ATR s’engage avec Greentripper !
Thèmatique : Acteur associatif Formations Initiative nationale Initiative privée Innovation
Entretien croisé avec Julie Geoffroy (ATR), Anne Robertz (Greentripper) et Florence Clauss (Greentripper).
« Face à un enjeu aussi structurant que la décarbonation, beaucoup d’acteurs du tourisme avancent encore seuls. » Partant de ce constat, Agir pour un Tourisme Responsable (ATR) propose à ses membres souhaitant réaliser un premier bilan carbone un accompagnement collectif et personnalisé avec Greentripper, via sa plateforme Act4Travel Scanner. Une première cohorte de huit membres vient de réaliser ce parcours entre novembre 2025 et avril 2026. Alors qu’une deuxième cohorte est en cours de constitution, nous avons voulu en savoir plus sur cet accompagnement avec Julie Geoffroy (ATR), Anne Robertz (Greentripper) et Florence Clauss (Greentripper).

VA/ Anne Robertz, vous avez cofondé Greentripper ; pouvez-vous nous le présenter ?
Anne Robertz : Greentripper a été fondée en 2018. Il s’agit d’un cabinet de conseil climat dédié à l’industrie du tourisme. Notre activité combine des outils numériques et des services de conseil pour aider les professionnels du tourisme à mesurer et réduire l’empreinte carbone des voyages. Nous soutenons également des projets pour le climat et proposons des crédits carbone certifiés. Notre cœur de métier est le développement d’outils digitaux pour le calcul et la réduction de l’empreinte carbone des voyages, avec un accompagnement en conseil, en formation et en communication, notamment pour éviter le greenwashing. Depuis notre création, nous avons accompagné environ 200 acteurs au niveau international.
VA/ Et donc vous proposez de faciliter la réalisation du bilan carbone grâce à votre solutions professionnelle Act4Travel Scanner. A qui s’adresse cet outil ?
Anne Robertz : Parmi nos solutions professionnelles, Act4Travel Scanner s’adresse aux acteurs du tourisme, tour-opérateurs et agents de voyage en tête, qui souhaitent calculer et réduire l’empreinte carbone de leurs voyages. Co-créé avec des tour-opérateurs, il associe deux briques : l’intelligence artificielle qui extrait les données utiles des brochures de voyages et notre calculateur qui les convertit ensuite en empreinte carbone détaillée de chaque voyage.
En quelques minutes, les professionnels mesurent ainsi tous les postes d’émissions d’un voyage, comparent leurs offres entre elles et repèrent où agir en priorité. Pour chaque voyage, l’outil propose des conseils de réduction, et un reporting complet permet de se fixer des objectifs et de suivre ses progrès. En fin d’année, un rapport unique consolide l’ensemble des voyages et leur impact, prêt à alimenter le bilan carbone de l’entreprise. L’outil est reconnu conforme à la méthodologie Bilan Carbone® par l’Association pour la transition Bas Carbone (ABC), ce qui signifie que la méthodologie et les facteurs d’émissions sont fiables et peuvent être intégrés sans hésitation dans un Bilan Carbone®. Il évolue en continu, avec l’ambition de co-construire la meilleure solution pour nos clients et pour le secteur.
VA/ Julie Geoffroy, huit de vos membres ont fait le choix de se faire accompagner collectivement par Greentripper pour la réalisation de leur bilan carbone, qu’est-ce qui a fait la différence ?
Julie Geoffroy : Déjà, il faut préciser le fait que Greentripper fait partie de nos membres puisqu’il a rejoint ATR en 2023. En outre, comme l’a spécifié Anne, il propose un outil totalement dédié aux professionnels du tourisme. Or il nous est apparu primordial qu’à partir du moment où on analyse l’empreinte carbone du voyage, il faut se montrer extrêmement rigoureux dans la méthodologie. Si le bilan n’est pas précis parce qu’il ne prend pas en compte l’ensemble des réalités du monde du voyage, le chiffre final peut être à prendre avec des pincettes. Ensuite, pour revenir à ATR, la question carbone est bien évidemment au cœur de nos sujets, même si ceux-ci sont très diversifiés. En 2023, nous avons adopté une trajectoire carbone en 4 étapes pour l’ensemble de nos membres : se former – mesurer ses émissions – les réduire – contribuer à des projets mécénat environnemental.
