination lors de ce marathon créatif. Car, comme le souligne l’équipe de RefLab, ‘sous l’influence des changements climatiques, culturels et technologiques, le statut, les fonctions et les publics des refuges de montagne se transforment. Ils deviennent de véritables laboratoires récréatifs dans lesquels les questions patrimoniales et de qualité d’accueil se conjuguent désormais avec des enjeux d’initiation, d’expérience, de transmission et d’observation de la relation à la montagne. Il s’agit de repenser l’espace-temps du refuge et de ses abords, en réinterrogeant les rythmes sociaux, temporels et spatiaux du refuge dans une logique de convivialité et de soutenabilité.’  Les chiffres et statistiques parlent en effet d’eux-mêmes et sont implacables: 9 000 milliards de tonnes de glace ont été perdues sur la surface du globe depuis 1961. Les glaciers des Alpes risquent de fondre à plus de 90% d’ici la fin du siècle si rien n’est fait pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Les quelque 4000 glaciers alpins, attraits touristiques mais également fournisseurs d’eau à des millions de personnes, sont en première ligne du réchauffement climatique. Des chercheurs ont mis en évidence une très forte accélération de la fonte de ces glaciers au cours des dix dernières années, beaucoup plus importante que celle estimée par des études antérieures. Le recul glaciaire affecte l’accès à l’eau douce pour l’irrigation et l’utilisation domestique, mais aussi les animaux et les plantes et à plus long terme le niveau des océans. C’est aussi toute la structure et la géographie de la haute montagne qui est en train de se modifier, remettant en cause ou changeant radicalement certaines courses de haute montagne par la disparition progressive de la glace.

L’Abri, une cabane low tech pour permettre à de petits groupes de se retirer en pleine montagne. / @reflab

Les ‘remixeurs’ ont bien évidemment dû respecter certaines contraintes: la configuration du refuge de l’Alpe, un lieu assez facilement accessible mais cependant isolé et déconnecté, disposant d’une énergie limitée. L’idée était de s’orienter vers ‘un format d’atelier créatif frugal et low-tech, avec des matériaux légers, à l’impact environnemental minimal, et facilement transportables à pied.’ C’est certain qu’un refuge classique n’allait pas être construit avec les moyens du bord mais le but n’était pas là! Les objectifs étaient clairement définis: inspirer à partir de prototypes et de scénarios les gardiens des refuges à impulser des réaménagements adaptés aux divers types de publics, tout en respectant les milieux naturels environnants. Toutes les personnes participantes se sont d’abord retrouvées au Jardin du Lautaret pour une première rencontre et une présentation du programme des trois journées. Puis l’équipe a rejoint chargée de son matériel le refuge, en évoluant à travers les magnifiques paysages alpins du col du Lautaret, du glacier de l’Homme et de la vallée des sources de la Romanche. Sabine et André Kaincz, qui tiennent le refuge de l’Alpe depuis 20 ans, les ont accueilli avec bonne humeur et enthousiasme, ravis d’être les hôtes de ce type d’événement. Sabine souligne l’importance de cette initiative, ‘permettant selon elle à des personnes qui n’étaient pas forcément appelées à se rencontrer de se connecter ensemble et d’investir le champ des possibles.’ Au cours des prochaines 48 heures, chaque groupe s’est alors lancé un défi en réalisant son propre prototype. Les thèmes centraux étaient les suivants: la limitation des transports non-pédestres, la gestion de l’énergie et des déchets. C’est ainsi que le prototype ‘L’Abri’ a vu le jour, un petit refuge autogéré fait d’une boîte avec des moyens basiques pour se chauffer et se préparer à manger. Adaptable et transposable à tout espace, cette cabane low-tech permet à de petits groupes de se retirer en toute autonomie en pleine montagne. Quant au ‘Refuge des Rêves d’Altitude‘, il se révèle être totalement atypique car il permet aux randonneurs et alpinistes de traduire leur expérience de vie en montagne par le son, le dessin, l’écriture… Il donne la possibilité d’exprimer ses émotions, de laisser une trace de façon tout à fait éphémère. Mais il y a aussi eu le ‘Refuge Paysan‘, le réchaud fabriqué à l’aide de boîtes de conserves… Tout cela rejoint le consensus assez général depuis quelques années de construire des refuges de moins en moins pérennes. La part belle a également été laissée à la question de la vie commune en refuge. A cet égard, les gardiens Sabine et André organisent depuis un moment déjà toutes sortes d’événements culturels et artistiques tels que des spectacles de théâtre, de cirque, de danse, élargissant de ce fait le rôle historique du refuge, au-delà de la pratique pure de la montagne. La dernière après-midi fut consacrée à dévoiler ces installations au public présent et ainsi engager un dialogue et une réflexion encore plus approfondie avec le retour de chacun.

L’équipe du refuge ‘Rêves d’Altitude’ posant devant son prototype. / @reflab

Ces trois journées créatives et collaboratives furent ainsi riches en moments de réflexions, en rencontres humaines et en partages. Le refuge de l’Alpe de Villar d’Arène devint pour un moment un laboratoire expérimental où se croisèrent différents parcours de vies et compétences. Les prototypes réalisés ne prétendent pas avoir la réponse à tous les enjeux de ces prochaines années et décennies mais ils ont au moins eu le mérite d’avoir proposé des pistes et initié une certaine prise de conscience. Quelle sera la future place du tourisme en montagne? Y a-t-il une façon de vivre et de travailler autrement? Comment avoir une approche énergétique la plus intelligente possible? Peut-on concilier high tech et low tech? Le refuge en montagne peut-il servir de modèle et de baromètre face aux défis climatiques? Autant de problématiques à explorer et pourquoi pas à creuser lors d’une prochaine édition de Refuge Remix!

Merci à Philippe Bourdeau de l’Université de Grenoble-Alpes et à Sabine Kaincz du Refuge de l’Alpe de Villar d’Arène pour leurs précieux renseignements.

Lien vers le site internet de Refuge Remix: https://refugeremix.fr/

 

 


Refuge Remix : imaginer le futur des refuges de montagne | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Vanessa Beucher
Photographe, journaliste & traductrice basée à la Grave dans le massif des Ecrins
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