Le voyage d’une vie en Polynésie française avec Rev’Collection Tahiti
Thèmatique : Acteur privé Culture Itinérance Portrait
Pour David Grandgirard et son associée et conjointe Jessica Penote, la Polynésie française est bien plus qu’une destination : une passion née il y a plusieurs années, qui les a conduits à créer Rev’Collection Tahiti, une agence spécialisée dans les circuits et expériences sur mesure. Lancée en janvier 2025, elle défend une autre façon de voyager, plus lente et plus immersive, fondée sur les rencontres, les expériences authentiques et la découverte des territoires, tout en veillant à préserver des écosystèmes polynésiens particulièrement fragiles.

La plus belle destination du monde
Il y a d’abord une passion. Celle de l’épouse de David Grandgirard pour la Polynésie française, forte de 25 ans d’expérience sur la destination dans de grandes agences parisiennes, transmise ensuite à son mari lors de deux voyages, en 2012 puis en 2014. Une passion qui ne l’a, à son tour, plus quittée. « La plus belle destination du monde ! », affirme-t-il. L’anecdote qui a achevé de le convaincre remonte à une traversée inter-îles en catamaran. À bord, un skipper français d’une cinquantaine d’années raconte son histoire. Il a construit son bateau en Bretagne, puis est parti sur les mers. Après sept tours du monde, son verdict est sans appel : la Polynésie est, à ses yeux, le plus bel endroit qu’il ait jamais vu. David Grandgirard est piqué au vif. Avec son épouse, ils transforment cette passion en projet professionnel. David reprend alors ses études et obtient un MBA en management d’entreprise, avec une spécialisation en marketing digital. Peu à peu, les deux savoir-faire complémentaires sont réunis : l’expertise du voyage et de la Polynésie d’un côté, l’acquisition digitale et la communication de l’autre. Rev’Collection Tahiti est créée en 2024, avant de lancer officiellement son activité en janvier de l’année suivante.
Le voyage d’une vie
En Polynésie, le voyage se mérite et se prépare. Chez Rev’Collection Tahiti, le panier moyen atteint 20 000 euros pour deux personnes. Un budget conséquent, en partie dû au billet aller-retour, qui peut représenter à lui seul jusqu’à 40 % du coût du voyage. Mais la Polynésie est ici envisagée comme « le voyage d’une vie ». Celui que l’on prépare après avoir économisé et que l’on ne fera parfois qu’une seule fois. La clientèle de l’agence n’en est pas moins large. Si elle se situe principalement entre 50 et 65 ans, voire davantage – l’agence a notamment fait partir une cliente de 92 ans à bord du Paul Gauguin – de jeunes trentenaires viennent également pour leur voyage de noces.
Ici, pas de séjour standardisé. Tout est conçu sur mesure. Le premier échange téléphonique sert à comprendre les attentes : culture, plongée, rencontres, rythme du voyage… Puis vient la question essentielle : quelles îles choisir ? Car la Polynésie française est vaste, avec cinq archipels et des profils très différents. Pour un plongeur expérimenté, les Tuamotu peuvent être privilégiées, même si elles ne correspondent pas forcément à l’image classique de la plage de sable blanc. Pour d’autres voyageurs, l’intérêt sera culturel ou tourné vers la découverte des îles de la Société.

Des itinéraires adaptés à chaque client
David Grandgirard : « Mon épouse passe souvent une à deux heures à détailler toutes les possibilités tant elle est passionnée. » En outre, au vu de la distance, l’agence privilégie les voyages de trois semaines et évite les formats trop courts, s’assurant que chacun ait la possibilité de découvrir en profondeur la destination. « Quitte à y aller, prenez votre temps ! », résume David Grandgirard. Le grand classique s’articule en trois semaines autour des cinq îles de l’archipel de la Société : Tahiti, Moorea, Huahine, Raiatea et Bora Bora. Toutefois, Rev’Collection Tahiti aime aussi sortir des sentiers battus. Les Marquises occupent ainsi une place particulière, avec une expérience atypique à bord de l’Aranui, un cargo mixte destiné à transporter des biens et des marchandises vers les archipels les plus reculés.
« Dans les années 1980, l’idée est venue d’y accueillir également des voyageurs. Les premiers dortoirs ont progressivement laissé place aux cabines, jusqu’à l’Aranui 5. » L’expérience séduit particulièrement les voyageurs âgés de 50 à 65 ans. Elle permet de découvrir les Marquises au rythme du bateau, en partageant en partie le quotidien de ceux qui y travaillent. Les voyageurs assistent notamment au débarquement des marchandises et peuvent participer à des excursions sur place. Les Marquises dévoilent une culture bien différente de celle des îles de la Société. Elles invitent aussi à une autre façon de voyager, plus proche des habitants, en séjournant chez l’habitant, dans des farés ou des bungalows, parfois installés sur pilotis autour de la maison familiale. Ici, les voyageurs partagent les repas avec leurs hôtes et découvrent, au fil des échanges, un quotidien et une culture qui se dévoilent bien au-delà des sentiers touristiques.

