#TourismeDurable
La feuille de chou du tourisme durable

Bilan de la 1ère JMTDR avec Nada Roudies, secrétaire générale du ministère du Tourisme marocain

| 1 avril 2016 • Mis à jour le 12.04.2016 à 6h57
Thèmatique :  Institutionnel 
         

Nous sommes allés à la rencontre de Nada Roudies, Secrétaire Générale du ministère du tourisme pour dresser le bilan de la 1ère édition de la journée marocaine du tourisme durable et responsable qui a eu lieu le 25 janvier dernier. Un événement retentissant par ses moments forts tels que les trophées tourisme durable et qui laisse entrevoir une deuxième édition.

VA/ Pouvez-vous, vous présenter à nos lecteurs et préciser vos fonctions?

Nada Roudies , Secrétaire Générale du ministère du tourisme et également présidente du Partenariat Mondial du Tourisme Durable de 2013 à 2015. Je représente actuellement le Maroc en tant que co-lead du programme tourisme durable du cadre décennal des Nations Unies pour une Consommation et Production Durable (10YFP-SCP).

Ingénieur de formation, j’ai intégré le Ministère du tourisme en 2005  d’abord en tant que chef de la division de la stratégie et de la planification avant d’être nommée en 2007 Directeur de la réglementation du Développement et de la Qualité, poste durant lequel j’ai contribué à l’élaboration de la vision 2020 et piloté la mise en place de la stratégie nationale tourisme durable .

J’ai également passé 6 ans au Ministère de l’Industrie où je me suis occupée de la promotion de l’innovation et de la R&D au sein de l’entreprise.

VA/ Etes-vous satisfaite de cette première journée du tourisme durable ?

Globalement le bilan de cette journée a été très positif. Nous avons eu d’excellents retours de la part des acteurs impliqués dans la sphère touristique ; cette 1ère édition qui était d’ailleurs placée sous le haut patronage de sa majesté le Roi Mohammed VI a permis de rassembler plus de 500 participants nationaux et internationaux parmi lesquels plusieurs membres du gouvernement, des délégations ministérielles africaines, des organismes internationaux, des professionnels du tourisme, des membres de la société civile ainsi que les représentants des autorités locales.

Cette 1ère édition a été couronnée par la signature de la nouvelle Charte Marocaine du Tourisme Durable ratifiée aujourd’hui par un 1er pool d’acteurs (27 au total ) ainsi que la remise des trophées Maroc du tourisme durable dans leur 6ème édition; notons aussi que cette 1ère édition a été l’occasion de signer plusieurs conventions de partenariat … de faire également témoigner des acteurs divers impliqués dans le tourisme durable pour donner un visage concret et humain des formes que peut revêtir le tourisme durable.

En gros, nous ne pouvons que nous réjouir de ce 1er succès qui nous a permis aujourd’hui d’institutionnaliser une journée dédiée au tourisme durable que nous souhaitons d’ailleurs pérenniser.

VA/ Quels sont les engagements qui y ont été pris ?

La 1ère édition de la journée marocaine du tourisme durable a été l’occasion pour nous de rappeler encore une fois l’engagement et la résolution ferme du Maroc pour faire du tourisme durable un levier stratégique de toute l’industrie touristique , la journée a permis de vulgariser  davantage cette notion  et de rappeler à travers la charte adoptée ce jour là que le tourisme voulu par le Maroc est un tourisme créateur de richesses pour ses populations, respectueux de l’homme, valorisant son patrimoine naturel et culturel et s’inscrivant dans les cadres nationaux et internationaux de développement durable. Notre engagement c’est de diffuser cette charte au maximum et de recruter un maximum d’adhérents d’ici la prochaine édition de la journée.

La journée a été également l’occasion pour  engager avec nous d’autres partenaires dans le cadre de conventions s’inspirant des principes énoncés dans la nouvelle Charte marocaine du tourisme durable notamment dans les domaines:

  • de promotion des droits des personnes en situation d’handicap ,
  • de l’éducation pour la mise en place dans les cursus primaires de modules relatifs aux notions de tourisme durable et le parrainage d’écoles rurales par des opérateurs touristiques ,
  • de renforcement de l’approche genre dans le secteur via un programme d’autonomisation socio-économique des femmes par le tourisme
  • du changement climatique via le projet INTERNATIONAL CLIMATE INITIATIVE (IKI) qui vise à mettre en place un bilan carbone du secteur, et des actions pilotes de labellisation ou d’étiquetage auprès de la chaîne de valeur touristique ainsi qu’un programme d’adaptation et d’atténuation de l’impact du secteur sur le climat en prévision de la COP22 en novembre 2016 à Marrakech .

VA/ Parlons de la charte marocaine du tourisme durable signée pendant cette journée. Pour les investisseurs, vous parlez de privilégier des investissements touristiques en harmonie avec les spécificités locales et en concertation avec les parties prenantes. Comment allez-vous les garantir ?

