#TourismeDurable

Soundwave on the Road, le blog au vent de liberté

| 21 juin 2018 • Mis à jour le 23.07.2018 à 10h59
Thèmatique :  Monde   Portrait 
         

5″Soundwave on the road”, ondes sonores sur la route… En couple depuis les bancs du lycée, Claire & Jérémie ont la trentaine et voyagent en sac à dos avec leurs appareils photo et micros depuis plus de 8 ans. À travers le nomadisme et le volontariat, ils façonnent la vie dont ils rêvent et se passionnent des rencontres avec la vie sauvage et avec ceux qui la protègent. Ils nous confient, en direct depuis Montréal, leur vision du voyage et réflexions pour le développement d’une forme de tourisme plus responsable et durable.

Claire et Jérémie du blog “Soundwave on the road”

Développement durable et tourisme peuvent-ils aller de pair ?

Claire & Jérémie : “Sur la côte ouest de l’Australie, nous avons travaillé plusieurs mois dans une petite Station reculée qui propose des bungalows et un camping. Elle se définit comme une entreprise de «Wilderness Tourism», qu’on pourrait traduire par tourisme en milieu sauvage. Les gens qui viennent ici sont des amoureux des grands espaces, ils ne sont pas intéressés par les infrastructures et recherchent l’immersion en pleine nature dans cet endroit loin de la vie urbaine. A quelques kilomètres du camp se trouve une baie extraordinaire, l’une des dernières plages idylliques de cette côte qui reste à la fois accessible par une piste de sable tout en conservant son caractère isolé et loin des sentiers battus.

Sauf que la beauté des lieux attire les convoitises. La volonté du gouvernement de faire croître le tourisme dans cette région menace cet endroit jusqu’à présent très peu impacté par l’homme. Tout développement autour de la baie mettrait en péril cet écosystème unique et si la route venait à être bétonnée, tout le charme serait perdu et la porte s’ouvrirait au tourisme de masse. Alors le propriétaire du camp et un petit groupe de personnes ont décidé d’agir pour éviter cela. Personne n’avait encore étudié la population de tortues qui viennent pondre sur les plages de cette baie. Ils ont donc démarré, il y a plus de 10 ans, un programme scientifique afin de pouvoir protéger l’habitat des tortues. Une partie du programme fut financée grâce au revenu généré par les touristes. En choisissant de passer leurs vacances là-bas plutôt qu’ailleurs, chaque voyageur participait ainsi au programme de conservation. Aujourd’hui, les données scientifiques recueillies ont une grande valeur car elles ont pu déterminer que la zone de ponte était une des plus grandes de l’état pour les tortues caouannes. De plus, le fait que cette zone soit importante pour la conservation d’une espèce menacée est un argument de poids pour résonner les futurs investisseurs. Mais le combat n’est en aucun cas terminé, il faut encore lutter pour que le développement hôtelier ne vienne pas tout détruire avec la construction de soit disant « éco lodges » qui n’auraient rien d’éco mis à part le fait d’être situées dans un milieu naturel.

Choisir un hébergement éco-responsable et éthique en voyage est une manière de défendre les droits de la nature. Pour que le tourisme puisse être durable, si on souhaite que nos enfants et les futures générations puissent voir les endroits magnifiques que nous avons vus, c’est une nécessité de protéger les espaces sauvages et il tient au voyageur d’essayer au maximum de soutenir ceux qui le font.

Un environnement isolé à la biodiversité riche mais menacée par l’urbanisation côtière.

Votre définition du tourisme “responsable” ?

Claire & Jérémie : “Dans un monde où tout est consommable et où tout va à 100 à l’heure, le voyage est devenu un produit comme un autre. La tendance du tour du monde avec 15 destinations en 6 mois en est la preuve. Le tourisme responsable est un état d’esprit qui ne va pas sans la quête d’une vie responsable au quotidien. C’est un processus qui implique la prise de conscience de notre impact sur la planète et sur l’humain. C’est la volonté de vouloir ralentir les choses et la démarche de s’engager à minimiser le plus possible cet impact et pourquoi pas le rendre positif.

