BIG 2026 : «Tourisme, comment rester attractif face au choc climatique ?»
Thèmatique : Acteur associatif Ingénierie Initiative nationale Institutionnel
Sécheresses, canicules, incendies, inondations et baisse de l’enneigement bouleversent depuis plusieurs années les conditions d’exercice des professionnels du tourisme. Lors de la conférence « Tourisme, comment rester attractif face au choc climatique ? », organisée le 8 octobre 2026 au BIG de Bpifrance, à l’Accor Arena de Paris, Enora Kergoat (Bpifrance), qui animait les échanges, Louise de Torcy, consultante climat chez Ramboll, et Caroline Mignon, présidente d’Acteurs du Tourisme Durable, ont rappelé l’urgence d’anticiper ces transformations. Leur message : évaluer les risques, adapter les activités et mobiliser les acteurs locaux pour construire un tourisme plus résilient.

Le changement climatique redessine la carte du tourisme
Lorsque que l’on s’intéresse au changement climatique au regard de l’évolution des pratiques touristiques, on ne peut que constater que les professionnels sont de plus en plus conscients de l’urgence à s’adapter. Toutefois, pour Louise de Torcy,consultante climat chez Ramboll, il faut distinguer deux démarches complémentaires : l’atténuation, qui vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre, et l’adaptation, qui consiste à anticiper les conséquences du changement climatique. « Deux axes différents, mais indissociables », résume en substance son intervention. Végétalisation, création d’ombre et économies d’eau peuvent ainsi apporter des réponses concrètes aux effets déjà observables, sans dispenser de réduire les émissions.
En outre, les risques varient bien évidemment selon les territoires : sécheresses et fortes chaleurs en Méditerranée, baisse de l’enneigement en montagne, mais aussi pression accrue sur les sites recherchant la fraîcheur, assèchement des sols et risque d’incendie. Les comportements des visiteurs évoluent également. Selon les chiffres cités pendant la conférence, 45 % des touristes interrogés auraient modifié leurs projets de vacances en raison de la canicule, tandis que les professionnels peuvent être confrontés à des annulations liées aux incendies. Les changements restent parfois progressifs : horaires décalés, réservations plus tardives, activités différentes ; quand leurs conséquences varient en fonction des métiers. Un hébergement peut continuer à accueillir des clients alors qu’une activité de plein air devient impraticable aux heures les plus chaudes. D’où la nécessité de ne pas raisonner uniquement à l’échelle nationale, mais d’évaluer la vulnérabilité propre à chaque destination et à chaque entreprise.
Anticiper les risques pour préserver l’activité
Évaluer les risques pour éviter de subir les pertes ; l’enjeu est aussi économique. Les professionnels doivent anticiper une éventuelle baisse de fréquentation, l’évolution de la demande, la hausse des coûts de l’énergie, de l’eau et des assurances, ainsi que les dépenses de réparation après un événement extrême. À plus long terme, la valeur des actifs et l’image d’une destination peuvent également être affectées. Louise de Torcy recommande donc de commencer par un diagnostic de risques climatiques, en croisant les aléas susceptibles de toucher un site avec son exposition, sa sensibilité et sa capacité à y faire face. Cette approche rejoint les principes méthodologiques du GIEC, selon lesquels le risque résulte notamment de l’interaction entre aléas, exposition et vulnérabilité. Concrètement, il s’agit d’examiner la chaîne de valeur de l’entreprise, ses installations, ses clientèles, ses fournisseurs et ses processus, puis de confronter ces éléments aux projections climatiques à différents horizons, notamment 2030, 2050 et 2080. L’analyse doit déboucher sur une trajectoire d’adaptation évolutive, assortie d’actions et d’indicateurs de suivi. L’objectif n’est pas de prédire précisément chaque événement, mais de préserver des marges de manœuvre et de pouvoir ajuster les décisions au fil de l’évolution du climat.