VA/ Et donc le choix de Greentripper pour entrainer tout le monde…
Julie Geoffroy : Aujourd’hui, chez ATR, la majorité des membres sont déjà formés à la question. Beaucoup ont déjà fait un premier bilan carbone sur les trois scopes (voir annexe). L’idée n’était donc pas d’imposer aux membres un outil plutôt qu’un autre – certains ont leur propres outils ou des outils qui fonctionnent très bien – ; mais plutôt d’aider ceux réalisant un bilan carbone pour la première fois et pour lesquels ce n’était pas évident. Comme je l’ai dit, Act4Travel est un outil entièrement dédié aux professionnels du tourisme, il nous a donc paru tout à fait pertinent.
VA/ Comment avez-vous organisé cette première cohorte de 8 structures ? Avez-vous travaillé collectivement ou de façon plus personnalisée avec chacune des marques ?
Anne Robertz : Nous avons fait le choix d’un accompagnement collectif, réunissant des acteurs du tourisme confrontés aux mêmes défis. Ce format permet à chacun de progresser plus vite, en s’appuyant sur les questions et les retours d’expérience des autres.
Florence Clauss : Concrètement, le parcours s’est déroulé sur six mois, à travers dix-sept ateliers en visioconférence auxquels les huit structures ont systématiquement participé. Entre les séances, les participants étaient également chargés de récolter les données d’activité de leur entreprise: mobilité des employés, dépenses énergétiques, achats de biens et services,… Pour le poste des voyages vendus, qui peut représenter jusqu’à 99 % de l’empreinte d’un professionnel du tourisme, nous nous sommes appuyés sur notre outil Act4Travel Scanner, conçu spécifiquement pour le secteur, dont les résultats venaient alimenter le bilan global. Chaque structure a ainsi établi son propre bilan carbone dans un cadre commun. Les deux ou trois derniers ateliers ont été consacrés aux plans d’action: nous avons identifié ensemble les leviers de réduction possibles et évalué l’impact attendu pour chaque entreprise.

VA/ La base même du calcul a-t-elle interrogé vos membres ?
Florence Clauss : Bien évidemment, on nous demande souvent si nos outils sont fiables et comment l’empreinte carbone est calculée. Grâce à cette conformité à la méthodologie Bilan Carbone® par l’ABC dont parlait Anne, les utilisateurs peuvent utiliser sans hésitation les données issues d’Act4Travel Scanner.
Julie Geoffroy : En outre, bien évidemment, les données de chaque structure sont protégées. Et le côté collectif du travail permet une saine stimulation pour des membres dont c’est le premier bilan. Ils ne sont pas là pour se comparer mais pour s’inspirer, travailler à plusieurs. C’est aussi tout l’avantage d’une association comme ATR. À noter aussi qu’un bilan carbone n’est pas une fin en soi mais un point de départ pour comprendre que c’est un outil de pilotage, pour identifier les postes les plus émetteurs et mettre en place une stratégie de réduction.
VA/ Dans le cas d’entreprises touristiques, on imagine sans peine que le transport reste le point névralgique. D’autres postes se sont-ils avérés très carbonés ou ont-ils surpris certains des membres ?
Florence Clauss : Après le transport, le poste le plus important est souvent l’hébergement. Mais il existe de nombreuses subtilités que les membres découvrent alors. Par exemple, le rôle joué par le nombre d’étoile, le fait qu’un établissement soit écolabellisé ou pas.
Anne Robertz : Si le poids carbone d’un vol long-courrier est indéniable, beaucoup de choses se jouent aussi une fois sur place, à commencer par les transports locaux. Plutôt que d’enchaîner cinq vols intérieurs pour découvrir le Brésil en deux semaines, se concentrer sur une seule région offre souvent une meilleure expérience de voyage, pour une empreinte carbone nettement plus faible. D’autres leviers existent : allonger la durée du séjour, privilégier les vols directs, voyager en classe économique. C’est pourquoi l’un des indicateurs que nous utilisons pour comparer les voyages entre eux est l’intensité carbone par jour : elle permet de mettre en regard des séjours de durées différentes.
VA/ Vous proposez justement des leviers d’actions pour accompagner les entreprises dans leur réduction carbone…
Florence Clauss : Tout à fait, car au-delà du bilan, il s’agit aussi d’une formation avec des moments d’échanges, des « devoirs à la maison ». Il y a une multitude de leviers. Le cœur du sujet est la conception des voyages. Pour quel transport principal vais-je opter ? Si c’est l’avion, est-ce que je choisis un vol en classe économique (moins carboné) ou un vol business ? Est-ce que je fais le choix d’un nombre de jours minimum pour un séjour avec avion ? On sait que le choix d’un hébergement écolabellisé ou éco-engagé, par exemple, améliore la note. On essaie également d’influer sur les destinations mises en avant.
