#TourismeDurable
La feuille de chou du tourisme durable

« Notre Humanité se construit grâce aux voyages »

| 1 juillet 2019 • Mis à jour le 01.07.2019 à 8h21
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Invité à l’occasion du 75ième anniversaire du débarquement à s’exprimer sur les rapports entre tourisme et paix, Julien Buot, directeur de l’ATR, fait pour nous le point sur les avancées (réelles) du tourisme durable…

Voyageons Autrement : Julien Buot, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Julien Buot : Voyageur, citoyen, père et fils (la dimension intergénérationnelle ayant son importance dans le tourisme), je suis directeur de l’association ATR (Agir pour un Tourisme Responsable) qui regroupe les tours opérateurs sensibles à la dimension responsable du tourisme. ATR étant elle-même membre d’ATD (Association pour un Tourisme Durable), structure plus large au sein de laquelle nous sommes particulièrement actifs. Enfin, j’aime bien me présenter comme étant Normand et ambassadeur (on peut tous l’être !) de ce territoire que j’affectionne particulièrement.

VA : En quoi peut-on dire que le tourisme œuvre pour la paix ?

JB : On aime taper sur le tourisme. A juste titre étant donné, entre autres, la lourdeur du bilan carbone dégagé par ce secteur d’activité, le premier au monde. Le tourisme semble aujourd’hui une industrie exponentielle ; mais a-t-elle des limites ?… Evidemment. Raison pour laquelle il convient de définir des règles. Néanmoins, le tourisme reste, avant tout, un formidable passeport pour la paix. En 1967, l’ONU consacrait l’année au « Tourisme, économie de paix » ; cela concernait 100 millions de voyageurs chaque année. 50 ans plus tard, ils sont plus d’un milliard à quitter leur pays et croiser d’autres humains. C’est cela la première vertu du tourisme, cet élan, ce dialogue interculturel. On va vers l’autre, on se confronte à d’autres réalités, même, au moins en partie, dans les hôtels-clubs, dans ces cocons : on va être confronté à l’inconnu, l’Autre… Et puis il y a la fierté de celui qui vous accueille « chez lui », en dehors même du fait que le tourisme soit, presque toujours, une grande chance de développement économique pour les populations locales. Enfin, il ne faut pas oublier que le tourisme fait découvrir et connaitre des environnements magnifiques qu’il valorise et qu’il convient bien sûr, ensuite, de protéger.

VA : En quoi au contraire peut-il devenir source de discorde ?

JB : On ne saurait être, je crois, juge et parti. Je passe tant de temps à défendre et promouvoir les bonnes pratiques que, par déformation professionnelle, je ne me focalise plus sur les effets négatifs du tourisme. Ils existent, c’est vrai, notamment en ce qui concerne le tourisme industriel, mais d’un point de vue global, les retombées positives sont bien plus importantes. Je joue donc mon joker sur cette question…

VA : Quelles sont les bases d’un tourisme responsable, porteur de paix et de développement ?

JB : Le sujet est toujours au cœur des débats mais l’on sait désormais avec certitude que pour être porteur de paix, le tourisme doit participer à l’économie locale. Il a existé et il existe encore un peu, une forme de tourisme complètement « extérieure » : on apporte infrastructures et personnel et on remporte avec soi tous les gains. Ce tourisme-là n’est source que de conflits et de destruction : contribuer à l’économie locale, être en cohérence sociale avec les populations, gérer la ressource environnementale… trois données qu’il convient de croiser. Finalement, cela revient à une simple constatation de bon sens : ne scions pas la branche sur laquelle nous sommes assis ! De plus, on devient alors réellement générateur de paix, de sécurité. Ainsi peut-on de nouveau se rendre en Mauritanie où le tourisme participatif a stoppé la radicalisation. De ce point de vue, il est important de rappeler que plutôt que d’écouter des rumeurs souvent infondées, on dispose auprès du ministère des affaires étrangères d’un baromètre des destinations extrêmement fiable ; qui se trouve au vert donc, concernant la Mauritanie. Pour partir l’esprit léger, il convient de conserver l’esprit critique, de ne pas se laisser influencer ; raison pour laquelle nous avons inscrit ce proverbe bambara à l’article 4 de notre charte : « Le voyage permet la rencontre, la rencontre permet la connaissance, la connaissance permet la confiance ». Mais j’aimerais insister sur le fait que trois catégories d’acteurs doivent œuvrer de concert pour que règne la paix : les professionnels, certes, les touristes bien sûr et, enfin, tous ces prestataires dont on parle peu : réceptifs, hôteliers, etc. Des locaux de plus en plus engagés auxquels on doit par exemple la renaissance de la Colombie en tant que destination touristique. Ce pays parti de très loin pourtant connaît à présent un succès bien mérité ; les visiteurs sont enthousiastes…

VA : Quelle part prend, aujourd’hui, le tourisme responsable au sein de cet immense marché ?

JB : Qu’il soit dit en préambule que l’on n’est jamais assez responsable. Même les acteurs les plus engagés commencent seulement à prendre des mesures sur la compensation carbone. La route est longue, mais nous nous sommes mis en marche, c’est l’essentiel. Il y a seulement 5 ans, ATR comptait dix membres représentant 150.000 voyageurs. Nous sommes à présent 40. Des structures comptant 5 salariés ou… plus de 500 comme… le Club Méd ! 14 tours opérateurs sont déjà labellisés. C’est un début et l’essentiel est que les professionnels, les grands groupes notamment, s’autorisent à penser que ce changement de culture est également fait pour eux, qu’ils peuvent le faire et ont à y gagner ! Ce qui n’était absolument pas le cas il y a peu de temps encore.

