Le tourisme régénératif en action & réflexion avec Elsa Brindazur
Comment passe-t-on du nucléaire au tourisme régénératif ? C’est évidemment la première question que l’on a envie de poser à Elsa Brindazur, ancienne ingénieure qui a transformé son expérience de la systémique en laboratoire de tourisme régénératif. À la suite d’une reconversion totale, Elsa s’est lancée dans l’animation territoriale et la recherche universitaire pour faire émerger concrètement une offre d’accueil régénérative axée sur l’expérientiel réflexif et le changement de regard, sur 3 territoires d’expérimentation. Co-créer avec une communauté de professionnels locaux engagés des circuits touristiques ambassadeurs de l’identité locale, aptes à ouvrir de nouveaux possibles aux voyageurs, aux accueillants… pour in fine régénérer la relation que chacun de ces protagonistes entretient avec le vivant du territoire.

VA/ Et donc… comment passe-t-on du nucléaire au tourisme régénératif ?
J’y ai commencé une carrière, parce qu’il fallait bien commencer quelque part ! J’y ai vécu des choses très formatrices en termes de méthodologie, appris à gérer de la complexité technique et humaine à de multiples échelles, découvert le fonctionnement de haute précision de la chaufferie de propulsion nucléaire et l’incroyable écosystème technique et humain nécessaire autour pour maintenir son fonctionnement dans toutes situations… Une véritable école de la méthodologie et de la volonté, qui m’a permis de développer des compétences comparables à celles d’un architecte.
Mais après 13 ans en anaérobie dans un écosystème fermé, j’avais besoin d’air. Alors, pour larguer proprement les amarres, j’ai entrepris un long voyage de 4 mois dans le Pacifique, en quête de sens et de nouvelles perspectives qui résonneraient pleinement avec qui je suis. J’en suis revenue réellement transformée, en ayant vécu sans pouvoir poser les mots à l’époque, une renaissance identitaire qui m’a reconnectée à mes perceptions fines, mes capacités, mes élans, après avoir échappé de peu au burn-out : exactement l’effet que produit un voyage initiatique, ou régénératif.
Au retour de ce voyage, le COVID nous assigne tous à résidence, et c’est dans le cocon fertile de mon domicile que j’entame ma nouvelle vie, seule maître à bord, pour créer mon activité professionnelle indépendante qui n’allait certainement pas facilement rentrer dans des cases préétablies. C’est à ce moment que je me suis tournée vers le secteur du tourisme, en intégrant ce cheminement de rupture qui me qualifie pour comprendre certaines dimensions de la transformation et du changement de regard.
VA/ Et donc tu choisis le tourisme, mais pas n’importe quel tourisme…
Oui, alors pourquoi le tourisme ? Et quel tourisme ?
J’ai toujours été passionnée de Voyage au sens noble du terme. Je suis convaincue que partir explorer ouvre un champ des possibles inépuisable, apprend l’humilité et fait émerger des réponses puissantes à des problématiques universelles. Pendant 15 ans, j’ai beaucoup voyagé, au moins deux fois par an, principalement pour découvrir des sites naturels d’exception sur les 5 continents, en quête de mystère et de beauté. Cela m’a aussi permis de rencontrer l’altérité, d’appréhender certaines réalités du voyage et de la relation à l’autre, mais aussi de maîtriser peu à peu tous les codes de l’organisation d’un séjour. On peut dire que j’étais alors devenue ma propre travel planner. Une pratique qui m’a armée ensuite pour vivre le voyage dans le Pacifique, quasiment improvisé sur quatre mois en sac à dos. Cette pratique de terrain ne dispense pas en revanche, d’une formation spécifique aux métiers du Voyage, très techniques, avec des enjeux sectoriels vastes et complexes que ne perçoit pas du tout le voyageur indépendant. Ainsi suis-je entrée dans la professionnalisation sur ce secteur.
Il m’a bien fallu ensuite quatre à cinq années de recul pour faire le lien avec mon passé et accéder à une pleine compréhension de l’usage que je pouvais faire du gisement de compétences, de savoir-faire et de savoir-être que j’ai acquis dans ma première vie professionnelle. C’est la combinaison des deux mondes qui m’a amenée peu à peu à cette lecture des enjeux du tourisme et à mon engagement au service d’un tourisme conscient, contributif, médiateur des différences et ambassadeur de territoire.
VA/ Mais finalement, se positionner en reconversion dans le tourisme, n’a pas été si simple ?
