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La station de ski de la Rosière prise dans le dilemme de la croissance raisonnée…

| Publié le 15 mars 2022 • Mis à jour le 15 mars 2022 à 15h00
         

Longtemps identifiée comme une station de ski familiale et tranquille, la Rosière s’est peu à peu embourgeoisée au fil des ans : construction d’hôtels 4 étoiles, d’un nouveau club Med, inflation des loueurs de matériel et des boutiques de luxe, apparition d’une clientèle plus huppée, etc. Une montée en gamme qui vise toutefois à garder une certaine retenue, avec dans le même temps, des engagements de plus en plus affirmés pour le développement durable et toute une floppée de professionnels conscients que seule une croissance raisonnée sera en mesure d’éviter une « courchevelisation » rampante de la station ….

Vue du Mnot Blanc
La Rosière face à Mont Blanc @G.Clastres

La folie des hauteurs ?

On ne vient pas à la Rosière, on y revient. La station envoute et fidélise, notamment les familles, heureuses de trouver là un havre de paix encore préservé loin des grands raouts tapageurs. Située à 1850 m au cœur de la Haute-Tarentaise, la station labélisée « Famille Plus » est perchée entre France et Italie, avec des vues à couper le souffle sur le Mont Blanc et la possibilité de filer de l’autre côté de la frontière, à la Thuile, profitant du domaine Saint Bernardo qui dédouble les possibilités de glisses. Depuis une dizaine d’années toutefois, la Rosière change ; des chalets plus luxueux viennent peu à peu se glisser entre les résidences de montagne, des hôtels haut de gamme pointent ci et là, à chaque année son lot de nouvelles constructions et projets haut en couleur, le plus emblématique étant sans aucun doute l’apparition d’un immense Club Med classé 4 Tridents sur le site d’un ancien aérodrome à l’arrêt, véritable paquebot de luxe dessiné par le Grenoblois Alain Palma (Plexus Architectes) et le Savoyard Jean-Michel Villot (JMV Resort) dont l’inauguration prévue initialement en décembre 2020 a finalement eu lieu, Covid oblige, en juin dernier. A savoir que ce vaisseau posé sur la montagne et visible depuis la première piste (Poletta) créé alors il y a cinquante ans, a également entrainé (fruit de la négociation entre Fosun – groupe chinois qui détient le Club Med – et la station) la construction de deux nouvelles remontées mécaniques qui permettent à présent d’atteindre la crête du Mont Valaisan à près de 2 800 m, égratignant un peu plus la montagne, mais rehaussant de quelques 200 m le sommet de la station…

Du haut du mont Valaisan@GClastres

Un nouveau Club Med qui interroge…

On ne vient pas à la Rosière, on y revient, avec des habitudes bien ancrées et des affinités qui se forgent, entre Centre Rosière ou côté Eucherts, deux fronts de neige pour une même station mais des typologies de clientèles parfois distinctes, plus huppées souvent aux Eucherts, qui concentrent une bonne partie de skieurs britanniques et voit peu à peu poindre dans ces chalets de luxe quelques célébrités qui jusqu’alors avaient délaissé la station. Sergio (loueur de ski à La Trace – La Rosière Centre) : « Avant, nous étions une dizaine de loueurs. Quand il me manquait une paire de ski, on se dépannait entre collègues. Aujourd’hui nous sommes 24. Autant dire que je n’ai plus besoin de me faire dépanner… » Il y a deux ans, Sergio a observé pendant des mois le ballet des camions qui chargeaient les tonnes de terre excavées pour construire le Club Med. Alors, certes, le Club s’est engagé à fournir un millier de lits chauds (400 chambres), 800 emplois directs et indirects, mais quelle emprise, quel impact pour cet immense paquebot des cimes ? Conscient des critiques et de l’enjeu environnemental, le Club s’est engagé à dépolluer et végétaliser la partie aval de l’altiport, soit 4000 m2 en aval du site où seront replantés près de 500 arbres, plus de 2 000 jeunes plants forestiers et arbustes et plus de 5 000 plantes vivaces, graminées, aromatiques et médicinales ainsi que 125 myrtilliers. En outre, le  Village a obtenu la certification BREEAM New Resort, parmi les plus exigeantes au monde en matière d’écoconstruction, mais aussi l’écocertification de sa gestion quotidienne par Green Globe. Henri Giscard d’Estaing (Président du Club Med) : « Dans un souci d’efficacité et de gain d’énergie, le village de La Rosière analysera en permanence 5000 points de consommation pour lutter contre le gaspillage et limiter son empreinte carbone. »