VA : Existe-t-il dans le tourisme des autorités qui régulent et veillent à une certaine durabilité de l’activité ?

JB : Les labels sont des démarches volontaires, émanant des acteurs eux-mêmes. Mais même si nous militons pour ce type de contributions, le passage par une régulation officielle, notamment en ce qui concerne climat et CO2, va sans doute devenir nécessaire. Il y a plusieurs décennies, la France a été en avance sur ce type de politiques : loi littoral, création des parcs nationaux… On est devenu un exemple que de nombreux pays se sont empressés de suivre. Nous nous sommes, depuis, endormis sur nos lauriers. L’état a beaucoup décentralisé et souvent de manière justifiée, sauf que là où nous en sommes rendus, le tourisme ne saurait devenir durable sans que l’état ne s’engage de nouveau sur les points clés. Le Costa Rica et le Maroc, par exemple, ont de vraies politiques touristiques : certification d’état sur le tourisme durable au Costa Rica, enseignement sur l’importance de l’hospitalité accordée au visiteur donné dès l’école primaire au Maroc !

VA : Les tenants d’un tourisme plus durable sont-ils néanmoins entendus par ces autorités ?

JB : Vous n’imaginez pas la joie que j’éprouve à répondre à cette question. Alors qu’il y a deux ans encore, elle m’aurait abattu. 2017 fut en effet « l’Année  internationale pour le tourisme durable ». Or, en France, vous n’avez tout simplement pas eu un seul rendez-vous, colloque, commission ou débat d’organisé… Rien !!! Deux ans plus tard, un comité interministériel sur le tourisme a été créé et, avec  l’Adème, nous y réfléchissons aux mesures phares à mettre en place, sachant que les deux sujets prioritaires sont l’accès aux vacances et… le tourisme durable ! C’est considérable même si, on le sait la plupart des mesures avancées seront certainement minorées, édulcorées, etc. N’empêche que cela fait plus de 15 ans que les vents n’avaient pas été aussi favorables. Avec des autorités locales de plus en plus sensibles à cette dimension du sujet. Ainsi les JO de 2024 doivent-ils être un exemple de durabilité, ainsi des régions comme la Bretagne et la Normandie, des villes comme Lyon s’engagent-elles concrètement. C’est le moment idéal pour faire évoluer les mentalités dans ce pays le plus visité du monde qui ne dispose pourtant d’aucun ministère du tourisme ; activité considérée par l’état pour sa seule capacité à générer des recettes ; une colonne de chiffres, point. Alors que l’on sait très bien qu’hors la dimension économique, social, environnemental et culturel sont capitales. D’où l’idée lancée, en croisant nos diverses statistiques, de la création d’un « Indice du bonheur touristique » englobant toutes ces composantes.

VA : Quels arguments forts sont à même de convaincre les acteurs du milieu de devenir eux-mêmes plus responsables ?

JB : Il y a une grande diversité d’acteurs, donc une grande diversité de problématiques et d’arguments. J’évoquerais simplement ici un argument nouveau, en plein essor : l’attractivité des entreprises responsables. Auprès des jeunes notamment qui souhaitent désormais s’investir au sein d’acteurs proposant du sens et dont ils puissent être fiers. C’est l’un des courants majeurs à l’œuvre côté RH. Il faut ensuite rappeler que, chiffres sur le papier, les investissements réalisés dans ce sens sont amortis à long termes et aussi décomplexer les entreprises. On a tellement parlé de greenwashing (à juste titre souvent) que ceux qui font quelque chose n’osent plus en parler, de peur d’être mis en porte-à-faux. Or, communiquant moins, on finit par agir moins et revenir en arrière. C’est un cercle vicieux. Il faut au contraire relancer le marketing et la com autour du tourisme durable, associé à un travail sur la qualité. Tout le monde y gagnera.

VA : Et les efforts portés en direction des voyageurs ?

JB : Ils sont essentiel bien sûr. Il faut donc continuer de leur rappeler qu’il existe un réel bénéfice pour eux dans cette démarche. Qui leur fait tout simplement vivre une expérience plus belle et plus forte. C’est le fameux exemple de la photo prise à la sauvette, sans le consentement du sujet. Si vous lui demandez au contraire la permission de le photographier, d’agressé, il devient alors valorisé. La photo est meilleure et vous allez échanger avec lui quelques mots. Essentiels. Et, parfois, c’est également le début d’une rencontre…

VA : Vous, personnellement, qu’est-ce qui vous donne de l’espoir ?

JB : Je disais au début que je me considère comme parent et comme enfant. Je voulais exprimer par là le fait que ce sont les voyages, effectués avec mes parents ou même scolaires, qui ont déterminé qui je suis aujourd’hui. Le monde, depuis toujours, se construit grâce aux échanges et aux voyages. Alors oui, voyager aujourd’hui à plusieurs milliards nous pose quelques problèmes, mais penser qu’il faut « Arrêter de voyager » est un fantasme, une aberration. Voyager mieux et voyager moins, sans doute, mais voyager ! Car c’est cet élan initial, primordial vers ce que l’on ne connait pas qui a construit notre humanité.

Pour commander La Feuille de Chou
http://www.voyageons-autrement.com/leguide/cart/?fdc=1

 


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Par Jerome Bourgine
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