#TourismeDurable
La feuille de chou du tourisme durable

Le Vietnam en famille et en profondeur

| 14 novembre 2019 • Mis à jour le 14.11.2019 à 14h01
         

TTB Travel est une agence de voyage familiale résolument tournée vers le tourisme responsable. Depuis 20 ans, l’amour de son pays l’a amené à constamment innover pour proposer au visiteur un contact réellement authentique avec la dimension vivante et humaine des lieux visités. Dans la famille Nguyen, je demande le fils : Van Thaï. Rencontre éclairante…

Van Thai en reconnaissance à Sapa…

Voyageons Autrement : Pouvez-vous nous résumer en quelques mots l’histoire de TTB, nous donner la signification de son nom et nous dire quelles valeurs porte cette agence ?

Van Thaï Nguyen : L’agence a été créée par notre père en 1996, époque charnière où le Vietnam s’ouvrait de nouveau au monde extérieur après une période de guerres et de troubles. TTB est l’abréviation de Tân Thai Binh signifiant « La Nouvelle Paix ». Via le développement touristique et l’ouverture aux autres, le but de notre agence a toujours été de faire découvrir l’authenticité spécifique de notre culture. L’autre mot clé et second pilier de notre philosophie du voyage étant « immersion ». C’est sur ces deux valeurs et en innovant constamment que nous avons proposés de plus en plus d’offres dont la grande force est l’humanité.

VA : Qu’est-ce que la dimension « familiale » de l’agence apporte en plus ?

VTN : A l’heure où de plus en plus d’agences sont tenues par des étrangers, notre agence 100% vietnamienne garantit une connaissance très approfondie du pays. Connaissance et expérience de plus de 20 ans, portées par notre père qu’avec mes deux sœurs, nous avons rejoint au sein de l’agence. Bien sûr, ce côté familial génère déjà une grande cohésion dans notre fonctionnement mais surtout, il faut comprendre qu’en raison du passé de notre père, nous partageons tous le même « esprit voyageur ». Il a beaucoup voyagé et travaillé des années durant partout dans le monde, notamment en Europe, ce qui lui a permis de se familiariser avec votre façon de vivre et vos attentes. Je suis moi-même resté plus de 9 ans en France et mes deux sœurs ont également fait leurs études à l’étranger. Quelle  chance ! C’est assez unique, je crois et cela se ressent dans notre fonctionnement comme dans la valeur, la pertinence des voyages que nous construisons ensemble pour offrir le meilleur de notre culture en partage au voyageur.

Des voyages en immersion

VA : Qu’est-ce qui vous a fait vous intéresser au tourisme responsable et comment l’avez-vous mis en pratique concrètement dans vos propositions de voyages ?

VTN : 2012 constitue une autre année charnière pour le Vietnam. C’est à cette date que le tourisme de masse s’est invité chez nous. Il n’a pas fallu longtemps pour mesurer à quel point son « succès » s’accompagnait d’effets négatifs, pour le pays et pour ses habitants. Créant d’une part un fort clivage social (nouveaux riches et éternels pauvres pour résumer), ce tourisme superficiel folklorise jusqu’au ridicule notre culture et pollue notre plus beau patrimoine : la nature. Nous avons aussitôt décidé de proposer aux visiteurs un Vietnam plus responsable. Mais pour cela, il nous a fallu innover. Comment réduire la pollution et la folklorisation tout en développant les économies locales pour faire sortir les gens de la pauvreté ?… Seul un tourisme durable et responsable en était capable. Nous avons donc mis en avant l’authenticité absolue pour stopper la folklorisation. Comment ? En renforçant la dimension humaine et en favorisant les « vraies » rencontres avec la population. Concernant l’impact sur la nature, nous avons réduit l’utilisation des plastiques, conviés nos hôtes à utiliser une gourde (que nous remplissons constamment), entraîné les hôteliers partenaires à réduire le gaspillage de shampoing et d’emballage (ils utilisent désormais du bambou) ; des tas de petits gestes comme ça qui mit bout à bout font la différence. Enfin concernant le sociétal, nous encourageons l’entrepreneuriat local et les porteurs de projets communautaires que nous soutenons techniquement et conseillons. Idem avec les prestataires et artisans que l’on aide à mettre au point des produits touristiques non réducteurs, mettant au contraire en valeur notre culture et les traditions locales. Et comme ces produits plaisent aux voyageurs, ces personnes en vivent de mieux en mieux.