ClubMed La Rosière©DR

L’hôtel I.L.Y, I Love You La Rosière

Le cas de l’hôtel I.L.Y est également emblématique de toute l’ambivalence d’une station prise entre l’envie de s’engager pour le bien être de sa clientèle dans l’élan de cette montée en gamme sans toutefois perdre son identité ni son âme. Située à l’entrée des Eucherts, cet établissement 4 étoiles de 69 chambres (dont 22 suites) a ouvert en décembre dernier après que son prédécesseur (le groupe Hyatt) ait fait faillite. Maud Chavanet (Directrice générale) : « Nous avons dû rénover en trois mois un bâtiment déjà existant, le vider de son enveloppe pour lui donner une deuxième vie ». Une deuxième vie totalement en phase avec l’ADN du projet I.L.Y, visant à réutiliser et à recycler au maximum l’existant, afin de minimiser au mieux l’impact environnemental de l’ensemble. Ainsi, dans la salle de jeu dédié aux enfants, le bricolage est réalisé à partir d’objets de récupération et les plus jeunes sensibilisés à la réutilisation des matériaux du quotidien. De même, dans l’élégante Chocolaterie Tonka, les meubles ont été chinés avec soin dans un esprit « cabinet de curiosité ». Et les chambres sont à l’encan, mêlant décoration contemporaine, recyclage et détournement d’objets glanés ci et là. L’hôtel s’engage aussi via une politique Zéro plastique (eau filtrée, gourde cadeau, etc.), une attention accrue aux ressources (GTC, fournisseur d’électricité verte, minuteurs de douches, lumière naturelle privilégiée dans les chambres). Enfin, au restaurant Bonami, le chef Grégory Gérard privilégie une cuisine du terroir mariant la Savoie et l’Italie voisine, avec des produits locaux et de saison. On pourra ainsi déguster des bruschettas fondantes accompagnées de vieux légumes confits, ou préférer les classiques montagnards à l’image de la raclette ou de la fondue au beaufort. Maud Chavanet : « Nous nous interrogeons actuellement sur la pertinence de garder nos jacuzzis dont l’eau est chauffée en permanence pour une utilisation très réduite au final. »

Hôtel I.L.Y©DR

La Rosière en marche vers le label Flocon Vert

De fait, c’est l’ensemble de la station qui s’interroge et tente de faire en sorte de ne pas perdre son âme dans cette frénésie bâtisseuse. En ce sens, un pas significatif a été fait en janvier dernier avec la décision de l’ensemble du conseil municipal de La Rosière Montvalezan de travailler avec l’association Mountain Riders en vue du label Flocon Vert. Ce dernier, centré sur quatre thématiques (économie locale, social et culturel, gouvernance et destination, environnement et ressources naturelles) vise en quelques 20 critères et 130 indicateurs à inscrire l’action de la station dans l’élan du développement durable. En lien avec la Régie Electrique de Montvalezan, le Domaine Skiable La Rosière et l’Office de Tourisme, la commune s’est engagée à financer cette démarche. Jean Claude Fraissard (maire de la Rosière Montvalezan) : « Nous ambitionnons d’obtenir le label Flocon Vert à la fin du premier semestre 2023. » Un cap qui vient également conforter les nombreux engagements pris par la station ces dernières années, comme la plantation de 1500 arbres sur trois ans (partenariat ONF), le respect d’une feuille de route environnementale du domaine skiable dont la neutralité carbone dès 2037, la préservation des milieux naturels fragiles, une remise de 15% sur les forfaits (Verts) pour tous les voyageurs qui arrivent en train, une charte zéro déchet à l’office de Tourisme, un réseau de neige de culture vertueux, etc.

En famille à La Rosière©GClastres

Des lendemain durables ?

Reste la question des lendemains qui chantent, ou déchantent ? Certes les ambitions sincères de la station et de ses nombreux professionnels pour s’inscrire dans un développement plus durable sont notables, mais quid de la poursuite de la montée en gamme, de la poussée immobilière, de la gentrification d’une station-village ? Déjà, certains habitués se demandent s’ils pourront continuer à venir quand les tarifs de location en saison ne cessent d’augmenter. Isabelle H (mère de famille) : « Cela fait presque quinze ans que venons tous les hivers en famille mais vu l’augmentation des prix sur la station et la multiplication des hôtels de luxe, nous commençons à nous poser des questions et à réfléchir à voir ailleurs. » Quid de la montagne pour tous ? Des vacances en famille ? Serait-ce bientôt la fin d’une station alors (relativement) accessible qui a longtemps misé sur son label « Famille Plus » et ses animations gratuites pour séduire une clientèle familiale ? Car là est peut-être l’enjeu de demain pour La Rosière, à l’heure où des lieux aussi emblématiques que le bar-restaurant Mac Kinley (l’une des âmes de la station quand on sait que l’un des fils de Jean Arpin, créateur de la station, a longtemps vécu juste au-dessus) a été vendu et sera démoli dans quelques mois pour…. un nouvel hôtel avec son parking souterrain… et son lot de clientèles de luxe. Alors, quand le Club Med nous promet un Bye Bye Plastics pour bientôt, attention que l’écho ne résonne pas d’un Bye Bye les Familles, faisant fi du troisième pilier du développement durable, le social, l’accessibilité, le droit aux vacances pour tous.

———– Aller plus loin ————

La Rosière : La Rosière – Station de ski Franco-Italienne – La Rosière avec un grand R (larosiere.net)

Hôtel I.L.Y : Les Eucherts – La Rosière – www.ily-hotels.com –  Chambre double à partir de 186 €.


1850m©GClastres

La station de ski de la Rosière prise dans le dilemme de la croissance raisonnée… | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Geneviève Clastres
Auteur et journaliste indépendante spécialisée sur le tourisme durable et le monde chinois, Geneviève Clastres est également interprète et représentante de l'artiste chinois Li Kunwu. Collaborations régulières : Voyageons-Autrement.com, Monde Diplomatique, Guide vert Michelin, TV5Monde, etc. Dernier ouvrage "Dix ans de tourisme durable". Conférences et cours réguliers sur le tourisme durable pour de nombreuses universités et écoles.
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