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Et si la réponse au changement climatique venait des îles ?

| 29 mars 2017 • Mis à jour le 11.04.2017 à 16h15
Thèmatique :  Espaces protégés   Territoire 
         

Les îles, laboratoire du changement climatique ? Avec l’augmentation des gaz à effet de serre (GES),  atolls et terres des tropiques sont chaque jour un peu plus confrontées à ce défi du lendemain. Le 12 février 2012, Marlene Moses, présidente de la région Pacifique de l’Alliance des Petits Etats insulaires en développement (AOSIS) affirmait haut et fort, lors de son premier discours aux Nations unies, que « le changement climatique est l’enjeu prioritaire pour les îles ». D’ores et déjà, de nombreuses réponses sont apportées. Elles se doublent d’initiatives pilotes et du défi d’accueillir des populations touristiques en quête de soleil, touristes à la fois pourvoyeurs de revenus mais aussi énergivores, à tous les sens du terme…

Viventura

Le paradis des îles San Blas ©Viventura

L’urgence climatique

C’est bien connu, le réchauffement climatique entraine  la fonte des glaces des pôles et glaciers et la dilatation des océans. Selon les experts, l’élévation du  niveau de la mer a été de 15 à 17 centimètres au cours du XXe siècle et devrait atteindre entre 20 et 60 centimètres d’ici à la fin du XXIe siècle. Pour les îles, cernées par les eaux, les conséquences sont nombreuses. Tuvalu, les Kiribati, les Maldives, les îles Marshall mais aussi certains atolls au large de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, Tokelau et de nombreuses terres de Polynésie sont parmi les plus menacées par la montée du niveau de la mer. Ainsi, Tuvalu (neuf îles dont six atolls du Pacifique peuplés de 10 000 habitants) pourrait devenir inhabitable d’ici à 2050, notamment du fait des remontées de mer qui traversent régulièrement les sols et dégradent les réserves d’eau douce.

Autre conséquence dramatique, les grandes marées de plus en plus fréquentes qui viennent rogner les surfaces agricoles cultivables. Depuis quelques années, le petit atoll de Takuu (Papouasie-Nouvelle Guinée) est ainsi submergé par des marées géantes qui inondent le village, les champs de taros et les lieux de sépulture. Cette salinisation des terres rend les sols impropres à la culture. En sus,  avec des récifs coralliens de plus en plus stressés par les températures trop élevées (il peut suffire de 1 ou 2° de plus pour qu’ils expulsent les algues symbiotiques qui vivent dans leurs tissus) ou abîmés par la pollution, l’assaut des vagues se fait plus intense et provoque l’érosion des plages. On pourrait encore évoquer l’augmentation du CO2 dans l’océan qui joue sur l’acidité des eaux et bouleverse la biodiversité – – mort des coraux, fuite des poissons et invertébrés marins, disparitions d’espèces terrestres végétales et animales….

Fleur Boulet de canon de Guadeloupe ©DR

La résistance s’organise

En première ligne face au changement climatique, les îles sont aussi devenues le terrain de recherche privilégié pour les scientifiques. L’ARM, Climate Research Facility, basé en Amérique, étudie l’évolution climatique dans plusieurs observatoires situés dans des endroits stratégiques, dont les Maldives, Nauru, HawaiI, et Manus en Papouasie-Nouvelle Guinée. Mais les réponses viennent aussi des îles, bien obligées de trouver des solutions si elles ne veulent pas finir dans l’antre de Poséidon. La communauté des Tuvaluans en exil, par exemple, a créé l’association Alofa Tuvalu qui propose des solutions concrètes et reproductibles afin de réduire les émissions de GES au niveau mondial et sauver là sa culture et son identité. Informations, bandes dessinées, expositions, elle multiplie les supports pour relayer son appel au secours et participer à la sensibilisation du grand public.

Au Kiribati, Anote Tong, président de la république, tente depuis des années de mobiliser la communauté internationale au sort de son pays. Toutefois, face à l’irrémédiable, il s’est aussi déclaré prêt à la migration « dans la dignité ». En 2014, l’archipel a fait l’acquisition de 2 200 hectares de terres à Vanua Levu, île de l’archipel voisin des Fidji, forme de solution de repli pour les 103 000 habitants. « Nous espérons que nous ne devrons installer personne sur ce morceau de terre, mais si cela devient absolument nécessaire, oui, nous pourrions le faire », a expliqué Anote Tong à l’agence Associated Press. L’île a aussi mis en place un véritable plan de résistance contre les assauts du climat : lutte contre les inondations, protection des ressources d’eau douce (collecte d’eau de pluie), sensibilisation de la population (gestion de l’eau raisonnée), construction de murs sur les rivages les plus exposés, replantation de mangroves, renforcement des infrastructures publiques, etc. Enfin, aux Maldives, l’île de Malé a été entourée de brise-lames et de digues de protection. De nombreux programmes de protections sont également en cours, et depuis fin 2015, une taxe verte de 6 dollars par personne et par nuit a été instaurée pour l’ensemble des hôtels, resorts, et bateaux de croisière du pays.