Effectivement ! J’ai peu à peu réalisé que ce que j’avais vécu intensément à l’échelle individuelle, cette culture du cheminement, pouvait devenir « La compétence du 21e siècle » à l’échelle d’une communauté, d’un secteur économique, ou même d’une nation, et que le tourisme offre un support unique pour muscler cette compétence. Mais de l’idée à la mise en œuvre, il peut y avoir un gouffre. Très vite, en suivant une formation de Management des Activités touristiques à l’ESCAET, je comprends que le métier séduisant sur le papier de Travel Planner ou de fondateur de TO n’allait pas me correspondre, malgré ses apparences extérieures calibrées pour envoyer du rêve : au-delà des aspects spécifiques liés à la responsabilité de plein droit et à l’écosystème concurrentiel féroce, c’est bien l’impact structurel du business model des organisateurs professionnels du voyage sur les territoires visités qui m’a intensément questionnée. J’ai alors choisi une autre voie « hors piste », toujours liée au Voyage, avec l’idée d’explorer la systémique des relations, pour mieux comprendre et faire vivre la dimension profondément reconstructrice de liens qu’offre le « voyage ». L’aventure a commencé là, en traversant l’océan bleu du voyage conscient pour tous plutôt qu’en investiguant la voie classique.

VA/ Et qu’est ce qui t’a fait évoluer du tourisme durable au tourisme régénératif ?
Au début, je me suis nourrie de mon parcours pour appréhender l’étendue du spectre du possible. J’ai commencé par travailler avec le support de la RSE et du développement durable appliqué au tourisme, jusqu’à me rendre compte que l’approche du tourisme durable n’est pas en mesure d’adresser le niveau de complexité des enjeux auxquels le monde d’aujourd’hui fait face, parce qu’il s’appuie encore trop sur le modèle dominant. C’est ainsi qu’en cherchant autre chose, j’ai découvert et je me suis formée de manière intensive sur l’approche régénérative des territoires, notamment à travers la formation DRP (« Le Développement Régénératif en Pratique » de l’institut Regenesis, référence mondiale de l’approche régénérative depuis 30 ans). Lorsqu’on utilise cette approche pour questionner la manière de voyager d’aujourd’hui, les modèles actuels ne résistent pas longtemps à l’analyse !
La nécessité de faire évoluer le paradigme même du rapport de l’homme au monde, est incontournable pour faire face aux réalités du XXIème siècle. Les implications de cette prise de conscience professionnelle sont tellement vertigineuses que ça ne faisait pas de sens de travailler seule sur ces aspects : peu à peu, j’ai constitué et stabilisé un réseau de pairs et de partenaires également investis pleinement sur ces sujets de transformation systémique. Et j’ai compris qu’au-delà des projets, les personnes elles-mêmes étaient clés pour co-construire une compréhension partagée et élargie des défis auxquels nous sommes collectivement confrontés. Cette ambition de travail exige un alignement relationnel minutieusement construit, et développe aussi la capacité de discernement qui lutte contre l’épuisement et aide à faire le tri dans ses engagements.
VA/ Et c’est ainsi que s’est dessiné le projet RE-LIER ?
Absolument, et ce n’est pas anodin s’il s’appelle RE-LIER, puisqu’il s’agit fondamentalement de transformer un regard en partant des fondements de l’identité, de la sécurité et des liens. Concrètement, l’objectif de ce projet est de co-concevoir, vendre et mesurer l’impact transformationnel de ces séjours régénératifs, non pas de manière purement opérationnelle en faisant de l’assemblage de prestations thématiques, mais en prenant le temps de la réflexivité et de la co-construction commune autour de la réponse directe aux enjeux locaux, avec une communauté d’acteurs du territoire engagés dans la dynamique. À cette fin, le projet dure 18 mois (ou plus si nécessaire), et s’implémente pas à pas avec les acteurs locaux via des ateliers facilités localement par mes soins, au cours desquels sont déployées de nouvelles manières de travailler permettant de régénérer la vision, la proposition de valeur et le sens des pratiques métier des participants en les emmenant sur des terrains de réflexion inexplorés. Ensuite, on fait émerger de cette exploration individuelle et collective, des fils rouges thématiques reflétant l’identité du territoire d’expérimentation, en résonance avec la géographie, l’histoire, la sociologie et l’héritage patrimonial. Puis, on construit les expériences que les voyageurs vont venir vivre ici. Ces expériences sont spécifiquement conçues non exclusivement pour passer du bon temps, mais pour aider chaque participant à voir au-delà des apparences du lieu, lire entre les lignes des conversations, percevoir ce qui fait la singularité du lieu et accéder à la profondeur de ce que son héritage révèle. Le processus est aussi passionnant que le résultat obtenu, lorsque chacun des membres de la communauté se laisse toucher par cette approche et ose pousser « les portes d’un monde plus grand ensemble ».

