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Petit tour de France des villes de la reconstruction

| Publié le 2 juillet 2021 • Mis à jour le 12 juillet 2021 à 11h37
Thèmatique :  Territoire   Tourisme de masse 
         

L’architecture de la Reconstruction d’après-guerre – la deuxième – a le vent en poupe ! Depuis une bonne décennie, les régions les plus touchées par les bombardements telles que la Normandie mettent en valeur leur patrimoine reconstruit. Contre l’idée totalement fausse que toutes les villes reconstruites se ressemblent, voici un petit tour de France pour défricher le terrain déminé des villes et villages de la reconstruction et afficher leurs différences. 

Oeuvre de l'architecte Auguste Perret
Eglise Saint-Joseph, Le Havre © Elisabeth Blanchet

Régionalisme, modernisme ou les deux !

« Dans la reconstruction, il y a principalement deux grands styles qui s’affrontent : le régionalisme et le modernisme, deux courants issus du début du XXème siècle qui sont complètement en opposition », commence Mickaël Sendra, originaire de Lorient et guide conférencier spécialisé dans la reconstruction. Il explique que dans le modernisme, « on pense d’abord à la fonction du bâtiment et sa forme en découle, avec des grands principes souvent établis par Le Corbusier comme les toits plats, des bandeaux-fenêtres, des vues dégagées, des constructions sur pilotis »… Quant au régionalisme, il s’agit plutôt d’un style issu des formes esthétiques traditionnelles régionales. « En Normandie et dans l’Est, on privilégie par exemple des colombages, en Bretagne du granit. A Marseille, on a des pierres ocres », poursuit-il avant de souligner que des fois, les styles modernistes et régionalistes peuvent se côtoyer, voire se mélanger. 

Neufchâtel-en-Bray, petite ville reconstruite dans un esprit à la fois régionaliste et moderniste
Neufchâtel-en-Bray © Elisabeth Blanchet

La reconstruction remonte à VIchy

« On pense toujours que la reconstruction commence après les bombardements alliés mais en fait non, elle se déclenche sous Vichy. Après la seconde guerre mondiale, le gouvernement va rectifier deux ou trois choses, impulser un nouveau plan mais les bases de la reconstruction sont lancées dès 1941« , fait justement remarquer Mickaël en annonçant le concept de « France éternelle », « une France traditionnelle avec ses pierres, son architecture, on veut faire du vrai-faux, du caractère, du cachet, genre « joli village« , réinterpréter un peu partout, et on veut faire du modernisme aussi, tout en sachant que la France n’est pas prête à passer au tout modernisme à ce moment là« …  Mickaël ajoute cependant que tout dépend des ministres et des municipalités, d’où une multiplicité de formes et d’intentions dans certaines villes reconstruites, du presqu’à l’identique d’avant-guerre jusqu’à des formes atypiques qui tranchent avec le paysage et ce qui l’entoure… 

L'hôtel de ville de Vire
L’hôtel de ville de Vire © Mickaël Sendra

Avranches, Saint-Malo, Coutances … : les plus régionalistes

Si vous voulez vous replongez dans l’ambiance pré-reconstruction et découvrir une certaine ré-interprétation de l’architecture d’avant-guerre, mettez le cap sur Saint-Malo dont la vieille ville intra-muros fut reconstruite dans un style très proche de la vieille ville originelle. Passez la frontière avec la Normandie et faites un petit tour à Avranches, Coutances, Vire, Saint-Lo – surnommée après la guerre « la capitale des ruines » – ou encore Neufchâtel-en Bray pour leurs architectures régionalistes avec des pointes de modernisme plus ou moins prononcées comme l’hôtel de ville de Vire ou le Pont-route de Neufchâtel par exemple… A vous de découvrir les intrus ! 

Avranches, une reconstruction dans le style régionaliste
Avranches © Elisabeth Blanchet

Le Havre, classée au patrimoine mondial de l’Unesco

Toujours en Normandie, et surtout si l’architecture de la reconstruction vous est quasi-inconnue, passez quelques jours au Havre pour vous imprégner du caractère unique de cette ville détruite à 82%. Son architecture en béton et ses bâtiments résolument modernistes tels que l’Eglise Saint-Joseph, l’Hôtel de Ville ou le marché aux poissons, œuvres d’Auguste Perret et de son équipe d’architectes, ne vous laisseront pas indifférents. Au-delà du découpage au carré du centre ville, des bassins au port et à la plage, d’autres styles cohabitent avec celui de Perret, comme le quartier Saint-François où les immeubles sont en brique rouge et les toits, pentus, en ardoise… En tout cas, un ensemble fascinant qui a valu le classement de la « cité océane » au patrimoine mondial de l’Unesco en 2005. Un vrai bond en avant dans la reconnaissance de l’architecture de la reconstruction. 

Le Quartier Saint-François avec ses briques rouges et ses toits en ardoises pentus se distingue du reste de la ville reconstruite
Quartier Saint-François, Le Havre © Elisabeth Blanchet

Reconstruction by the sea…

Evidemment, les ports de la façade atlantique mais aussi méditerranéenne ont bien trinqué question bombardements pendant la guerre et à la libération. Vous pouvez donc vous amuser à longer les côtes de la Manche, de l’océan atlantique et de la Méditerranée. De Dunkerque à Brest, vous découvrirez un large éventail de villes portuaires reconstruites sur les côtes de la Manche avec leurs particularités : à Caen, vous vous baladerez dans des îlots du centre ville qui mélangent régionalisme et modernisme avec l’utilisation de la pierre de Caen mais qui innovent aussi avec les superbes Tours Marines de l’Avenue du 6 Juin. Quant à Brest, on la surnomme « Brest, la Blanche », et l’arrivée à la gare donne presque mal aux yeux – s’il fait beau ! – devant cette reconstruction de bâtiments tout blancs !

