Congrès et événementiel : la transition durable passe par le collectif
Moquette, gaspillage alimentaire, achats responsables, RSE… Lors d’une table ronde organisée par Acteurs du Tourisme Durable (ATD) mercredi 16 septembre sur le Village des Initiatives Durables de l’IFTM Top Resa, les professionnels du secteur ont partagé leurs expériences et leurs pistes d’action pour accélérer la transformation de l’événementiel. Un constat s’est imposé : les épisodes des fortes chaleurs de 2026 ont montré que plus que jamais, la question de l’adaptation est primordiale.

Faire travailler toute la filière
Gestionnaires de sites, organisateurs, prestataires, structures d’accompagnement : l’événementiel rassemble une multitude d’acteurs aux contraintes différentes. Pour Gautier Renaud, responsable développement durable à l’UNIMEV, cette diversité rend indispensable le travail collectif. « La transformation nécessite une coopération de tous les acteurs », résume-t-il, en soulignant le rôle de l’organisation professionnelle pour permettre à chacun de mieux comprendre les contraintes des autres. À Nantes, cette logique de coopération se traduit notamment par un travail mené depuis plusieurs années avec les prestataires de la filière. Le Bureau des congrès Nantes Saint-Nazaire a ainsi engagé dès 2020 une démarche autour de la lutte contre le gaspillage alimentaire, en associant notamment les traiteurs et les organisateurs d’événements.
De la moquette au buffet : des changements très concrets
Sur les salons, la transition se joue aussi dans des choix très visibles. Pointée par l’animatrice des débats, Sandrine Mercier (Magazine A/R), la moquette en est un exemple emblématique. Chez RX France, organisateur notamment de l’IFTM Top Resa, sa présence est progressivement réduite et les critères environnementaux prennent désormais une place importante dans les appels d’offres. « Le critère RSE est l’un des quatre critères, à hauteur équivalente du critère économique », a expliqué Céline Boudineau, directrice des opérations et projets transverses de RX France. L’objectif est également d’accompagner les partenaires dans cette évolution, plutôt que de leur imposer immédiatement des solutions qui ne sont pas toujours disponibles sur le marché. Même logique sur les consommables, avec par exemple la distribution de gourdes sur l’IFTM pour limiter le recours aux bouteilles en plastique. À Nantes, la démarche va jusqu’à repenser les formats de restauration : le Bureau des congrès a choisi de ne plus proposer de buffets sur les événements qu’il accompagne, afin de limiter le gaspillage, tout en développant d’autres formats.

La RSE ne se résume pas à une liste de solutions
Pour Xavier Parenteau, directeur associé et cofondateur d’IPAMA, l’enjeu est moins de chercher une réponse universelle que de faire évoluer les décisions en prenant en compte leurs conséquences. La question de la moquette, par exemple, ne peut pas être réduite à son caractère recyclable ou non : elle renvoie aussi à l’expérience des participants, au positionnement du salon, à l’accessibilité ou encore aux contraintes acoustiques. « Il faut être conscient de l’effet négatif, positif, pour soi, les collaborateurs, la planète », a-t-il résumé. Cette approche suppose également de donner aux professionnels les moyens d’agir. Les réseaux et les démarches de certification peuvent notamment fournir des outils aux entreprises, y compris aux plus petites, qui ne disposent pas nécessairement des moyens nécessaires pour engager seules une démarche de labellisation. Dans le secteur de la restauration événementielle, ce travail de fond a notamment permis de faire évoluer les pratiques, comme la végétalisation des menus ou la réduction de leur empreinte carbone.
S’adapter à un climat qui transforme déjà les événements
La transition concerne enfin la capacité même à continuer d’organiser des événements dans un contexte climatique qui évolue rapidement. Mathilde Noury, cheffe de projet tourisme durable à Nantes Saint-Nazaire Congrès et Salons, a notamment évoqué les conséquences des épisodes de chaleur de l’été 2026 : des événements ont dû être annulés ou adaptés, certains hôtels n’étant pas équipés pour faire face aux fortes températures et les prestataires devant eux aussi revoir leur organisation. Pour les professionnels présents, ces situations rendent désormais incontournable la question de l’adaptation : conditions générales de vente, assurances, report des événements, adaptation des bâtiments ou encore rénovation des lieux d’accueil. Le sujet dépasse donc la seule organisation des manifestations. Il concerne aussi les infrastructures qui les accueillent et leur capacité à résister aux évolutions climatiques. Pour les intervenants, l’enjeu est désormais de construire cette feuille de route collectivement, afin que chaque acteur de la chaîne puisse prendre sa part dans la transformation du secteur.

Par Geneviève Clastres
Auteur et journaliste indépendante spécialisée sur le tourisme durable et le monde chinois, Geneviève Clastres est également interprète et représentante de l'artiste chinois Li Kunwu. Collaborations régulières : Radio France, Voyageons-Autrement.com, Monde Diplomatique, Guide vert Michelin, TV5Monde, etc. Dernier ouvrage "Dix ans de tourisme durable". Conférences et cours réguliers sur le tourisme durable pour de nombreuses universités et écoles.
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