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Céline Sissler-Bienvenu : « Nous œuvrons à mettre en place des solutions durables bénéficiant aux animaux et aux humains »…

| 20 avril 2016 • Mis à jour le 27.12.2017 à 22h15
Thèmatique :  Acteur associatif   Conseils   Espaces protégés   Initiative privée   Portrait 
         

La protection de la vie animale ne se contente pas de poser des problèmes, elle suscite également des dilemmes : comment trancher entre la légitime aspiration de populations de plus en plus citadines à découvrir la vie sauvage et (et à y être sensibilisés !) et les inévitables débordements que ce tourisme en pleine expansion génère ?… Rencontre avec Céline Sissler-Bienvenu, présidente France et Afrique francophone du Fonds International pour la Protection des Animaux (IFAW).
Celine Wespier in Amboseli National Park


Voyageons Autrement :
Pouvez-vous nous présenter l’IFAW en quelques mots : son origine, son importance, ses convictions et sa manière d’agir ?

Cécile Sissler-Bienvenu : L’Ifaw a été fondé en 1969 au Canada par Brian Davis dans l’unique but de mettre fin à la chasse commerciale aux phoques. Puis, face aux besoins multiples, le fonds s’est ensuite développé à l’international et il est aujourd’hui présent dans 15 pays. Notre vision est celle d’un monde dans lequel les animaux sont respectés et protégés, ce qui implique de respecter un certain nombre de principes clés. 1) les animaux sont des êtres sensibles dotés d’une valeur intrinsèque (constituant donc des individus différents). 2) Les politiques mises en place doivent être conçues sur la base de données scientifiques fiables. 3) il faut favoriser et promouvoir un traitement éthique des animaux et 4) Nos choix doivent reposer sur des critères de durabilité aussi bien écologiques que biologiques. Partant de là, nous accordons autant d’importance aux bien-être animal qu’à sa protection, agissons aussi bien en direction de populations entières que de cas particuliers et pratiquons l’action de terrain tout autant que le plaidoyer qui fait avancer les choses au niveau politique. Notre but ? Mettre en place des solutions durables profitant aux animaux ET aux humains, car si l’homme n’est pas inclus dans la solution proposée, celle-ci est irrémédiablement vouée à l’échec.

VA : Quels sont les combats privilégiés que vous menez en ce moment et pour quelles raisons les avoir choisis ?

CS-B : Nous sommes une ONG de taille moyenne (300 collaborateurs employés) ; il nous faut donc faire un choix. Nous menons actuellement 6 programmes différents qui sont malheureusement d’actualité depuis longtemps : contre le commerce des espèces sauvages, pour la protection des éléphants et de leur habitat menacé par le changement climatique, pour la protection des baleines, l’éducation des jeunes générations, les interventions d’urgence à la demande des gouvernements en cas de catastrophe naturelle ou causée par l’homme et enfin en direction des animaux de compagnie en détresse (cas souvent liés à celui de populations humaines en détresse : Sans abri en Occident, chiens errants en Asie…).

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VA : Dans le travail de fond, des progrès ont-ils été effectués récemment concernant le statut des animaux, leru reconnaissance en tant qu’êtres sensibles et sentients ?

CS-B : Pas vraiment. La France, traditionnellement porteuse du schéma de pensée purement utilitaire assimilant l’animal domestique à un bien ou une machine, a rattrapé son retard en reconnaissant récemment dans les textes que celui-ci était un « être sensible ». Ce qui est juste une évidence biologique établie depuis plusieurs siècles. Cela va-t-il amener une véritable reconnaissance et engendrer des sanctions contre les abus ou certains véritables actes de torture ?… Rien n’est moins sûr. On l’attend… Quant à l’animal sauvage, il n’existe tout simplement pas aux yeux de la loi.

VA : Quelles victoires importantes ont-elles été remportées récemment par l’ensemble des forces de protection de la nature et de la vie sauvage dont on puisse se féliciter ?

CS-B : 40 ans après la création de l’Ifaw autour de sa campagne fondatrice, en 2009, nous avons, enfin, obtenu un embargo – uniquement européen – sur les produits issus des phoques. Mais le plus extraordinaire est que la Norvège et le Canada ayant porté plainte à l’OMC, cet organisme ultra libéral a, pour la première fois, invalidé la plainte contre cette « entrave à la libre circulation des biens…» parce qu’au nombre de tous les articles figurant dans leur règlement, il s’en trouvait un estimant que des restrictions pouvaient être envisagées si le marché en question générait des « préoccupations d’ordre moral ». Et l’OMC a estimé que c’était bel et bien le cas. Une victoire entérinée en 2015. Et l’année d’avant, en 2014, la Cour Internationale de Justice a invalidé le soi-disant « programme scientifique » de chasse à la baleine du Japon. Cela a freiné ce pays durant un an, même si, à présent, ils semblent décidés à passer outre et entamer un bras de fer. Enfin, l’année d’avant encore, en 2013, la notion de « criminalité » à l’encontre des espèces sauvages est apparue pour aider à faire pression sur le braconnage et les trafics, une de nos toutes premières préoccupations étant précisément de trouver des mesures plus efficaces pour lutter contre les trafiquants.