Grande Barrière de corail près de l’ile de Holbourne ©DR

Des îles pilotes engagées pour des lendemains durables…

En sus, au-delà de la prévention et des mesures d’urgence, les îles sont aussi devenues un laboratoire du développement durable. Aux Maldives, grâce à un partenariat entre le Four Season’s Resort et la société Seamarc, un programme de bouturage des récifs (Reefscapers) installé dans l’atoll de Baa a pour objectif de sauver les écosystèmes en redéployant des structures coralliennes sur une structure métallique immergée dans l’océan où, à partir d’un fragment, le corail va se régénérer. Des milliers de structures coralliennes ont déjà été déployées. Aux Samoa, le PNUD et le ministère de l’Environnement finance un programme de replantation des forêts de mangroves entièrement géré par les femmes du village de Vaiusu. Plus de  5 000 pieds de palétuviers ont été plantés afin de constituer un rempart naturel entre le village et l’océan. Et bien au-delà, cette régénération de la forêt a permis de créer tout un cercle vertueux autour des palétuviers, qui attirent et protègent petits poissons et crabes, fournissent via leurs écorces une teinture naturelle pour les sarongs, sans compter l’usage médicale de l’arbre et les nombreux objets artisanaux fabriqués avec son bois, ensuite revendus aux touristes et donc créateurs de revenus complémentaires.

Coucher de soleil sur Musha ©G.Clastres

L’ urgence du tourisme durable

Et le tourisme ? C’est l’un des grands enjeux pour la majeure partie de ces îles qui accueillent près de 50 millions de touristes internationaux en quête de sable fin, de nature luxuriante et de soleil brûlant comme le montre ce classement établi par GoVoyages. Chaque année, le secteur représente jusqu’à 50% du PIB pour les Maldives, près de 30% pour Fidji, 25% pour Maurice, etc. Toutefois, si le tourisme reste un débouché économique fondamental, il pose également des questions cruciales en terme de production des déchets, de consommation d’eau et d’espace, de pression sur les milieux naturels et d’impacts sur les cultures locales. Déjà, en juin 2013, la Journée Mondiale du Tourisme Responsable avait traité de ce thème en axant ses débats sur « Les îles, quelle gouvernance pour préserver les patrimoines insulaires ? ». Elle avait permis de mettre en lumière de nombreuses initiatives, à l’image de la Fondation Malpelo, qui aux Galapagos, a formé les guides locaux aux bonnes pratiques d’observation de la faune marine et a initié une coopération entre plusieurs états insulaires intégrant les communautés locales. A l’image aussi des Iles Vanilles (Madagascar, la Réunion, l’Ile Maurice, les Comores, Mayotte et les Seychelles) qui réfléchissent à des actions communes pour la gestion durable de leur patrimoine environnementale : création de parcs marins protégés,  régulation foncière des côtes, etc.  

Aux Seychelles, un label spécifique a même été créé, en 2012, qui vise (via 105 critères inspirés de labels reconnus à l’international) à préserver le territoire et à garantir un tourisme plus responsable. Mais si les exemples vertueux existent, la situation reste encore ambivalente, avec, par exemple, dans ces mêmes Maldives, une centaine d’îles-hôtels dont la gestion est totalement séparée des îles classiques où vit la société Maldivienne. Or dans ces îles-hôtels, les touristes  ne vivent pas à la même heure, peuvent consommer de l’alcool, se promener en maillot, et ont un accès à  l’eau douce privilégié grâce à des centrales thermiques qui tournent jour et nuit sans compter les parcs botaniques spécifiques loin des espèces endémiques des iles-villages. Et cela, alors que les conditions de travail des locaux restent très dures (salaires très bas, pénibilité, peu d’évolution, etc.), réservés aux hommes, avec une misère sexuelle et des familles séparés sur des temps longs… Alors, les îles, paradis pour les uns, enfers pour les autres ? Ce qui est sûr, c’est que la situation des populations locales est parfois bien plus complexe que ce que la carte postale veut bien donner à voir. Touriste ou îlien, on ne vit certes pas la même expérience, et il va falloir apprendre à partager des enjeux communs, car la donne se double aujourd’hui de ce climat capricieux, et à trop réchauffer les eaux, si la communauté internationale n’est pas plus à l’écoute, le bateau pourrait bien engloutir équipage et passagers….

———– Aller plus loin ———

Les chiffres et faits dotés d’une astérisque sont tirés de l’ouvrage :

 Îles pionnières, PHILIPPE VALLETTE & CHRISTINE CAUSSE

Actes Sud & Nausicaà, Mare Nostrum, octobre 2012.

Photograhies d’Alexis ROSENFELD et cartes de Jean-Pierre MAGNIER. Préface d’Isabelle AUTISSIER. 37€.

iles pionnieres livre de Philippe Valette

 


Et si la réponse au changement climatique venait des îles ? | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Geneviève Clastres
Journaliste indépendante, auteur, spécialiste de la Chine, de l'Asie, sinologue. Publications sur le tourisme équitable. Livres documentaire jeunesse sur l'Asie. Reportages divers.
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