De par sa vocation , la charte marocaine du tourisme durable se veut un outil incitatif , un texte fédérateur composé de 29 engagements génériques et de 13 à 21 engagements spécifiques pour chaque cible d’acteurs. En privilégiant les investissements respectueux des spécificités locales nous souhaitons notamment faire face aux enjeux majeurs inhérents au déploiement de programmes prévus dans le cadre de la V2020, notamment ceux relatifs à la préservation de l’environnement, au respect des spécificités locales ainsi qu’à l’intégration de la population locale dans les projets. La charte fait partie d’outils incitatifs, pédagogiques et volontaires devant sensibiliser et inviter l’écosystème à cette démarche.

Mais nous utilisons aussi d’autres leviers pour y arriver. Dans ce sens, plusieurs actions ont été mises en place afin de maximiser les avantages de l’implantation de l’activité touristique dans les régions et essayer d’en minimiser les effets pervers : j’en cite trois leviers : 1) les outils d’évaluation et de monitoring (ex : les observatoires régionaux de la durabilité en cours de mise en place avec le département de l’environnement), 2) les normes et la réglementation (nous introduisons la durabilité progressivement comme exigence au niveau de tous les métiers tel que l’hébergement et nous travaillons au renforcement des cahiers de charge des investisseurs sur ce volet), 3) le renforcement de capacités des acteurs, l’assistance technique et financière (séminaires de sensibilisation des opérateurs, module de formation dans les écoles hôtelières, mécanismes d’appui, etc.).

Signature de la charte marocaine du tourisme durable

VA/ Pour les citoyens, vous parlez de condamner et dénoncer toute pratique immorale et/ou contraire au sens de l’éthique. Concrètement quelles sanctions pourraient-être prises ?

Pour la société civile, la charte est un document l’invitant à s’impliquer d’avantage dans la mise en œuvre d’un tourisme durable que nous voulons l’affaire de tous ( citoyens et touristes compris) et pas uniquement celle d’une niche d’acteurs touristiques engagés.

Indépendamment du tourisme, la société civile a toujours contribué à dénoncer des pratiques immorales ou alerter l’opinion publique sur de tels sujets ou pratiques. Les sanctions qui en découlent dépendent après de l’ampleur de la pratique dénoncée, de son caractère d’infraction à la loi ou pas. Elles dépassent bien entendu les prérogatives du ministère du tourisme. Quelques fois la dénonciation fondée peut tout simplement agir sur l’image et pénaliser au moins économiquement. La vulgarisation à grande échelle au niveau du consommateur permet alors de bannir ces pratiques à terme du marché

En gros, notre défi pour la charte aujourd’hui c’est de la diffuser au maximum et faire en sorte que ses principes soient relayés par toutes les parties prenantes. Nous nous penchons aussi aujourd’hui sur tout le dispositif de reporting qui nous permettra de faire le suivi avec les adhérents avec le bon dosage qui nous maintient dans une adhésion volontaire et une logique d’intégration progressive des principes sans toutefois décrédibiliser le système par des adhésions non suivies d’effets par des réalisations sur le terrain.

Par ailleurs, notre charte a été fortement applaudie par les ministres africains présents lors de la journée marocaine du tourisme durable qui ont évoqué l’idée reprise aussi par l’organisation mondiale du tourisme de l’ériger en document régional. Des discussions seront engagées dans ce sens lors de la commission régionale Afrique de l’OMT en avril 2016. notre ambition serait de faire aboutir ce document lors de la COP22 à Marrakech.

6e édition Trophées Maroc du tourisme durable 2015

6e édition Trophées Maroc du tourisme durable 2015

VA/ Une deuxième journée marocaine du tourisme durable est-elle déjà prévue? Un thème en tête ?

Nous avons lancé cette journée marocaine du tourisme durable pour en faire un événement pérenne, un rendez vous de bilan annuel et de valorisation des initiatives à travers entre autres les trophées du tourisme durable. Nous comptons donc bien organiser une deuxième édition début 2017. Nous sommes entrain de réfléchir au thème de la journée. Nous avons des momentum forts qui seront le lendemain de la COP22 à Marrakech et l’année 2017, « année internationale du tourisme durable pour le développement » pour les Nations Unies autour desquels nous puiserons certainement le thème central de la journée.

VA/ Marrakech va accueillir la COP22 en novembre prochain, quelle sera la place du tourisme durable dans les échanges ?

Prématuré pour y répondre mais nous faisons le maximum pour inviter la communauté touristique internationale à se mobiliser et à être présente dans les débats. Nous discutons avec des partenaires pour organiser plusieurs activités en marge de cet évènement planétaire, car nous sommes un secteur qui contribue à hauteur environ de 5% des émissions et l’un des premiers à devoir s’adapter aux changements climatiques.

VA/ Un mot pour conclure ?

Je finirais comme je le fais souvent ces derniers temps par inviter tout un chacun à se sentir concerné par le tourisme durable et à œuvrer à son échelle pour y contribuer. Car notre vrai défi c’est le changement d’échelle: de sortir le tourisme durable de sa perception d’activité de niche et d’en faire une démarche globale nous concernant tous professionnels et institutionnels société civile et touristes.


Bilan de la 1ère JMTDR avec Nada Roudies, secrétaire générale du ministère du Tourisme marocain | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Alphée Edwige Adimi

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