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Toujours plus à l’est

| 13 mai 2016 • Mis à jour le 13.05.2016 à 8h27
Thèmatique :  Livres   Routes du Monde 
         

Toujours plus à l’Est, pas tout à fait un récit de voyage, plutôt les réflexions d’un voyageur de passage. Parti enseigner le français à Séoul le temps d’une année, Benjamin Pelletier nous livre ses réflexions sur la Corée et le monde coréen, des pensées et vagabondages philosophiques qui nous emportent vers le « pays du matin calme » et nous restitue l’essence de choses simples, à la frontière de deux mondes.

LivreLire Benjamin Pelletier c’est se glisser dans une écriture puis prendre les habits d’un voyageur peu ordinaire. Loin des poncifs et des expatriés collets montés, l’auteur se complet à observer un quotidien tout simple où il aime à se fondre, entre deux grands-mères et un quartier populaire dont le moindre détail l’absorbe. Etonnamment, le fait qu’il ne parle point le coréen lui donne une autre forme d’acuité, celle de voir au-delà des mots, de percevoir et de sentir les choses. Avec beaucoup de bienveillance et d’attention, il s’attache aux personnes, aux petites gens, décryptant les messages cachés et les codes subtils de la vie quotidienne : Manger est un exercice périlleux dans les premiers temps. Les baguettes sont en métal, plus longues que les baguettes japonaises, plus lourdes aussi, et plus courtes que les baguettes chinoises, plus fines également ; et comme elles sont légèrement aplaties, leur maniement n’est pas aisé. Au début, le proverbe coréen « mourir de faim tout en mangeant » prend tout son sens pour l’étranger qui doit apprendre à saisir les nouilles ou les graines de soja…..

Puis, peu à peu, il nous amène à des réflexions plus enlevées, le ginseng puis la mandragore nous ramène au sang des morts, les fantômes se dérobent dans la poudre de piment rouge. On suit avec l’auteur les Coréens en excursion à la DMZ, cette terrible ligne de démarcation qui sépare les deux Corée, mais alors, au lieu de recevoir un cours d’histoire, on apprend avec jouissance que cette bande terrestre de quatre kilomètres de large est aussi devenue une zone de biosphère : En 1953, la DMZ délimitait une zone ravagée, déboisée, déchirée par les bombes (…), les années ont passé, les fils ont succédé aux pères, les prairies et les marais se sont reformés, les feuillus et les conifères ont repoussé, les animaux s’y sont réfugiés (…) Les deux armées pétrifiées ont été progressivement séparées par une nature luxuriante, imposant au regard des soldats non plus l’ennemi détesté mais la faune et la flore qui  n’existent plus chez eux.

Après la DMZ descente vers le Sud, l’ile de Jeju, le mont Hallasan, et des rencontres encore, un joueur de go, une jeune femme au pied bot, des sensations aussi, ce thé jaune mélange de printemps et d’automne, et cet homme rencontré au mont Namsan, qui disparaît dans sa cahute le temps de prendre un verre et de lancer, naturel, Santé, esprit de la montagne, santé. Certes, bien des choses resteront opaques, comme le conclut Benjamin Pelletier, mais quel bonheur justement de ne pas vouloir tout expliquer, et de nous laisser dans une brume bienveillante, pour d’autres voyages, et qui sait un jour, à notre tour, tenter de percer quelques autres bulles de sens, le temps d’un passage, toujours plus à  l’est.

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Toujours plus à l’est – Benjamin Pelletier. Editions Philippe Picquier. 2016. 162 p. 17 €


Toujours plus à l’est | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Geneviève Clastres
Journaliste indépendante, auteur, spécialiste de la Chine, de l'Asie, sinologue. Publications sur le tourisme équitable. Livres documentaire jeunesse sur l'Asie. Reportages divers.
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