Ces approches permettent de créer un alignement entre l’identité de chaque personne du groupe et l’identité territoriale profonde : des cercles concentriques qui se mettent au service de la personne, du groupe et du territoire. Puis, ce que l’on a vécu ensemble pendant plusieurs mois, à travers différents ateliers, on va l’essentialiser pour que notre voyageur vive ce moment de transformation sur différents plans. Il s’agit donc d’un chemin d’humilité et d’échange où le résultat n’est jamais garanti, mais où le cheminement est accompagné en pleine conscience : « Qu’est-ce que ce territoire m’offre de précieux en cet instant ? Que suis-je en mesure de lui donner en retour ? » Ainsi, à travers cette manière de co-concevoir les séjours, nous allons bien au-delà du travail sur l’offre : nous développons tous et chacun, en miroir de l’évolution des autres, de nouvelles capacités humaines individuelles et collectives qui ont toute leur importance dans la construction de la résilience territoriale.
VA/ RE-LIER : c’est en quelque sorte relier le groupe, mais aussi le voyageur au territoire ?
Oui, exactement, et cette relation du voyageur au lieu qu’il visite, mais aussi implicitement, son ancrage au lieu qu’il habite, se génère naturellement dans le prolongement de la richesse de l’expérience vécue sur place.
Aucune injonction ne sera donnée sur place : on est sur de la pédagogie expériencielle et implicite. Libre à chaque visiteur de se saisir d’un ressenti, d’un éclairage ou d’un témoignage qui résonne particulièrement pour lui, de cheminer avec et de développer un questionnement interne qui le fait avancer dans sa réflexion et élargit sa vision des choses. C’est ainsi que le voyageur rentre en relation organique avec ses hôtes, ses camarades de voyage, mais aussi le lieu qui a permis cette éclosion à lui-même et ce cheminement, créant un repère ressource pour la suite. Dans un monde aussi incertain, ce n’est pas rien de renouer avec des aptitudes naturelles qui redonnent des couleurs et du sens au quotidien, et de pouvoir créer des liens qui font sens avec des personnes ressources ancrées dans un lieu précis ! C’est exactement le principe des îlots de cohérence.

Tout ce travail implique une méthodologie de conception spécifique. Le séjour est composé non plus comme un enchaînement d’activités thématiques, mais comme une séquence précise, conçue pour créer les conditions du changement de regard : d’abord une phase de déconstruction, puis un moment d’intégration, et enfin, une phase d’inspiration où chaque rencontre, chaque activité recrée pour le voyageur un champ des possibles accessible et attractif. À la fin du séjour, le voyageur est invité à rester en lien avec le territoire et continue à progresser sur son propre cheminement, même après son retour, avec de nouvelles questions, des opportunités de revenir et des invitations à devenir un membre actif de la communauté pour y trouver des ressources qui l’aident à continuer ses projets. Il est également invité à son tour à apporter sa contribution au territoire via ses compétences, son expérience, son réseau, ses idées, ses talents, sa participation à des actions locales.
VA/ Pour l’heure, RE-LIER est en expérimentation sur trois territoires, peux-tu nous en dire plus ?
Absolument. Aix-les-Bains a été le premier territoire d’application volontaire et logique, puisque le projet RE-LIER est mené en partenariat avec l’Université de Savoie Mont Blanc où j’enseigne également dans le cadre du Master Tourisme Durable de l’IAE, avec la collaboration de Roxane Favier, enseignante chercheuse et responsable de ce cursus universitaire. L’idée sur ce territoire est de mettre en œuvre un autre tourisme, en s’appuyant sur la feuille de route régénérative de l’office de tourisme qui porte le projet localement. Cette feuille de route régénérative nous permet de faire un travail poussé sur la conception de séjours, l’encapacitation des pros et l’expérience voyageur qui s’inscrit en prolongement ou en complément d’autres expérimentations sur la mise en œuvre de modèles d’accueil régénératifs sur le territoire.
Pour renforcer la portée du travail de recherche, nous avons également engagé deux autres territoires dans la dynamique, en nous adaptant chaque fois aux contextes locaux pour coller au mieux aux besoins spécifiques, afin d’apporter un maximum de valeur sur le terrain tout en nous mettant en situation de faire une analyse comparative.
