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Quel transport pour demain ?

| Publié le 22 septembre 2021 • Mis à jour le 22 septembre 2021 à 19h44
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La première table ronde traitait du sujet majeur du transport dans le tourisme. La mobilité des touristes est-elle par exemple indispensable, quand son impact, notamment pour le transport aérien, est si important ? Quelles sont les alternatives à imaginer ou à revaloriser ?

Marc Hamy, vice-président d’Airbus en charge du développement durable, a eu la difficile mission de commencer l’intervention, l’avion souffrant d’une image plutôt négative en terme d’impact sur le réchauffement climatique.

Il a débuté en rappelant à quel point nous avons besoin de voyager, que ce soit pour retrouver nos familles (300 millions de personne vivent en dehors de leur pays d’origine), ou pour favoriser les échanges humains qui permettront de mieux comprendre l’autre.

Suite à ces paroles convenues, il a précisé que même si l’avion avait mauvaise presse, seuls 2 à 3 % des émissions globales de GES seraient liées à l’aviation. Le volume de voyageurs aériens est d’environ 4 milliards de passagers par an, soit en moyenne moins d’un vol par personne (cette moyenne cache une réalité bien différente quand l’on sait que seuls 11 % de la population mondiale a pris l’avion en 2018 et que 1% des voyageurs représentent jusqu’à 50 % des émissions de CO de l’aviation).

Néanmoins, le secteur aérien aurait pris conscience des enjeux climatiques. Beaucoup aurait d’ailleurs déjà été fait : un avion moderne ne consommerait par exemple que 2L de carburant aux 100 km par passager et utiliserait déjà 50 % de carburant dit durables (bio-carburants ou synthétiques) avec un objectif de 100 % d’ici 2030. (Petit rappel tout de même, un bio-carburant ne signifie pas un carburant écologique, en particulier quand il engendre de la déforestation, des cultures intensives, des changements d’affectation des sols…)

Contrairement à Boeing, Airbus a par ailleurs lancé le projet d’avion zéro émission, le fameux avion volant à l’hydrogène. Ce combustible est 4 fois plus puissant que le pétrole, mais demande un espace de stockage bien plus important. Mais dans le meilleur des cas, les vols commerciaux avec des avions à hydrogène ne débuteraient pas avant 2035.

A sa suite, le sociologue Rodolphe Christin, auteur notamment du Manuel de l’anti-tourisme et La Vraie vie est ici, a indiqué que le tourisme est une organisation de la planète et non pas simplement une pratique individuelle. Le tourisme a imprégné nos habitudes : on n’imaginait plus un monde sans tourisme, mais si la crise de 2020 nous a rappelé que rien n’est définitif.

Le consensus touristique a ainsi commencé à être remis en question. Est-il viable d’avoir, d’après les prévisions, plus de 7 milliards de passagers aériens dans 10 ans, même avec un avion « plus propre » ? Les technologies ne pourront certainement pas tout et au-lieu d’une fuite en avant vers le toujours plus, ne faudrait-il pas plutôt imaginer que le tourisme du futur ne sera possible que si l’on réduit le nombre de touristes ? La question de la sobriété de nos déplacements touristiques devrait être au cœur de nos préoccupations.

Et si Jean Viard rappelait à juste titre que « les gens ne veulent pas ne pas partir en vacances », Rodolphe Christin a insisté sur le fait qu’il fallait justement sortir de cette idée qu’être en vacances doit signifier partir en vacances. Il faut au contraire relocaliser le temps libre, mais également redonner du sens à l’itinéraire, préférer le chemin à la destination : plus loin n’est pas forcément mieux. Il a ainsi cité Nicolas Bouvier qui écrivait que « le voyage commence au bout de ma chaussure ».

A la question de Jean Viard qui demandait si la pandémie allait permettre d’aller dans le bon sens, il a répondu qu’elle avait déjà eu la vertu de nous avoir obligé à réfléchir au modèle touristique que nous souhaitons. Mais que la construction de paquebot géant n’invite pas pour autant à l’optimisme !

En conclusion, s’il n’a pas remis en cause les vertus de la technologie (si chère à Marc Hamy), il a mis en garde contre la croyance en sa toute puissance. Il a plutôt invité à un ré enchantement de la sobriété qui passe peut-être également par une limitation du nombre d’avions ou de bateaux en circulation ou encore un bridage des véhicules.

Agnès Ogier, directrice TGV Atlantique, a terminé cette première table ronde en remettant en perspective le rôle que pourrait prendre le train dans ce tourisme du futur.

En France, nous avons la chance d’avoir une proposition ferroviaire de qualité qui couvre une grande partie du territoire. Elle a rappelé également la sobriété énergétique du transport ferroviaire en reprenant l’exemple d’un trajet entre Paris et Nantes en train qui génère 1kg de CO² par passager contre 74 kg pour un trajet en voiture.

Dans la lignée des paroles de Rodolphe Christin, Agnès Ogier a insisté sur le fait que le voyage commence dès le moment du départ : dans le top 3 des activités que les gens préfèrent faire dans le train, on retrouve la simple découverte du paysage par la fenêtre.

Le train est ainsi une mobilité douce à double sens : la douceur en terme de confort de déplacement, mais également une sobriété en terme d’émissions de GES.

La crise de 2020 a mis en évidence un changement des certains comportements, notamment liés au télétravail : l’émergence des trajets à destination des villes moyennes, une porosité des pratiques loisirs / travail, et une augmentation de la fréquentation des lignes le jeudi soir.

Agnès Ogier est également revenue sur la remise en service des trains de nuit qui permettent un autre rapport au temps et qui pourraient devenir des alternatives intéressantes dans le tourisme du futur.

© istock – helivideo

Questionnée sur l’interdiction récente des vols intérieurs de moins de 2h30, elle a précisé que c’était dans les faits déjà le cas. Elle voit plutôt l’avion comme un transport complémentaire au train (sur des temps de trajet plus longs) et considère que le vrai problème concerne l’utilisation encore trop importante de la voiture pour les trajets des vacances. Il faut ainsi arriver à faire basculer les gens pour que le train devienne la solution de mobilité touristique « naturelle ».

Pour y parvenir, il faudra alors que l’alternative du train soit désirable, pratique et fluide, car le seul argument d’un voyage qui propose de la valeur en tant que tel ne suffira pas. La bonne nouvelle, c’est qu’avec la hausse du télétravail, le curseur du temps de trajet a augmenté : les gens sont maintenant prêts à faire plus de temps de trajet, à condition que ces trajets soient moins fréquents.


Quel transport pour demain ? | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Alexandre Tisné-Versailles
Créateur d'activités touristiques innovantes (cabanes dans les arbres, escape game, jeux de piste dans des châteaux…), citoyen engagé dans le Développement Durable et voyageur responsable avec 2 tours du monde au compteur. Rédaction d'articles sur le tourisme durable et la littérature de voyages.
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