Allibert – Enjeux n°3 : Une profession qui s’industrialise ?
Retour sur la conférence de presse tenue dans les locaux d’Allibert afin de présenter les quatre enjeux majeurs du tourisme d’aventure. Troisième point développé : l’industrialisation de la profession.
Les Wall Street de l’aventure
Gérard Guerrier appelle cela les Wall Street de l’aventure. En ces temps de crise et de croissance faible, il fait clairement allusion à ces industriels qui s’intéressent de plus en plus aux niches dont fait partie le tourisme d’aventure. Il cite notamment TUI qui a racheté plusieurs marques dont Aventuria, Explore, Class Adventure, Intrepid, Nouvelle Frontière Aventure, etc. « Avec ces rachats, on constate l’arrivée de gens nouveaux dans le métier. Or, on ne gère pas le tourisme d’aventure comme le tourisme de masse. Tout n’est pas industrialisable, ni compressible. » Et de déplorer les effets pervers que cela induit sur l’ensemble de la chaîne humaine dans des métiers où les économies d’échelle font qu’au-delà d’un certain seuil, on ne peut plus tirer les prix vers le bas. De dénoncer aussi les pressions que cela induit sur les petits salaires (guides, porteurs, etc.), les méthodes malhonnêtes (circuits copiés et remisés à la baisse en sucrant repas, visites, etc.), les promotions racoleuses et autres promotions.
Petit poisson deviendra gros
Contrairement à des confrères respectables dont la concurrence est structurante, Allibert dénonce donc ces pratiques qui tirent toute une profession vers le bas. Dans le fond, finalement, ce qui est pointé ici, ce n’est pas tant la tendance à « grossir » ou s’allier au sein d’un même groupe, mais plutôt de grossir pour grossir en entraînant tout cet ensemble d’effets pervers cités plus haut. Et de fait, parmi les membres d’ATR, ils sont nombreux à avoir choisi de grandir ou de s’allier. Le groupe VDM comprend Terres d’aventure, Nomade Aventure, Chamina, Grand Nord Grand Large, Comptoir des voyages. Quant à Atalante, Terra Incognita, Club Aventure, Cheval d’Aventure, ils ont rejoint le groupe Géophile (Décathlon et Mulliez).
Grossir pour survivre ?
Récemment, un article de Que Choisir (écrit de façon particulièrement malhonnête) mettait tout ce petit monde dans le même panier sans aucun discernement voire avec une réelle volonté de nuisance. Ce qu’il faut souligner au contraire, c’est les différences de pratique entre tous ces acteurs, dont une partie sont depuis longtemps regroupés sous la bannière d’ATR. Gérard Guerrier reconnait d’ailleurs qu’il n’a rien contre une certaine concentration des marques d’aventures. Récemment, Allibert a également franchi le pas en se faisant capitaliser à hauteur de 19% par le Crédit Mutuel. Et lorsqu’on lui demande s’il s’agit d’une nouvelle stratégie, Gérard Guerrier explique :
«Nous sommes une génération d’anciens qui allons sortir du cycle. Nous avons donc besoin de passer le relais et pour cela, d’un partenaire financier. L’idée n’est pas tant de grossir que de s’allier, tel un ban de poissons, pour pouvoir continuer à vivre de notre passion avec des partenaires dont les marques et les stratégies sont complémentaires. » Parmi les futurs « alliés » cités par Allibert on compte Destination Merveille (800 clients par an dans le Mercantour), Sentiers Croisés, Visages Terres du Sud. En outre, Allibert a aussi commencé un partenariat avec Intermèdes sur des trekking culturels nommés « Sentiers des Arts ».
Grossir pour résister !
Gérard Guerrier poursuit : « L’idée n’est donc pas de devenir gros, même si c’est une question que l’on se pose souvent, un vaste débat. En ce qui nous concerne, on veut juste s’allier avec des gens qui partagent nos choix et nos valeurs et continuer à faire le métier que l’on aime. ». C’est aussi pour cela qu’Allibert dénonce l’industrialisation du secteur, parce qu’elle nuit à des « artisans » de l’aventure et oblige à entrer dans une logique diamétralement opposée aux valeurs du tourisme responsable. « Le tourisme responsable que nous prônons exige une « juste répartition », pas la concentration de pouvoir au bénéfice d’une seule entité. Notre objectif est bien le développement raisonnable et la pérennité de notre activité pour le bien de tous les acteurs de notre « écosystème », à commencer par les clients et notre personnel local ».
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Par Geneviève Clastres
Auteur et journaliste indépendante spécialisée sur le tourisme durable et le monde chinois, Geneviève Clastres est également interprète et représentante de l'artiste chinois Li Kunwu. Collaborations régulières : Radio France, Voyageons-Autrement.com, Monde Diplomatique, Guide vert Michelin, TV5Monde, etc. Dernier ouvrage "Dix ans de tourisme durable". Conférences et cours réguliers sur le tourisme durable pour de nombreuses universités et écoles.
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