#TourismeDurable
La feuille de chou est là

Rencontre avec Stéphane Villain, un acteur du tourisme institutionnel au cœur de la crise du COVID-19

| Publié le 20 juillet 2020 • Mis à jour le 21 juillet 2020 à 10h03
Thèmatique :  Initiative nationale   Initiative régionale   Institutionnel   Territoire   Vélotourisme 
         

Stéphane Villain a la particularité d’avoir des fonctions dans le tourisme institutionnel à la fois au niveau national avec ADN Tourisme, mais aussi à un niveau plus local au sein de Charentes Tourisme. Voyageons-Autrement a souhaité le rencontrer pour évoquer avec lui les réponses apportées jusqu’à présent à la crise du COVID-19 et sa vision du tourisme de demain.

Voyageons-Autrement: Vous êtes Président Délégué d’ADN Tourisme, structure née en mars dernier. Pouvez-vous nous expliquer quelle a été l’origine de cette structure et ses missions principales ?

Stéphane Villain : ADN Tourisme est la nouvelle fédération des institutionnels du Tourisme qui est née de la fusion de 3 fédérations : Offices du Tourisme de France, Destination Régions et Tourisme & Territoires (que je présidais auparavant). Elle représente environ 1300 adhérents et près de 12 000 salariés.

Cette fusion est née de la volonté des différents acteurs de travailler en synergie pour représenter avec force les organismes du Tourisme auprès des partenaires publics et privés. Nous sommes maintenant capables de parler directement avec le Gouvernement et de prendre la parole dans les Médias pour défendre les intérêts collectifs de nos adhérents.

VA : Regrettez-vous qu’il n’y ait plus de Ministre dédié spécifiquement au Tourisme avec lequel être en relation directe et fréquente?

SV : Le Tourisme représente 8% du PIB et aurait peut-être mérité un Ministre de tutelle. Toutefois, nous travaillons très bien avec Jean-Baptiste Lemoyne, l’actuel Secrétaire d’Etat chargé du tourisme, et Jean-Yves Le Drian, le Ministre de l’Europe et des affaires étrangères. Ils ont été à l’écoute de nos demandes. Et lors de nos réunions avec eux, il n’était pas rare au final que plusieurs ministres soient présents, tant le tourisme est une activité économique majeure qui est transversale avec d’autres secteurs.

VA: La crise du COVID-19 est une première grande épreuve pour ADN Tourisme. Quelles sont vos actions pour relancer le tourisme rapidement ?

SV : Nous avons tout d’abord essayé de faire remonter les problématiques des acteurs du tourisme dans les médias et auprès du Gouvernement, afin de bien faire comprendre les situations auxquelles nos adhérents faisaient face.

Nous avons également tenté de faire pression, avec plus ou moins de réussite, sur les assurances, notamment sur les problématiques de perte d’exploitations.

Nous avons ensuite cherché à réassurer les Français en travaillant à la mise en place de protocoles sanitaires avec les différentes fédérations. Il est important de montrer aux Français que l’on peut être accueilli sur son lieu de vacances en toute sécurité et avec le sourire. Cela s’est notamment traduit par la création d’une affichette spécifique « Notre établissement s’engage à respecter les consignes sanitaires ».

Enfin, nous avons travaillé sur les aides possibles, notamment avec l’ANCV.

VA: Parmi les 15 mesures pour relancer l’activité touristique proposées par ADN Tourisme, il y a l’obligation de lier les aides directes des collectivités à un effort de transformation en faveur d’un tourisme durable. Avez-vous déjà un retour sur le suivi de cette proposition au niveau national ?

SV : Il semblerait que de nombreuses collectivités aient suivi notre recommandation en liant les aides à un développement d’actions en faveur d’un tourisme plus durable comme l’obligation d’avoir une meilleure gestion des déchets par les professionnels ou la mise en avant des produits de circuits courts.

Télécharger les 15 propositions d’ADN Tourisme

VA: Avez-vous des premiers chiffres sur l’évolution des réservations depuis la fin du confinement ? Pensez-vous que la saison puisse être sauvée ?

SV : Les réservations ont d’abord repris timidement à cause des annonces au compte-goutte. Il a fallu attendre début juin avec l’annonce de la réouverture des restaurants et la fin de la limite de circulation des 100 kms pour voir un frémissement positif.