VA : Vous avez toujours innové dans vos propositions. En quoi cela a-t-il renforcé leur authenticité ?

VTN : C’est précisément pour demeurer authentique que nous avons dû devenir innovants. C’est la métaphore classique de l’iceberg : au-delà de la partie émergée, si visible et tournée en folklore, nous invitons le voyageur à plonger avec nous au cœur même de notre culture, par une immersion progressive et plaisante. En restant à la surface tout d’abord, mais en sortant des sentiers battus, nous lui offrons des rencontres improvisées. Au second niveau, celui de l’apprentissage, le voyageur s’implique et devient acteur de son voyage à travers une large palette d’activités partagées avec des locaux : cuisine, fabrication de chapeau, de cerf-volant et toute choses imprégnées de l’âme de notre pays et de ses habitants. Enfin, au troisième niveau, les nuits chez l’habitant sont l’occasion d’accéder à un contact plus intime et solidaire lié à une vraie immersion dans la vie quotidienne (et le visiteur paie directement son hôte).

Conseiller et soutenir les petits entrepreneurs locaux…

VA : Sur quels types de propositions, quelles formes de voyages avez-vous l’impression de donner le meilleur de vous-mêmes ?

VTN : Je crois que nous excellons sur deux types de voyages ; le circuit citadin classique passant par les grandes villes d’étape du pays. A la différence considérable que ce circuit a été complètement revisité pour que les activités proposées permettent de comprendre la ville dans sa spécificité et ne proposent pas uniquement d’enchainer ses monuments connus. Car, sans rencontre avec les gens qui sont l’âme d’un lieu, comment connaître celui-ci ? C’est pourquoi nous vous emmènerons par exemple à la rencontre d’un médecin phytothérapeute traditionnel (il nous a fallu plus de deux ans pour le convaincre !), dans les quartiers résidentiels peu fréquentés mais tellement parlants, etc. En se limitant aux circuits classiques, on sait que 95% des voyageurs ne découvrent que 5% du pays, alors que nous proposons, nous, près de 90% d’endroits inédits, les seuls où la vie quotidienne ne soit pas dénaturée et polarisée sur le passage des touristes et leur argent. Ce qui nous conduit à notre seconde spécialité : la découverte de la superbe campagne vietnamienne hors des endroits hyper fréquentés, là où les habitants sont encore ravis de voir arriver des étrangers. Ce qui n’est plus le cas ailleurs, comme dans tous les endroits « trop » touristiques : Venise, Barcelone, etc. Moins connus et pourtant sublimes, tout à fait comparables, ces lieux créent l’enchantement de nos clients. D’autant que là aussi, bien sûr, ils y trouvent leur lot de rencontres…

VA : Pouvez-vous nous détailler un voyage que vous aimez particulièrement, qui plaise aux clients et qui soit représentatif de votre offre responsable ?

VTN : J’aime beaucoup (et les clients aussi !) le circuit « classique » proposant les grandes villes d’étape du pays : nord, centre, sud… Pour le coup, il s’agit moins cette fois de voyager hors des sentiers battus qu’hors des idées préconçues et des images d’Epinal. Au final, nos clients auront vu les mêmes choses mais sous un autre angle, additionnées de rencontres et d’Humanité.

