Étretat, stop ou encore ?
Quand on a grandi sur la côte normande, Étretat, c’est un peu chez soi. Située à une demie-heure du lieu où j’ai grandi, cette petite ville est un décor d’enfance, une destination du weekend, un magnifique lieu de détente et de balade à portée de main. Mais quand Étretat entre dans le Top 10 des destinations touristiques à éviter… On y retourne, ou on arrête ?

« L’éléphant », c’est ainsi que, chez moi, l’on surnommait l’Aiguille creuse quand j’étais petite. Cette falaise de craie mondialement célèbre a d’abord été la star des cartes postales, puis aujourd’hui des réseaux sociaux. Les posts en faisant l’éloge sont rédigés en anglais, en italien, en grec, en allemand, en japonais… Une preuve tangible qu’Étretat attire et fascine par-delà les frontières.
Mais peut-on se réjouir d’un tel entrain quand on sait qu’Étretat, qui abrite ordinairement 1230 habitants, accueille jusqu’à 1,2 millions de touristes par an ?
A l’arrivée des beaux jours, se garer dans Étretat devient un parcours du combattant, boire un verre en terrasse à l’heure du déjeuner une utopie, et gravir les marches qui mènent à la chapelle, un chassé-croisé digne de l’A86 au mois d’août. Entre pollution sonore, visuelle et matérielle, les habitants fuient, les habitués aussi. Et pendant ce temps, la plage avance dans les terres et les falaises s’érodent à vue d’oeil…

Car s’il est interdit de ramasser des galets sur la plage d’Étretat, ce n’est pas par décision cupide de la municipalité. Il suffit de visiter la ville un lendemain de tempête pour comprendre les dégâts : les restaurants et habitations du bord de mer subissent les assauts des vagues, car la digue n’est plus suffisamment protégée par les galets. Résultat ? Du sable là où, d’ordinaire, des monceaux de galets protègent le littoral – et des galets, égarés, sur le front de mer, que les employés municipaux s’affairent à enlever et à remettre sur la plage… Un drôle de balai que l’on aimerait ne plus voir, mais qui est de plus en plus fréquent…
Le défi d’aujourd’hui et de demain, pour cette ville unique, réside dans un équilibre très difficile à trouver : continuer d’accueillir les touristes nécessaires à la (sur)vie économique des lieux, tout en préservant plage et falaises, qui sont justement ce qui attire les touristes. Car si le sur-tourisme accélère la disparition des falaises d’Étretat, qu’y aura-t-il à voir dans les prochaines décennies ?…

Alors, désormais, je réfléchis à deux fois avant d’aller voir « l’éléphant », et nous sommes sans doute de nombreux Normands à céder notre place à celles et ceux qui n’ont pas encore vu Étretat. En souhaitant que, le plus tôt possible, visiter ce petit joyau de Seine-Maritime ne soit plus source de culpabilité.
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