Odysway : le voyage en immersion ici et ailleurs
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Alors que de nombreux acteurs du voyage en immersion ou de la micro-aventure sont mis à mal par un marché difficile et des modèles économiques fragiles, Odysway trace sa route et maintient le cap. Fondée en 2018 par Romain Masina, l’agence prône une troisième voie qui permet d’allier des expériences immersives en France à des propositions plus lointaines mais tout aussi soigneusement travaillées. Au cœur de l’expérience, la rencontre, à l’image de celle qui fit jaillir l’étincelle : ce voyage dans la jungle bolivienne où, observant son guide, Romain comprit combien « rencontrer des personnes ancrées dans leur territoire » est le secret d’un voyage accompli.

VA/ Pouvez-vous nous rappeler l’ADN d’Odysway, qui explique que huit ans après votre création, l’agence est toujours le vent en poupe ?
Le projet est né en 2018, avec l’idée de remettre la rencontre au cœur du voyage. Il s’agit de séjours en France ou à l’étranger, parfois dans des destinations lointaines, qui intègrent davantage la rencontre avec les habitants locaux, avec des guides accompagnants, et une immersion plus longue. En France, cela peut être par exemple auprès de bergers, autour de la photo animalière. À l’étranger, ce sont des immersions au sein de communautés locales, en Roumanie, au Maroc, en Colombie, au Japon…
À partir de cette façon de voyager centrée sur la rencontre, nous avons développé différents types d’expériences : des voyages autour du sport, des treks d’aventure, ou encore certaines expériences permettant de découvrir des traditions spirituelles locales, par exemple en Mongolie. Autre exemple, au Costa Rica, vous pourrez découvrir un refuge animalier engagé, géré par une ONG locale et partager ainsi le quotidien de l’équipe en participant aux soins apportés aux animaux recueillis: nourrissage, nettoyage des espaces, observation, accompagnement des vétérinaires. Chaque rencontre se fait dans le respect des animaux et de leur rythme, avec un objectif clair ici: la réhabilitation et, lorsque c’est possible, le retour à la vie sauvage. Beaucoup de nos séjours incluent également une dimension d’apprentissage, comme la photo animalière ou l’astronomie.

VA/ Votre modèle est centré sur des partenariats directs avec les guides, artisans, famille, pouvez-vous détailler et nous donner quelques exemples ?
À l’étranger, nous travaillons souvent en direct avec nos guides, comme au Népal ou au Costa Rica, où nous avons construit des relations solides au fil du temps. Dans certains cas, nous choisissons aussi de collaborer avec des réceptifs locaux. Ils jouent un rôle clé pour assurer la logistique, l’accueil des voyageurs ou encore l’assistance sur place, avec un niveau de réactivité indispensable. Nous privilégions alors un interlocuteur francophone unique, pour garantir la fluidité des échanges et la qualité du suivi.
C’est par exemple le cas en Mongolie. Nous travaillions initialement en direct avec les familles, mais leur disponibilité pouvait varier selon les périodes. Le partenariat avec un réceptif local nous permet aujourd’hui de sécuriser l’organisation tout en conservant l’authenticité des expériences proposées. Nous intégrons aussi de plus en plus des modes de transport plus responsables, notamment le train lorsque cela est possible, en particulier sur nos destinations européennes, afin de proposer des alternatives concrètes à l’avion.
Dans tous les cas, notre ligne reste la même : proposer des voyages immersifs, responsables, avec une attention particulière portée à la juste rémunération des guides et des partenaires, ainsi qu’au respect du rythme et des réalités locales.
VA/ Vous (Odysway) êtes plutôt voyage en France ou voyage à l’étranger ?
Nous nous définissons un peu comme la troisième voie du tourisme. Aujourd’hui encore, certains tour-opérateurs continuent à considérer le voyage lointain comme leur unique source de revenus et ce, malgré l’impact de la période Covid qui a poussé de nombreux TO à reconsidérer le voyage local. À côté de cela, on a vu apparaître de jeunes marques, dont nous avons fait partie en 2018, qui ne jurent que par l’ultra-local, sans forcément réussir à définir un modèle économique viable, ce qui implique souvent de grandes difficultés. Au bout d’un moment, cela bloque : le territoire est limité, certaines zones touristiques en France sont surchargées, et ces acteurs doivent faire un volume énorme pour pouvoir se maintenir à flot.