The IFAW Orphan Bear Rehabilitation Center released bear cubs born in 2014 back to their natural habitat in the area where they originate from. On August 28, 2014 two orphan bear cubs, Nestor and Nafanya, were released to the wild in the Nelidovsky District of the Tver region near an abandoned village. The cubs are usually released in pairs based on their characteristics, behavior and sympathy towards each other.

VA : Quelle est la position de l’Ifaw par rapport aux animaux utilisés pour créer du divertissement : dans les cirques, les parcs animaliers du type zoo-parc de Beauval ou encore les marinelands ?

CS-B : Nous ne sommes absolument pas favorables à la captivité des animaux. Un état qui ne saurait être satisfaisant pour nombre d’espèces ayant des besoins importants en relation sociale. Quant aux espèces migratoires dont font partie les dauphins et les orques, on sait qu’en plus, l’impossibilité de pouvoir migrer les perturbe beaucoup. Pour s’en tenir aux seuls critères purement scientifiques. C’est de l’exploitation d’êtres à des fins de pur divertissement et de profit. Lorsque la captivité ne peut être évitée en revanche, il faut s’assurer que les standards du bien-être soient respectés, ce qui est rarement le cas.

VA : Quelle est la position de l’Ifaw par rapport à la marchandisation du vivant : la multiplication des animaleries et autres entreprises de commerce d’animaux domestiques et de « nouveaux animaux domestiques » (NAC) où les conditions de vie sont déplorables et la mortalité terrible ?

CS-B : On nous fait croire que ces NAC autorisés par la loi sont des animaux de compagnie, ce qui est faux ; ils restent des animaux sauvages et on les fait vivre dans des conditions qui sont rarement satisfaisante (pas uniquement en magasin, mais également à la maison), l’hydrométrie par exemple pour les reptiles de plus en plus nombreux. Et puis l’on sait bien que cela stimule le trafic et impacte l’espèce. On souhaite généralement la compagnie d’un animal pour créer un lien fort, ce qui est impossible avec ces « nouveaux » animaux entrés sur le marché pour des besoins de marketing. Alors que les animaux qui attendent dans les refuges ne demandent que cela : créer du lien. Sans négliger non plus les véritables catastrophes écologiques que ces transferts non contrôlés engendrent ; on se souvient tous de la destruction de centaines d’écosystèmes par les tortues aquatiques de Floride, carnivores, que les gens ont relâchés parce qu’on leur avait menti sur la taille adulte de ces animaux, devenus bien plus gros que prévu.

IFAW-BRRC raptor rehabilitator, Steele Shang, releasing a Northern Goshawk back to the wild. The bird was bought from an illegal market and was used in illegal falconry.

VA : La vie sauvage se raréfie et se fragilise tandis que croît l’engouement pour le whale-watching, l’approche des derniers gorilles, des ours blancs et même la faune de l’Antarctique. Quelle juste position adopter entre le besoin légitime d’une population de plus en plus citadine d’approcher la vie sauvage et sa protection ?

CS-B : Tout est toujours question d’équilibre. Il faut fixer des règles précises d’écotourisme ne nuisant pas au milieu et les respecter. Car, en effet, l’écotourisme dans sa dimension « observation de la nature » est essentiel si l’on veut que les gens découvrent, soient sensibilisés puis protègent. Mais il est indispensable que les populations locales soient incluses dans le fonctionnement de ce tourisme, qu’il leur apporte des revenus et leur donne, à eux aussi, une motivation suffisante pour passer du côté des protecteurs. Alors que pour bien des populations encore, en Afrique par exemple, les animaux sauvages, notamment les éléphants, sont avant tout perçus dans leur dimension destructrice. Une étude a montré que le tourisme visuel bénéficiait plutôt aux animaux. Malheureusement, certaines espèces ne le supportent pas ; au point que des animaux diurnes sont devenus nocturnes tant ils se sentaient harcelés. Les guépards, entre autres, sont épuisés par la traque touristique et se fragilisent, s’amaigrissent et deviennent à leur tour la proie de prédateurs plus puissants : hyènes et lions. Concernant les gorilles que vous évoquiez, l’approche, en République du Congo, s’effectue en petits groupes qui ne demeurent à portée des animaux que si ceux-ci les acceptent. Sinon, c’est qu’à ce moment-là, les humains gênent. Alors, ils repartent ; tant pis pour la frustration. Alors, oui à l’écotourisme animalier, mais très encadré et bien pensé. De nombreux progrès restant à faire de ce côté, on est bien d’accord.

IFAW (International Fund for Animal Welfare) and COP (Center for Orangutan Protection) rescued a young orangutan during wildfires in Indonesia.