Nous estimons que les professionnels pourront faire entre 65 et 70% de l’activité qu’ils auraient dû faire en temps normal, ce qui n’est pas si mal au vu des circonstances.

Nous regrettons juste que certaines mesures que nous avions proposées et qui auraient à coup sûr permis de donner un vrai coup de pouce aux acteurs touristiques n’aient pas été retenues. Je pense notamment au report de la rentrée scolaire au mardi 8 septembre, afin de prolonger les vacances estivales, tout en réduisant à une semaine les vacances de la Toussaint, dont l’impact économique (toutes destinations confondues) est beaucoup plus limité.

VA : Vous êtes également Président de Charentes Tourisme, organisme né de la fusion des CDT de Charente et de Charente-Maritime en janvier 2017. Charentes Tourisme a lancé il y a peu une campagne innovante en proposant 10 000 bons d’une valeur nominale de 100 € pour inciter les touristes à venir séjourner dans les Charentes entre le 01 juillet et le 01 novembre. Pouvez-vous nous en dire plus sur les modalités pratiques permettant aux vacanciers d’en bénéficier ?

SV : C’est une opération qui, déjà, est une vraie réussite médiatique. Les Charentes ont été mis en lumière dans la presse nationale et même dans certains titres à l’étranger. Certainement, parce qu’on y a vu une mesure populaire.

Pour en profiter, c’est assez simple, vous vous rendez sur le site infinement-charentes.com pour choisir le secteur géographique dans lequel vous souhaitez séjourner. Les bons ne sont ainsi pas réservés qu’à la Côte Atlantique ; vous pouvez en profiter pour découvrir Cognac, Angoulême, la Saintonge…. Vous réservez ensuite un bon nominal d’une valeur de 100 € sur le secteur choisi.

Une fois en vacances, vous devez séjourner un minimum de 2 nuits, manger dans une restaurant traditionnel et faire une activité de loisirs/visiter un site.

Une fois revenus chez vous, avec les justificatifs de ces 3 achats, vous demandez un remboursement à Charentes Tourisme qui vous renverra le chèque de 100 €.

Le dispositif a été financé par les Départements : 650 000 € pour la Charente-Maritime (soit 1 € / habitant) et 350 000 € pour la Charente (également 1 € / habitant).

La bonne nouvelle est que de nombreuses collectivités des 2 départements ont également décidé d’abonder au projet en participant également à son financement, ce qui permettra de proposer à terme encore plus de bons pour les vacanciers.

VA : Vous avez accueilli à La Rochelle en octobre 2019 les Universités du Tourisme Durable organisées par l’association ATD. Charentes Tourisme envisage t’il de renforcer à l’avenir ses actions en faveur d’une transition vers un tourisme plus responsable ?

SV : Je suis convaincu que le tourisme durable est l’avenir du tourisme. Il faut que nous devenions tous des touristes éco-responsables. Nous sommes ainsi aux côtés des fédérations pour les aider, parfois financièrement, à mettre en place des pratiques plus respectueuses.

Mais beaucoup de choses ont déjà été faites comme la création de 5 voies cyclables qui passent en Charente-Maritime (NDLR : la Vélodyssée, la Flow Vélo, la Vélo Francette, le Canal des 2 mers et la Scandibérique).

La Vélodyssée, qui relie Roscoff à Hendaye, a par exemple accueilli plus de 3 millions de sorties cyclistes l’année dernière. Et il faut rappeler qu’un cycliste est un voyageur qui ne pollue pas, qui découvre le Patrimoine et qui dépense plus qu’un touriste traditionnel dans l’économie locale (71 €/ jour pour un cyclotouriste vs 50 € / jour pour un touriste traditionnel). Faciliter le cyclotourisme est ainsi un exemple efficace de la manière dont nous pouvons œuvrer pour un tourisme plus durable.


Rencontre avec Stéphane Villain, un acteur du tourisme institutionnel au cœur de la crise du COVID-19 | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Alexandre Tisné-Versailles
Créateur d'activités touristiques innovantes (cabanes dans les arbres, escape game, jeux de piste dans des châteaux…), citoyen engagé dans le Développement Durable et voyageur responsable avec 2 tours du monde au compteur. Rédaction d'articles sur le tourisme durable et la littérature de voyages.
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