Cinq archipels fragiles
Mais découvrir la Polynésie, c’est aussi prendre conscience de la fragilité de ses milieux naturels. Sur place, les activités liées à la faune sont très réglementées et Rev’Collection Tahiti travaille avec des partenaires agréés par le ministère du Tourisme de la Polynésie française, qui ont établi des règles strictes. Par exemple, lors des sorties d’observation de la faune marine, le nombre de bateaux est limité à trois embarcations et une distance de 100 à 300 mètres se doit d’être respectée. De même, les apnéistes ne doivent pas s’approcher à moins de quinze mètres des cétacés, pas plus que les plongeurs. D’autres façons d’observer les mammifères marins sont de plus en plus encouragées, par exemple depuis la terre à Moorea. Par ailleurs, certaines activités impliquant un contact direct avec les dauphins ou les tortues ont disparu des propositions de l’agence depuis longtemps.
À l’inverse, des expériences de tourisme positif et régénératif sont valorisées, à l’image de Coral Gardeners, un projet porté par un jeune Polynésien autour du bouturage des coraux, mis en avant dans de nombreux reportages jusqu’à l’ONU. L’objectif est de contribuer à faire revivre les récifs grâce à cette technique. Les voyageurs peuvent réserver directement sur le site de Coral Gardener pour aller découvrir le travail de l’association. Très au fait de la vie quotidienne dans chacun des archipels, l’agence cherche ainsi à travailler au plus près des acteurs locaux. Car les Polynésiens sont particulièrement attachés à leur terre et à leur océan, et les activités proposées doivent pouvoir s’inscrire dans cet environnement sans le dénaturer.

Des engagements tous azimuts
Toutefois, l’engagement de Rev’Collection Tahiti commence avant même le départ du voyageur. Sur son site internet, l’agence affiche un badge « Website Carbon », délivré par un organisme indépendant installé à Londres et chargé de mesurer les émissions de CO2 lors du chargement d’une page. L’objectif est de limiter autant que possible l’énergie nécessaire au fonctionnement du site, avec un hébergeur web vert, des images et fichiers compressés pour alléger le poids des pages, etc. Cette démarche doit progressivement être élargie à l’ensemble de l’entreprise, qui revoit actuellement toute sa politique RSE pour 2027 et prévoit à moyen ou long terme de rejoindre l’association ATR. S’engager pour un tourisme plus durable n’est toutefois pas une nouveauté pour l’agence, qui travaille en ce sens depuis le départ en partenariat avec l’office de tourisme de Tahiti, également très impliqué.
Chez Rev’Collection Tahiti, pas question de favoriser le tourisme de masse ni les grandes structures. Lorsqu’un client souhaite multiplier les îles, les conseillers l’incitent plutôt à en découvrir moins, mais à prendre le temps de s’y attarder, en limitant les vols intérieurs au profit des traversées en bateau. Une même philosophie guide le choix des activités. Enfin, tout ce qui est motorisé a été banni : pas d’hélicoptère ni de jet-ski mais du quadbike, du paddle ou tout simplement, des excursions à pied ou à bicyclette. L’agence envisage également de nouer un partenariat avec une association polynésienne et souhaite s’inspirer de démarches comme la Fresque du Climat pour mobiliser ses équipes. Elle dispose par ailleurs d’une charte interne qu’elle envoie à chacun de ses clients afin de les sensibiliser : « Il ne faut rien rapporter de vivants (ni coraux, ni coquillages, ni fleurs, ni fruits, etc.) ; privilégiez l’achat de souvenirs et d’artisanat local directement auprès des artisans et du marché local ; ne pas marcher sur les coraux et les plantes pour les protéger, etc. »

En guise de conclusion
Chez Rev’Collection Tahiti, l’ensemble de ces valeurs se traduisent concrètement dans la façon de concevoir le voyage : imaginer pour chaque client des expériences exclusives et authentiques, tout en valorisant les cultures locales et en veillant à la préservation de l’environnement. Deux ans après sa création, l’agence semble avoir trouvé son rythme de croisière. Les demandes se multiplient et, pour répondre à cette croissance, deux conseillères spécialisées viennent d’ailleurs de rejoindre l’équipe. David Grandgirard : « Notre objectif est double : accélérer le développement de l’entreprise et absorber le flux de demandes, tout en conservant ce qui fait notre valeur ajoutée : le conseil expert et la connaissance fine des clients.»
——– Aller plus loin ——-
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Par Geneviève Clastres
Auteur et journaliste indépendante spécialisée sur le tourisme durable et le monde chinois, Geneviève Clastres est également interprète et représentante de l'artiste chinois Li Kunwu. Collaborations régulières : Radio France, Voyageons-Autrement.com, Monde Diplomatique, Guide vert Michelin, TV5Monde, etc. Dernier ouvrage "Dix ans de tourisme durable". Conférences et cours réguliers sur le tourisme durable pour de nombreuses universités et écoles.
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