VA : De la même manière qu’il existe un tourisme solidaire où l’on part aider des populations, existe-t-il, recommandez-vous ou proposez-vous, vous-mêmes, des voyages destinés à sensibiliser les gens à certaines problématiques et à intervenir dessus, à donner un coup de main ?

CS-B : Nous ne proposons rien de tel, non, mais nous avons approchés les TO qui le voulaient bien afin qu’ils sensibilisent leurs clients au respect du vivant et se posent des questions sur les souvenirs qu’ils rapportent, en évitant autant que possible les objets à base de parties animales, comme les statuettes en ivoire, bien sûr, qui entretiennent le braconnage. On met en garde également contre les circuits de découverte incluant le spectacle d’animaux. Comme ces soit disant « éléphants peintres » (une invention totale) que l’on vous présente en Thaïlande et qui, lorsque les touristes ne sont pas là, subissent des violences considérables pour apprendre à obéir. Quant aux éléphants qui vous promènent sur leur dos, ils passent l’essentiel de leur vie attaché à un piquet et sont définitivement mal-heu-reux !

VA : En septembre prochain, vous organisez un Forum de la jeunesse pour les peuples et la faune sauvage. Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

CS-B : Nous avons souhaité réunir les futurs leaders de la conservation de la nature. Ces jeunes ont entre 18 et 25 ans et viennent tous de pays qui sont source, transit ou destination des multiples trafics. Ils se retrouveront en Afrique du Sud juste avant la Conférence des parties de la convention de Washington SITES réglementant le commerce des espèces menacées. Ils vont e rencontrer, échanger, se lier, s’exprimer pour envoyer un message fort au monde lié à la défense de l’avenir des jeunes générations.

Elephants observed and studied by Vicki Fishlock at the Amboseli Elephant Research Project (AERP), a project of the Amboseli Trust for Elephants (ATE), the longest-running study of wild elephants in the world. Photo: females in the PC2 family cooperate to help Petula's newborn son to his feet. Families work together to keep calves safe.

VA : Les jeunes sont de plus en plus nombreux à souhaiter s’investir professionnellement dans l’action de protection de la nature comme vous le faites. Pouvez-vous nous résumer votre parcours et nous dire si agir au sein d’une organisation de protection était dans vos projets ou si les choses se sont plutôt faites « de fil en aiguille » ?

CS-B : Dès le départ décidée à m’occuper des espèces sauvages, je faisais une maîtrise de Sciences Naturelles à Jussieu dans l’espoir de devenir vétérinaire lorsque j’ai découvert qu’il existait une « école de faune » à Garoua, au Cameroun. Malheureusement, elle n’acceptait que des élèves africains. Mais je n’ai pas lâché comme ça et je les ai relancés deux années durant. Si bien que la troisième, ils ont accepté de m’ouvrir une de leur classe. J’ai ainsi pu être formé sur le terrain pendant deux ans, mais comme je n’envisageais ni de devenir guide de chasse ni conservateur de réserve, je suis rentrée en France et ai commencé à travailler pour l’Office Nationale de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS). Puis j’ai intégré la Fondation Brigitte Bardot tout en suivant de près les actions d’Ifaw que j’ai finalement intégré en 2006 comme chargée de campagne avant d’en devenir la directrice française en 2010. Raison pour laquelle, nous nous sommes depuis spécialisés sur des problématiques que je connais bien : celle des éléphants et de la criminalité liée au commerce des espèces sauvages.

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Le Muséum national d’Histoire naturelle expose

La Grande Galerie de l’Évolution du Muséum national d’Histoire naturelle expose à partir du 20 avril et jusqu’au 5 septembre 2016 cinq nouveaux spécimens de grands fauves taxidermisés. Le Muséum souhaite exposer ces animaux afin de sensibiliser un peu plus le public aux enjeux de conservation et de protection de la faune sauvage.

Le 16 février dernier les douanes ont remis au Muséum national d’Histoire naturelle trois lions de Tanzanie et du Botswana, trois léopards de Tanzanie et du Zimbabwe et un buste de crocodile du Nil. Cinq d’entre eux intègrent aujourd’hui la Grande Galerie de l’Évolution. Saisis quelques mois plus tôt chez un particulier à Besançon ces animaux vont rejoindre la collection du muséum composée d’un peu plus de 67 millions de spécimens. Relevant des annexes I et II de la Convention de Washington (Convention CITES) sur les interdictions et réglementations du commerce international des espèces menacées d’extinction, ces animaux naturalisés sont rares.

Vous avez jusqu’au 5 septembre 2016 pour venir observer les trois lions et deux des léopards et les 9500 spécimens de la Grande Galerie de l’Évolution du Jardin des Plantes

Lien vers la grande galerie de l’évolution du MNHN
http://www.mnhn.fr/fr/visitez/lieux/grande-galerie-evolution

Lien vers le site de l’ONG IFAW France
http://www.ifaw.org/france


Céline Sissler-Bienvenu : « Nous œuvrons à mettre en place des solutions durables bénéficiant aux animaux et aux humains »… | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Jerome Bourgine
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