Nous proposons une troisième voie : aller à la fois vers le lointain et vers le local. Nous considérons que nos clients ont toujours envie de partir, parfois même très loin. Notre mission est de les accompagner dans les destinations de leur choix pour voyager de manière plus sereine, plus consciente, plus durable. Si on souhaite partir moins longtemps, privilégier la France, par exemple des micro-séjours dans un parc naturel. Et lorsque l’on décide de partir plus loin, rester plus longtemps sur place. Il s’agit donc aussi de limiter les micro-séjours à Prague, Rome ou Londres, et d’encourager davantage les séjours dans des territoires comme le Mercantour ou le Morvan.
VA/ Pouvez-vous nous donner quelques exemples sur les alternatives au transport aérien que vous proposez ?
Notre objectif, dès l’année prochaine, est d’arriver à un équilibre : 50 % de séjours en France et en Europe accessibles sans avion et, 50 % de destinations accessibles en avion. Il y a derrière cela un véritable enjeu de survie du modèle. L’avion devra évoluer : aujourd’hui, il n’existe pas encore de solution totalement non polluante. En attendant, notre conviction est qu’il faut mieux voyager une fois sur place, et repenser aussi la place des séjours proches en France, sous forme d’escapades.
Concrètement, nous organisons déjà certains séjours en Italie, en Espagne ou en Scandinavie, où nous proposons, lorsque c’est possible, des déplacements en train comme alternative à l’avion. Ce n’est pas toujours simple : il y a parfois la contrainte du temps, et aussi celle du prix, car le train peut être plus cher que l’avion. Notre réflexion s’articule aujourd’hui autour de deux axes principaux. Le premier consiste à développer davantage de séjours en France, avec la création de nouvelles expériences et de nouveaux séjours sur le territoire. Le second : si l’on souhaite voyager loin, le faire moins souvent. L’idée que nous défendons est, par exemple, de faire un voyage en avion tous les deux ans, mais de le vivre pleinement.
Un bon exemple est celui de l’Ouzbékistan, où les déplacements se font 100 % en train, uniquement avec des trains de nuit à grande vitesse. Dans les pays où nous devons prendre l’avion pour nous rendre sur place, nous travaillons avec des partenaires qui partagent cette même vision : respecter le rythme du voyage. Lorsque les étapes s’enchaînent, on ne se pose jamais vraiment, et il devient difficile de créer une relation ou de partager un moment avec les personnes que l’on rencontre. C’est pour cela que nous choisissons des partenaires alignés avec cette philosophie : de petites agences locales et non de grands DMC.
VA/ Quel est le voyage qui rencontre le plus de succès auprès de vos clients ?
En France, nous proposons des séjours très atypiques, par exemple une immersion de cinq jours dans le quotidien d’un berger dans la vallée d’Aspe (Béarn) que nous avons rencontré directement sur place. Ce voyage fonctionne très bien et peut se réaliser de juin à septembre. Nos clients sont accompagnés par un accompagnateur en moyenne montagne. « Le moment fort du séjour se vit en altitude, lors de la rencontre avec une bergère. Entre deux marches, elle partage son quotidien sans mise en scène : le troupeau, la fabrication du fromage, les gestes répétés que la montagne impose depuis toujours. Un métier ancien, exigeant, encore bien vivant, qui donne une autre lecture de ces paysages habités. » Il existe aussi un format court (2 jours/1 nuit) avec un bivouac dans une cabane de berger. On rencontre le berger, on participe à la fabrication du fromage et à la traite des brebis.