Je collabore donc également avec le Parc naturel régional des Préalpes d’Azur, où ce travail d’animation territoriale, parti de zéro, se révèle particulièrement riche et prometteur. Pour ce territoire, le fait d’avoir été lauréat du concours de projets européens PHOENIX 4.0 nous permet de travailler avec un consultant marketing et de financer un « Good Travel Guide », une démarche portée par le Good Travel Institute en lien avec Green Destinations. Ainsi, nous mettons ainsi en récit les séjours en les resituant dans le narratif territorial, son héritage, sa vocation : ça change intégralement la portée du discours marketing, en plus de nous donner accès à des relais supplémentaires de visibilité et d’accès au marché via les partenaires de la Good Travel Alliance.
Le troisième territoire d’expérimentation, en revanche, a dû être suspendu, en attente de réunir les conditions de reprise, pour des raisons organisationnelles et financières qui reflètent aussi la complexité à laquelle les territoires sont actuellement confrontés pour structurer, faire évoluer leurs démarches de transition, et générer de l’adhésion citoyenne et économique autour.

VA/ À terme, la finalité est de proposer une offre de circuits sur chacun de ces territoires. Où en es-tu quant à cet objectif ? Et quelle serait la valeur ajoutée du projet en regard de ce qui existe déjà ?
On a déjà commencé la phase 2 sur le territoire des Préalpes, c’est-à-dire la mise en forme de circuits permettant de pratiquer la randonnée, de cyclotourisme, des propositions que les visiteurs connaissent déjà donc facilement commercialisables. Mais comme on l’a expliqué, l’impact et la différenciation ne se jouent pas sur un cumul d’activités assemblées par thématiques, mais sur l’effet transformationnel généré naturellement par la perception et le ressenti suscités par une expérience sobre et sans artifices, tenant beaucoup à la qualité de la médiation, mais aussi à la manière dont elles sont séquencées, introduites, guidées sous différents prismes réflexifs.
Les socio-professionnels de nos groupes sont des entreprises familiales et individuelles, issus d’activités diversifiées et variables selon les territoires : chambres d’hôtes, moniteurs d’activités randonnée ou VTT, camping tiers-lieu, producteurs locaux, fab-lab local, pratiquants bien-être, lieu d’activités nature, ferme pédagogique… Sur certains terrains nous avons parfois la chance d’avoir aussi des habitants qui contribuent dans le groupe et viennent enrichir la perspective. Aujourd’hui, nous entrons dans la phase 2 du projet où la conception des séjours se matérialise, et c’est tellement gratifiant de voir ces professionnels évoluer, élever leur réflexion au-delà des difficultés du quotidien, s’emparer des sujets à leur façon, comprendre le sens profond de l’opportunité qui leur est offerte de travailler ensemble, devenir pleinement acteurs de la dynamique, réinventer leur envie de recevoir les visiteurs.
VA/ Une fois ces offres mises en place, comment vas tu mesurer leur impact ? Quels sont selon toi les signes qu’un séjour est réellement « régénératif » pour le visiteur, les habitants et le territoire ?
Le projet a prévu dès le départ de couvrir la vente et la mesure d’impact de ces séjours. On ne s’arrête pas à la conception, on étudie comment mettre en place un marketing pour les vendre. Ensuite, on va en mesurer l’impact in vivo. Il y aura une phase d’évaluation qui utilisera des échelles spécifiques qui mesurent le changement de regard. La méthode d’ensemble est montée en collaboration avec Roxane Favier, notre enseignante chercheuse de l’équipe, Tout le travail de recherche consiste à prendre du recul pour observer ce qui se joue sur les 3 terrains en termes de dynamiques au sein des communautés de pros engagés, mais aussi l’impact de ce que l’on a réellement créé avec ces séjours : les effets des séjours produits sur les hôtes comme sur les visiteurs avant, après et bien après le séjour.
Le caractère régénératif d’un séjour englobe de nombreuses dimensions, que ce projet court et exploratoire de 18 mois ne pourra pas toutes couvrir. Nous cherchons à éprouver notre hypothèse selon laquelle la dimension du changement de regard du visiteur et de l’hôte obtenue par ce travail permet de générer un impact documentable sur les choix de consommation, les comportements, les pratiques, le rapport au territoire et la capacité d’engagement par la contribution spontanée, travaillant in fine activement sur la vitalité de l’écosystème économique et social du territoire par la restauration des liens. Ce projet ne travaille pas directement sur la dimension régénérative « physique », sur la qualité de l’eau, de l’air, l’état de vitalité des sols et des écosystèmes, mais nous espérons que la contribution de notre projet pourra entrer en synergie avec d’autres travaux s’attelant spécifiquement au volet physique de la régénération, plus présent sur des projets avec une dimension agricole, urbanisme, marine, forestière, fluviale, que le tourisme peut venir utilement diversifier.