Du diagnostic aux solutions : adapter les modèles touristiques
Il existe de nombreux outils pour passer du diagnostic à l’action et accompagner les professionnels. Parmi eux, AdapTour, un outil d’évaluation des risques climatiques et de la vulnérabilité des acteurs du tourisme, développé par Ramboll en partenariat avec l’ADEME, dans le cadre du guide méthodologique Opérateurs et territoires touristiques : s’adapter pour faire face au changement climatique, rédigé par Ramboll et Acteon pour l’ADEME. Accessible gratuitement en ligne, il aide à identifier les risques, à hiérarchiser les aléas et à structurer la démarche d’adaptation.
Il distingue également trois catégories de réponses : les mesures réactionnelles, comme l’installation d’ombrières face aux fortes chaleurs déjà constatées ; les mesures incrémentales, telles que les économies d’eau pour anticiper des tensions croissantes ; et les transformations plus profondes, lorsque le modèle d’activité lui-même devient difficilement viable. Pour le tourisme, cela peut signifier diversifier les offres, étaler les activités sur l’année, faire évoluer les clientèles ou, dans certains cas, envisager une relocalisation. Les solutions peuvent être techniques, organisationnelles ou fondées sur la nature, notamment pour protéger la biodiversité et lutter contre l’érosion. D’autres dispositifs, comme le Diag Adaptation de Bpifrance, peuvent ensuite aider les entreprises à approfondir leur diagnostic et à construire un plan d’action.

L’action collective, clé de la résilience des territoires
Pour Caroline Mignon, présidente d’Acteurs du Tourisme Durable (ATD), l’adaptation vient effectivement en complémentarité de l’atténuation. Elle apporte une approche plus positive et constitue un levier intéressant pour mobiliser les acteurs de terrain. Elle permet également d’appréhender un système dans son ensemble et d’adopter une approche plus systémique, en prenant en compte différentes problématiques : les émissions de CO₂, le stress hydrique ou encore l’utilisation des sols. En outre, elle permet de mieux se préparer aux évolutions à venir et de renforcer la robustesse des territoires face aux défis futurs.
Enfin, en s’ancrant dans les réalités locales, l’adaptation permet de construire des stratégies tenant compte des spécificités de chaque territoire et de leurs expositions aux évolutions climatiques, qu’il bénéficie aujourd’hui d’un climat tempéré ou qu’il soit déjà confronté à des conditions plus contraignantes. Cette approche collective favorise la coopération entre les acteurs et la création de synergies à l’échelle territoriale : « l’adaptation permet de mieux appréhender le fonctionnement d’un territoire, ses ressources en eau, ses sols et ses équilibres environnementaux, tout en créant des synergies entre professionnels. »
Caroline Mignon a illustré cette réalité par les événements observés chez elle en Anjou au fil de cette année 2026 : neige en janvier, inondations en février, fortes chaleurs en juin et baisse du niveau de la Loire en août. Autant de situations qui interrogent directement les conditions de visite, la pratique du vélo ou les possibilités de baignade. Acteurs du Tourisme Durable mène par ailleurs, avec Ramboll, l’étude « Le Climat Change, le Tourisme Aussi », destinée à mieux comprendre l’évolution des vulnérabilités et les solutions mises en place par les professionnels ; ses résultats seront présentés à Aix-en-Provence lors des prochaines Universités du Tourisme Durable.
En guise de conclusion
Pour les deux intervenantes, le premier pas reste de commencer à agir, même modestement, plutôt que d’attendre d’avoir toutes les réponses. Louise de Torcy a notamment rappelé que retarder les décisions peut réduire les possibilités d’adaptation. Caroline Mignon a, quant à elle, souligné les bénéfices potentiels de cette démarche pour la santé humaine, la préservation de la biodiversité et la mobilisation collective. Anticiper le changement climatique ne relève donc plus seulement d’une ambition environnementale : c’est une condition pour maintenir l’activité touristique et préserver durablement l’attractivité des territoires.

Par Geneviève Clastres
Auteur et journaliste indépendante spécialisée sur le tourisme durable et le monde chinois, Geneviève Clastres est également interprète et représentante de l'artiste chinois Li Kunwu. Collaborations régulières : Radio France, Voyageons-Autrement.com, Monde Diplomatique, Guide vert Michelin, TV5Monde, etc. Dernier ouvrage "Dix ans de tourisme durable". Conférences et cours réguliers sur le tourisme durable pour de nombreuses universités et écoles.
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