À l’étranger, nous proposons par exemple un séjour au Népal : « Trek immersif chez l’habitant accompagné par un guide sherpa ». C’est un trek immersif, pas un voyage de dépassement de soi. Il est classé dans la catégorie aventure, mais il s’adresse surtout à des personnes actives, qui ont l’habitude de marcher au quotidien et qui souhaitent avant tout rencontrer des personnes. On randonne environ 10 à 12 km par jour, et on loge chez des familles, chez l’habitant. On partage la soirée et le petit déjeuner avec eux. Le tracé est peu touristique : nous travaillons avec des guides sur des tronçons peu courants. L’idée est d’éviter les chemins trop fréquentés. L’essentiel reste la rencontre et l’immersion, loin des villes et des zones touristiques.
VA / Pouvez-vous expliquer votre concept « Tribus », lancé en 2020 ?
« Tribus » est né en 2020. Au départ, c’était une réponse à de nombreuses entreprises qui nous contactaient pour organiser des séminaires, souvent en lien avec nos expériences d’immersion. Avec le temps, le concept a évolué. Aujourd’hui, nous accompagnons des personnes qui ont déjà une communauté et qui souhaitent créer des séjours qui leur ressemblent. Un professeur de yoga, un photographe, un coach sportif ou un artiste peut s’appuyer sur nous pour concevoir une expérience complète, qui mêle sa pratique à une immersion locale forte.
Notre rôle est justement là : les aider à structurer, organiser et sécuriser ces séjours, tout en apportant notre savoir-faire terrain et notre réseau de partenaires locaux. Cela leur permet de se concentrer sur leur expertise et leur groupe, pendant que nous construisons avec eux un cadre cohérent, fluide et fidèle à l’esprit Odysway.
VA / Odysway, c’est combien de voyageurs en 2025 ? Un début d’année prometteur ?
En 2025, nous avons atteint 1 000 voyageurs. En 2026, les bases sont similaires sur les deux premiers mois. Certes, la situation en Iran ralentit énormément les choses et risque d’avoir un impact. Nous essayons d’être prudents, de trouver des alternatives, de saisir des opportunités de rapprochement ou de report.
VA/ Le tourisme durable semble une évidence pour vous, souhaitez-vous aller plus loin et rejoindre un label (ATR), un réseau (ATD), ou tout autre idée ?
À terme, pourquoi pas se labelliser, mais ce n’est pas un objectif en soi. En premier lieu, cela représente un engagement financier important, pour la labellisation et le suivi. L’engagement en temps est également conséquent, avec des séminaires et des ateliers à prévoir. Pour autant, ma croyance profonde est que ce n’est pas parce qu’on n’est pas labellisé qu’on ne peut pas avoir un impact. Nous menons déjà régulièrement des actions concrètes : certains mois, jusqu’à 5 % de notre chiffre d’affaires est consacré à des causes qui nous tiennent à cœur. Par exemple, nous avons soutenu une assocation pour les droits des personnes LGBT, puis Pure Project pour le financement de puits de carbone. Nous avons également collaboré avec Les Enfants de la Goutte d’Or, en organisant des séjours pour des jeunes qui n’auraient pas eu l’occasion de partir autrement.

Toutes ces initiatives nous permettent de générer un impact réel, sans attendre un label pour légitimer nos actions. Il y a un an, nous avons travaillé avec la CCI pour obtenir un score d’écoresponsabilité. Cela nous a permis de vérifier que nous allions dans le bon sens. Le principal intérêt d’un label serait surtout d’échanger avec d’autres dirigeants d’entreprise qui développent leur marque dans la même logique que nous. Mais le label pour le label, ce n’est pas notre objectif et cela ne doit pas être un argument marketing. Nous continuons néanmoins à nous renseigner et si nous devions choisir, l’ATES nous semble plus aligné avec nos valeurs et notre mission.
VA/ Une dernière chose à ajouter, de nouveaux développements ou projets pour Odysway ?
Dans les années à venir, Odysway souhaite poursuivre sa croissance en développant davantage d’expériences en France, notamment dans des territoires naturels ou ruraux où la rencontre avec les habitants reste possible. L’agence travaille également à structurer un réseau de distribution auprès d’agences de voyages en France et à l’international afin de faire découvrir ces séjours immersifs à un public plus large. Au-delà du développement commercial, l’objectif reste le même : continuer à défendre une manière de voyager plus attentive aux personnes, aux cultures et aux territoires, et proposer des expériences qui prennent le temps de la rencontre.
———- Retrouvez ici : Odysway————-

Par Geneviève Clastres
Auteur et journaliste indépendante spécialisée sur le tourisme durable et le monde chinois, Geneviève Clastres est également interprète et représentante de l'artiste chinois Li Kunwu. Collaborations régulières : Radio France, Voyageons-Autrement.com, Monde Diplomatique, Guide vert Michelin, TV5Monde, etc. Dernier ouvrage "Dix ans de tourisme durable". Conférences et cours réguliers sur le tourisme durable pour de nombreuses universités et écoles.
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