VA/ Au vu de votre expérience, qu’est-ce qui distinguerait le tourisme régénératif du tourisme durable ?
Il s’agit d’une toute autre approche, qui travaille simultanément sur de multiples échelles spatiales, temporelles et anthropologiques, à partir d’un potentiel à développer plutôt qu’un existant à réaménager.
Ça veut dire basiquement, qu’on travaille d’abord sur l’humain : le visiteur mais aussi l’hôte, et les acteurs de territoire (civils et professionnels), pour développer la capacité réflexive, stimuler la coopération autour d’un projet fédérateur qui ré-ouvre des nouveaux possibles pour leur activité et leur cadre de vie. Ensuite, ce travail sur l’humain est guidé et accompagné pour qu’il s’ancre dans le territoire en venant apporter une réponse aux enjeux locaux très concrets du quotidien et du cadre de vie : l’offre d’accueil vient se mettre au service des besoins du territoire, grâce à cette réflexion collective, en partant d’un existant, en retravaillant l’intention et en trouvant ensemble les modalités d’évolution pertinentes par rapport au contexte local : ressources, compétences, volontés, organisation. L’intention est aussi de générer une dynamique de contribution, de l’humain vers le territoire et ses êtres vivants, qu’il en soit visiteur ou habitant.

Au niveau de l’animation sur l’expérience visiteur régénérative, on part de là où en est le visiteur avec sa compréhension, ses paradoxes et ses enjeux, sans aucun jugement ni injonction directe, pour l’inviter à changer de terrain et venir explorer un endroit moins confortable. On l’amène alors, dans ce terrain nouveau, à se questionner et on la remet en contact avec ses capacités d’auto-détermination, d’évolution et de créativité, et pour finir on la met en situation de contribuer à la qualité de vie des endroits qu’elle visite, sans qu’il n’y ait d’injonction ou d’obligation à faire quoique ce soit : tout repose sur la stimulation de l’élan naturel.
On postule donc globalement la capacité de toute personne à développer des ressources insoupçonnées et s’investir dans une contribution pertinente, qu’elle soit visiteur ou hôte ou acteur local, en même temps que, sur le territoire, vont se développer de nouvelles ressources, insoupçonnées, parfois dormantes.
In fine, là où le tourisme durable vise à réduire ses impacts, dans un périmètre limité et incapable de s’affranchir de ses propres paradoxes, l’approche régénérative dont le tourisme n’est que l’un des leviers, ouvre des portes sur d’autres plans, permet d’accéder à d’autres niveaux de résolution des enjeux en contexte complexe, incite le voyageur à retourner à la racine et repenser son rapport au monde et au voyage. En miroir, derrière tout cela, c’est véritablement tout le potentiel du territoire qui s’exprime à travers les dynamiques vivantes qui s’activent à de multiples échelles.
VA/ Pour conclure, cherchez-vous à implanter la méthodologie du projet RELIER sur d’autres territoires ?
Oui, le troisième terrain étant suspendu à ce stade, nous avons la possibilité de travailler sur un ou deux autres territoires pour continuer à éprouver notre méthodologie dans de nouveaux contextes. Les territoires et organisations les plus pertinentes pour mettre en œuvre de tels projets sont à mon sens les Parcs naturels régionaux (avec leur communauté de professionnels Marqués Valeur Parcs) et les Grands Sites, de par leur mission et leur ancrage territorial. N’hésitez donc pas à nous contacter suite à la lecture de cet article !
—————————- Aller plus loin—————–

Par Geneviève Clastres
Auteur et journaliste indépendante spécialisée sur le tourisme durable et le monde chinois, Geneviève Clastres est également interprète et représentante de l'artiste chinois Li Kunwu. Collaborations régulières : Radio France, Voyageons-Autrement.com, Monde Diplomatique, Guide vert Michelin, TV5Monde, etc. Dernier ouvrage "Dix ans de tourisme durable". Conférences et cours réguliers sur le tourisme durable pour de nombreuses universités et écoles.
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