Cette prise de conscience n’arrive pas du jour au lendemain, chacun évolue au rythme de ses expériences et apprentissages. Par exemple, le respect de la nature et des animaux a toujours été un sujet qui nous touche beaucoup mais au début de nos voyages, la faune sauvage nous fascinait tellement qu’on n’hésitait pas à donner un morceau de pain à certains oiseaux et mammifères pour s’en approcher. On ne pensait pas faire de mal mais suite à une recherche constante de vouloir bien faire et en discutant avec des naturalistes et scientifiques, on a compris que les animaux sauvages n’ont pas besoin d’être nourris dans leur milieu naturel et que cela ne fait qu’assouvir notre plaisir personnel mais ne contribue pas à leur bien être et pourrait leur transmettre des maladies ainsi que des mauvaises habitudes, notamment à l’égard des hommes. Conscients de tout ça, on transmet l’information à notre tour et nous évitons d’interférer avec les animaux dans leur milieu naturel. Mais notre prise de conscience évolue constamment et il nous a fallu du temps pour réaliser que chaque contexte possède son propre équilibre et que tout n’est pas noir ou blanc. Des animaux sauvages continuent d’être nourris partout dans le monde pour attirer les touristes. Le requin baleine par exemple, espèce migratrice protégée, est encore pêché pour ses ailerons, mais dans certains endroits la pêche a été remplacée par le nourrissage de quelques individus pour attirer les touristes, générant ainsi une source de revenus conséquente pour les locaux. Au final, qu’est ce qui est préférable, qu’une espèce disparaisse à cause de la pêche irresponsable ou qu’une espèce continue d’exister en permettant aux locaux d’avoir une ressource financière durable ? La réponse est claire. Mais l’activité de nourrissage altère le comportement des animaux qui ne jouent plus leur rôle dans l’écosystème et la proximité avec autant de personnes peut être néfaste pour eux. La mise en place de régulations et d’un contrôle assidu ainsi que l’éducation des locaux et la sensibilisation des visiteurs semblent être les clés à l’heure actuelle d’un tourisme en milieu naturel le plus durable possible. Le voyageur conscient a le pouvoir de boycotter toute activité du genre ou bien de choisir l’activité la moins invasive et dans ce cas précis, une activité sans nourrissage où les chances de voir l’animal sont moindres mais plus authentiques. Et si on veut voir des animaux de très près, pourquoi pas visiter un refuge qui soigne les animaux blessés et les réinsère en milieu sauvage ?

Le tourisme responsable, c’est cette balance délicate entre les besoins des populations locales, la protection de l’environnement et le désir des voyageurs.

Randonnée citoyenne à la recherche de signes de braconnage en Malaisie, avec MYCAT (Malaysian Conservation Alliance for Tigers).

A mesure que notre prise de conscience évolue, nous nous sentons de plus en plus à notre place en donnant du sens à nos actions au quotidien et en voyage. Les pistes pour voyager de manière responsable sont nombreuses et à portée de tous. On peut privilégier les hébergements chez l’habitant, se renseigner sur les coutumes, respecter l’intimité des gens, éviter de leur coller une caméra devant la figure, refuser les activités qui maltraitent les animaux, consommer moins et mieux en utilisant des objets réutilisables et en refusant le jetable… Échanger ses services, faire du volontariat et participer à des projets environnementaux et culturels sont des expériences vraiment enrichissantes aux répercussions bénéfiques pour la vie locale, la nature et soi même.
Le voyageur a un réel pouvoir de faire changer les choses, ses choix, ses actions à son échelle et son soutien à ceux qui adoptent une démarche environnementale sont un devoir en tant que citoyen de la planète.”

Exemple d’objets réutilisables ou en matières recyclés qu’on emporte toujours avec nous pour minimiser notre création de déchets (surtout plastique).

Et à travers votre rôle de de blogueurs-voyageurs ?