A Lorient, les styles régionaliste et modernistes se côtoient
Coupole des Halles de Merville, Lorient © Mickaël Sendra

Façade Atlantique, Lorient surprend par ses compromis modernistes et régionalistes. N’oubliez pas d’ailleurs de visiter sa base des sous-marins datant de l’occupation allemande et désormais inextricable de la ville. Plus caractérisées par leur modernisme, Saint-Nazaire – aussi dotée d’une base de sous-marins – et surtout Royan, valent de bonnes balades approfondies pour dégotter leurs perles avant-gardistes d’il y a 70 ans… Plein sud, sur la côte méditerranéenne, les beaux immeubles de l’architecte Fernand Pouillon du Vieux Port vous charmeront à la fois par leurs couleurs ocres et leurs volumes harmonieux. A Toulon, c’est tout le port qui vous fera penser à un port du nord mais avec les couleurs du sud !

Le Havre, classée au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 2005
L’hôtel de ville du Havre © Elisabeth Blanchet

… et dans les Vosges

Loin des côtes de l’hexagone, un autre exemple de modernisme mérite d’être signalé : Saint-Dié-des-Vosges. En grande partie détruite pendant la Seconde Guerre mondiale, la petite ville a connu un renouvellement spectaculaire au cours des décennies 1950-1960. C’est Le Corbusier lui-même qui a réalisé son plan d’urbanisme en 1945. Même s’il ne fut jamais réalisé, la cité vosgienne a fait l’objet d’une reconstruction exemplaire conduite successivement par deux architectes nancéiens, Jacques André et Raymond Malot. Les passionnés de villes reconstruites seront doublement gâtés car Saint-Dié a aussi vécu une première reconstruction suite aux bombardements de la première guerre mondiale. 

Ceux qui aiment la reconstruction prendront le train

Les ports ne sont pas les seuls à avoir été touchés. Les gares et particulièrement les grands nœuds ferroviaires étaient des cibles constantes de bombardements. Ainsi, si vous aimez le train, vous pouvez vous concocter un itinéraire spécial reconstruction ! Vous pouvez non seulement faire escale dans des villes qui ont particulièrement souffert de bombardements mais aussi cibler des gares – et leurs quartiers – qui furent bien amochées dans des villes insoupçonnées comme Vienne par exemple ou encore Noisy-le-Sec, Lyon du côté de Perrache… Visez aussi des petits villages pour leurs architectures de gare surprenantes : Folligny dans la Manche est un chouette petit exemple. Souvent les gares de la reconstruction sont aussi accompagnées de bâtiments qui vont avec : un buffet de la gare – malheureusement plus en fonction -, des petits quartiers de maisons de cheminots originales…  

Cage d'escalier de l’ISAI "arsenal de terre", Lorient
Cage d’escalier de l’ISAI « arsenal de terre », Lorient © Mickaël Sendra

Des villes aux « ovnis » de la reconstruction

Maintenant que vous avez ouvert la boîte de Pandore de la reconstruction, partez à la recherche des perles rares et commencez votre collection de cartes postales des curiosités de la reconstruction, car ça et là, au détour d’une rue ou en plein milieu d’un village, vous tomberez sur un « ovni  » de la reconstruction : une église – Saint-Joseph au Havre -, une école, une halle – halle aux poissons de Coutances – , des immeubles – Tour Perret à Amiens -, une ferme, un stade – la Soucoupe à Saint-Nazaire et les halles de Merville à Lorientou tout simplement une porte, un escalier d’entrée… Plus vous observerez et plus vous vous rendrez compte que si, au départ vous faisiez rimer reconstruction avec les adjectifs gris, moche, identique et répétitif, vous étiez complètement à côté de vos pompes. 


Petit tour de France des villes de la reconstruction | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Elisabeth Blanchet
Ancienne prof de maths, je me suis reconvertie dans le photo journalisme en 2003 à Londres où je vivais. J’ai travaillé pour différents magazines dont Time Out London et j’ai développé des projets à longs termes dont un sujet les préfabriqués d’après-guerre, une véritable obsession qui perdure, les Irish Travellers -nomades Irlandais- dans le monde, les orphelins de Ceausescu - je suis des jeunes qui ont grandi dans les orphelinats du dictateur depuis 25 ans -. Je voyage beaucoup et j’adore raconter des histoires en photo, avec des mots, en filmant, en enregistrant… Des histoires de lieux, de découvertes mais surtout de gens. Destinations de cœur : Royaume-Uni, Irlande, Laponie, Russie, Etats-Unis, Balkans, Irlande, Lewis & Harris Coup de cœur tourisme responsable : Caravan, le Tiny House Hotel de Portland, Oregon – Mon livre de voyage : L’Usage du Monde de Nicolas Bouvier – Le livre que je ne prends jamais en voyage : L’oeuvre complète de Proust à cause du poids – Une petite phrase qui parle à mon cœur de voyageur : « Home is where you park it »
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