Anne Robertz : Dans Act4Travel, nous pouvons aussi rapporter l’empreinte carbone des voyages au chiffre d’affaires, avec un indicateur exprimé pour 1000 € de chiffre d’affaires : l’objectif devient alors de réduire l’intensité carbone de l’activité. Sur notre plateforme, ces objectifs sont concrets et s’affichent visuellement. Si l’empreinte moyenne de mes voyages est de 1,74 tonne de CO2e, je peux par exemple me fixer comme cible d’arriver à 1,5 tonne CO2e d’ici 2 ans. Il en va de même pour l’intensité carbone par jour de voyage : on peut viser un passage de 200 à 100 kg de CO2e par jour sur une période déterminée par exemple. Tout est possible, l’essentiel est de se donner un objectif clair.
Julie Geoffroy : Les membres avancent vraiment collectivement, se challengent, partagent leurs idées, sans compter les retours d’expérience de ceux qui sont plus avancés. Certes, parfois, sur certains sujets comme mettre des LED peuvent sembler dérisoire mais cela reste important pour la cohérence de l’ensemble. Les équipes sont ainsi davantage soudées et motivées lorsque l’on cumule aussi les bonnes actions en interne : maitrise de l’énergie, achats responsables, gestion des déchets, déplacements professionnels, etc. Il y a quand même pas mal de choses à faire en interne même si au fond, cela ne représente qu’un petit pourcentage de l’ensemble. Mais il est évident que l’essentiel des efforts doit se concentrer sur la partie « voyages » et cela se travaille dès la conception.
VA/ Qu’est-ce qui est finalement le plus difficile pour réaliser son premier bilan carbone ?
Julie Geoffroy : La collecte des données. Où aller chercher ? À qui demander ? Au service compta, aux RH ? Mais aussi identifier les habitudes des employés. Comment viennent-ils au bureau ? En voiture, en vélo, etc. ? Souvent, le premier bilan est le plus compliqué. On n’a pas toutes les informations sous la main. Ensuite, on comprend comment ça fonctionne, on peut créer des outils de suivi en interne, les choses se fluidifient.
VA/ Quelle est la prochaine étape pour ATR ?
Julie Geoffroy : Après cette première cohorte lancée à l’automne 2025, il y a donc pile un an, nous sommes en train de lancer une 2ème cohorte pour reconduire ce dispositif qui s’est révélé concluant. Je précise qu’il est plutôt réservé à des entreprises qui n’ont jamais fait de bilan carbone et ont besoin d’être accompagnées. On essaie d’avoir des profils homogènes, de constituer un petit groupe cohérent pour qui cela fait sens. À noter également que les membres ATR bénéficient de tarifs spéciaux négociés dans le cadre du partenariat ATR & Greentripper, ce qui montre aussi l’intérêt de rejoindre notre collectif !
————- Aller plus loin ———-
→ Pour la première cohorte, elles étaient 8 structures à participer : Envol Espace, Espace Europ, Civi-ling, PIE, YFU France, VTO Voyages, L’Office et ATC Routes du Monde. Elles se sont réunies pour réaliser, ensemble, leur bilan carbone et ont été guidées par des consultants formés à la méthode Bilan Carbone®. Pour le calcul précis des voyages, les participants avaient donc accès à l’outil Act4Travel Scanner.
→ Les trois scopes : Le Greenhouse Gas Protocol (GHG Protocol), référentiel international, répartit les émissions en trois scopes : le scope 1, les émissions directes de l’entreprise ; le scope 2, les émissions indirectes liées à l’énergie achetée ; et le scope 3, les autres émissions indirectes générées par son activité, notamment celles des prestations et voyages vendus. Le Bilan Carbone®, méthode française créée par l’ADEME en 2004, peut être présenté selon cette même répartition.
Quelques liens précieux :
Sur Greentrippper : https://act4travel.greentripper.org
Vidéos ATR lors de l’IFTM Top Resa 2026 : https://www.tourisme-responsable.org/actualites/evenement/retrouvez-atr-sur-iftm/
Sur ABC : https://abc-transitionbascarbone.fr/mise-en-conformite/
Par Geneviève Clastres
Auteur et journaliste indépendante spécialisée sur le tourisme durable et le monde chinois, Geneviève Clastres est également interprète et représentante de l'artiste chinois Li Kunwu. Collaborations régulières : Radio France, Voyageons-Autrement.com, Monde Diplomatique, Guide vert Michelin, TV5Monde, etc. Dernier ouvrage "Dix ans de tourisme durable". Conférences et cours réguliers sur le tourisme durable pour de nombreuses universités et écoles.
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