Accéder à la mémoire de tout un peuple

VA : Quelle place est faite aux rencontres dans vos voyages et comment favorisez-vous celle-ci sans que cela devienne artificiel ?

VTN : Vous aurez compris, je pense, que les rencontres sont au centre même de nos propositions. Mais là encore, attention à l’iceberg. L’approche classique du pays n’est pas dénuée de contacts avec l’habitant,  mais ce contact est terriblement dénaturé par l’argent. Rien à y faire ni personne à condamner ; c’est juste arithmétique : dès qu’un lieu devient très fréquenté, il attire les convoitises. On sait aujourd’hui qu’existe un ratio à ne pas dépasser : pas plus de 600 touristes dans un lieu habité par 100 personnes. Dès que ce seuil est dépassé, le quotidien se modifie et se polarise sur le touriste et tout rapport humain en est faussé : mercantile, servile même, artificiel et frustrant en tous cas. Ayant compris cela, nous proposons le contraire : du respect. Nous avons donc éliminé les endroits victimes du tourisme de masse et nous proposons des endroits alternatifs, tout aussi édifiants ou spectaculaires mais où la vie et les échanges demeurent (encore) authentiques : la réserve de Puluong en lieu et place de Sappa, Hoang Suphi pour Mai Chou, etc. C’est un peu plus difficile de les atteindre (raison pour laquelle les opérateurs classiques, fonctionnant à l’économie les ont écartés), mais on en est mille fois récompensé. Honnêtement, les clients qui connaissent les deux sont unanimes : ils adorent ! Et le rapport humain présent est satisfaisant pour tous…

VA : En quoi la forme de tourisme que vous pratiquez peut-elle être qualifiée de solidaire ?

VTN : La forme même de nos voyages, ancrés dans le local, en fait des actes solidaires. L’argent dépensé par le voyageur va directement dans la poche de l’habitant local. Solidaire Et équitable puisque nous varions nos contacts et favorisons ceux qui sont communautaires : famille d’accueil, artisans et fabricants (alcool, sauce de poisson, etc.), tous profitent de ce tourisme villageois.

VA : Vous alimentez un blog et êtes très présents sur internet ; quelle dimension supplémentaire cela apporte-t-il ?

VTN : Nous vivons à l’ère digitale et nous-mêmes sommes ses enfants. Nos offres étant innovantes et différentes, internet est indispensable à leur divulgation. Quant à favoriser la forme « blog », nous le faisons pour pouvoir nous exprimer librement, transmettre des messages personnalisés et vrais, exprimant de manière directe et sincère notre expertise métier et notre connaissance approfondie des formes culturelles locales. Et puis notre écriture est un reflet de nous-mêmes ; elle permet aux gens de nous découvrir, de voir s’ils sont en résonnance avec notre philosophie du voyage, notre ADN : atteindre l’Authentique grâce à l’Immersion et l’Innovation.

Une affaire de famille…

VA : De quoi n’a-t-on pas parlé qui soit important pour vous ?

VTN : On a fait le tour de pas mal de choses, néanmoins il me semble important de mettre en garde le voyageur installé derrière son écran, à des milliers de kilomètres. Avec internet, on a l’impression qu’il est facile de monter soi-même son voyage, de choisir et de toucher ce fameux Authentique que tout le monde recherche aujourd’hui. Or, les sollicitations que l’on va retenir (les plus apparentes à l’écran) vont souvent nous conduire vers les mêmes stéréotypes classiques. Car, répétons-le, moins que sortir des sentiers battus, c’est de sortir des idées préconçues et des modes de consommation ordinaires (relayés en masse par internet) qu’il s’agit. Il convient de changer sa manière de voir les choses et cela ne s’improvise pas. Seuls ceux qui cherchent vraiment beaucoup pourront accéder, sur internet, à la partie cachée de l’iceberg…

Visiter leur site web ! https://ttb-travel.com/

 


Le Vietnam en famille et en profondeur | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Jerome Bourgine
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