Claire & Jérémie : “Nomades depuis plusieurs années, nous voyageons lentement pour nous imprégner des lieux que l’on arpente et se reconnecter à la nature. On prend peu l’avion et privilégie dès que possible la marche, le vélo, le kayak. Notre petit péché mignon, c’est le van, on aime beaucoup la liberté du roadtrip et après avoir roulé en Australie et en Nouvelle Zélande pendant près de 4 ans, on a hâte d’explorer le Canada dans notre maison ambulante. Mais ce ne sera pas sans une démarche éco-consciente au rythme de nos valeurs qui guident au quotidien nos choix alimentaires et anti-gaspillage, nos échanges de services avec les locaux, le house sitting, l’éco-volontariat…

Ces voyages nous conduisent à vivre des moments inoubliables qu’on pourrait très bien garder pour nous. Mais on souhaite à travers le blog donner envie de vivre ses rêves tout en prenant soin de l’environnement. Par nos enregistrements sonores, on arrête le temps quelques minutes et contemple ce qui nous entoure autrement. Par nos photos et nos vidéos on cherche à montrer que la planète est belle, pour inciter à partir à sa rencontre, car c’est en allant à sa rencontre qu’on peut la comprendre, l’aimer et savoir que sans elle on ne serait pas là. L’envie et le besoin de la protéger en découlent presque naturellement. Voir de ses yeux une plage recouverte de plastique, ça secoue, ça nous renvoie notre propre image de consommateur et ça donne l’énergie d’agir pour changer les choses.

En Océanie et Asie du Sud-Est nous avons rencontré des gens à la volonté de fer qui travaillent jour et nuit pour protéger un habitat naturel, une espèce en voie de disparition ou encore les ressources d’un village. Nous les soutenons en participant à leur projet ou en produisant des vidéos et des images pour sensibiliser sur leur mission. Nous partageons ces expériences et nos images sur le blog pour inspirer et planter des graines, pour montrer qu’il est possible de faire sa part à son échelle.”

« Chacun d’entre nous devrait utiliser les talents qui lui sont propres et les mettre au service du changement vers un monde meilleur. » Paul Watson, fondateur de Sea Shepherd

Tournage bénévole en Papouasie Occidentale pour la promotion d’une nouvelle activité éco-touristique et la mise en avant de la culture locale.

D’autres blogs de voyage à nous recommander ?

Il y a beaucoup de nomades qui partent à l’aventure avec des initiatives vraiment géniales ! On ne pourrait pas tous les lister mais je pense à :

  • Quentin et Mariette de Shoesyourpath qui ont parcouru 2500 km à pied le long du Mékong à la rencontre des locaux.
  • Aurélie de 1 mois 1 espèce qui nous montre qu’on peut s’engager pour la protection de la faune sauvage à l’autre bout du monde comme à deux pas de chez soi.
  • Maxime et Alizée de Détour Local qui mènent une vie nomade depuis des années et inspirent à voyager lentement.
  • Anne-Laure et Pascal de Animal 360 qui réalisent des reportages aux 4 coins du monde sur ceux qui luttent pour la cause animale.
  • Mat du blog Les Voyages de Mat qui aime sortir des sentiers battus et nous invite à prendre une pause en pleine campagne française.
  • Jules et Maryne d’Explore le monde qui voyagent souvent en stop et sont partis jusqu’en Norvège pour découvrir les orques et transmettre leur expérience aux écoliers.
  • Guillaume et Tania de On plie bagage pour leur humour et leurs documentaires, notamment LAGWIYAN sur les tortues luths en Guyane.
  • Killian, avec Les Rayons de Soleil, qui roule son vélo en Afrique depuis plus de deux ans et prend part à des projets culturels autour de la musique et du spectacle.
  • Le Collectif Eco’green qui partage des idées positives et des adresses pour voyager de manière responsable !

Un grand merci à Claire et Jérémie pour leur bel esprit collaboratif et fédérateur !

———— ALLER + LOIN ————

Visitez leur blog : www.soundwaveontheroad.com


Soundwave on the Road, le blog au vent de liberté | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Florie Thielin
Florie Thielin fait partie du collectif de voyageurs-rédacteurs-journalistes de Voyageons-Autrement. Elle accompagne aussi des professionnels du tourisme dans leur stratégie marketing et digitale. Originaire d'un petit village dans la vallée de la Loire, elle vit aujourd'hui à Lyon. Elle a aussi vécu en Russie, Allemagne, Nouvelle Zélande et Espagne. Mais sa plus grande aventure fut en Amérique Latine où elle a sillonné les routes de 16 pays, de Cancun au Cap Horn, pendant près de deux ans. Elle troquait alors ses compétences en marketing pour le gite et le couvert, tout en réalisant des interviews-vidéos sur le tourisme plus responsable avec ses amis d'Hopineo. Elle a aussi mis à jour le guide de voyage du Petit Futé Nicaragua-Honduras-Salvador.
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