#TourismeDurable

Rencontre avec Marie Delvaux, présidente de l’association Lab Dra Khampa

| 17 juin 2014 • Mis à jour le 17.06.2014 à 7h34
Thèmatique :  Acteur associatif   Monde   Projet solidaire 
         
JMTR 2014

Marie Delvaux @G.Clastres

Au-delà du thème du tourisme social, la JMTR 2014 s’est aussi intéressée au tourisme solidaire sous le prisme de « Tourisme ou solidarité, de quoi parle-t-on ? ». Intervenante de la première table ronde « Les destinations s’organisent pour mieux formuler leurs attentes », Marie Delvaux a raconté la genèse d’une association ayant pour champs d’action l’aide scolaire, sanitaire et l’appui professionnel dans la province du Kham au Tibet.

VA/ Comment vous est née cette envie de créer une association pour aider les Tibétains ?

J’ai toujours été une grande voyageuse et je dirige aujourd’hui, depuis plusieurs  années, le pôle conseil d’une SSII (Société de services en Informatique) de la région lyonnaise. J’ai donc depuis longtemps l’expérience des problématiques visant à aider les entreprises à trouver des solutions par elles-mêmes. J’ai aussi toujours appartenu à diverses associations. Mais, un jour, j’ai eu envie de mêler le voyage à mes projets. Le choix du Tibet est venu d’une part du choix de faire un projet là où il était difficile de le réaliser et d’autre part  d’une rencontre faite lors d’un séjour en 2006. Cette rencontre avec Adha Tsering, un Tibétain nomade de la vallée de Dzongsar, a bouleversé ma vie.  Depuis Adha Tsering est devenu un ami proche mais à l’époque, il nous avait alerté sur ce qui était urgent d’entreprendre pour sa vallée située dans le Kham.

VA / Votre association est née de cette rencontre ?

Oui, cela n’a pas été facile au début. Déjà, je ne parlais alors pas très bien l’anglais. Et nous avions bien du mal à nous comprendre avec Adha. J’ai mis presque un an pour réaliser et saisir la portée de sa demande, pour comprendre son appel pour les aider à évoluer avant le désenclavement de sa vallée. Lors d’un deuxième séjour en 2007, nous avons étudié la situation et mis en place un programme global dont l’urgence était l’éducation. L’association Lab Dra Khampa, « l’Ecole des habitants du Kham », a été créée dans cet objectif. La vallée est perchée à 4 000 mètres d’altitude. Elle comprend une cinquantaine de villages, soit environ 6 000 personnes. La population est semi-nomade ou paysanne. La quasi-totalité de la population adulte ne sait ni lire ni écrire. Adha, lui, avait choisi de quitter sa vallée pour apprendre. Quand il revient chez lui en 2005, il a conscience des problèmes rencontrés par les provinces désenclavées et fait le constat que sans éducation, l’avenir de sa vallée sera difficile. En 2006, la grande majorité des enfants n’est pas scolarisé. Adha sait que sans éducation, il leur sera impossible de faire face au désenclavement.  Il faut donner une éducation aux enfants, développer une économie locale avant l’ouverture programmée au environ de 2016. Un vrai marathon va alors commencer !!!

JMTR 2014

@Lap Dra Khampa

VA / Quels sont  les actions que vous avez mis en place ?

Nous avons d’abord compris les besoins de la vallée, qui se sont finalement centrés sur des projets d’éducation, d’assainissement et de santé et le développement de l’économie locale. Dans un premier temps, nous avons reconstruit l’école et convaincu les familles d’y envoyer leurs enfants. Elle a été inaugurée en octobre 2008. Pour aider les enfants à rester scolarisés, nous avons créé un système de parrainage pour le collège et le lycée. Aujourd’hui, nous comptons plus de 120 parrains dans toute la France et aussi en Suisse. Certains élèves sont même à l’université. Pour ce qui est de l’assainissement, nous nous sommes attaqués au problème de l’eau, prise directement dans la rivière, en traitant les ordures, aménageant les toilettes, etc. Enfin, nous avons aussi construit une école-auberge adossée à un gîte pour randonneurs, qui va fonctionner sur le principe d’une école hôtelière. Son ouverture est prévue pour juin 2014. Elle comprendra une école de guides, un atelier de couture, de cuisine, de jardinage, d’informatique, un dispensaire, un service de restauration.

VA / Quels ont été vos partenaires et financeurs pour ce projet ?

Nous avons été beaucoup aidés par de petits partenaires locaux et nombre de particuliers. Nous sommes également soutenus depuis le début par les fondations Air France et Insolites Bâtisseurs. Notre école-auberge fonctionne grâce à la création d’un site web et d’une agence de voyage locale (Kham Utpala Adventure) adossée à l’auberge. Les bénéfices de l’auberge permettront de financer l’école professionnelle et surement d’autres projets à terme. Pour la région du KHAM, nous sommes réceptif local de Terres d’Aventure. A Lyon et au Puy en Velay, une petite équipe aide à l’animation et à la recherche de financement. Personnellement, je fais des conférences sur plusieurs pays d’Asie (Mongolie, Bouthan, Vietnam, Yunnan). J’ai aussi écrit un livre « Je veux apprendre à Dzongsar ». L’ensemble des bénéfices vont à l’association. L’idée finale est d’aider au désenclavement de la vallée en développant une micro-économie locale.

JMTR 2014

Vallée du Kham@M.Delvaux

VA/ Comment avez-vous été perçu et accepté par les habitants de la vallée ?

Je me rends dans cette vallée à peu près deux fois par an depuis 2007. En été et en hiver. J’accepte les conditions locales et je vis comme eux. L’hospitalité tibétaine est connue et ce n’est pas un vain mot. Par contre au début, personne ne croyait que j’allais vraiment faire quelque chose. D’autres étrangers étaient déjà venus dans la vallée et avaient promis de les aider. Mais jamais personne n’était revenu. J’ai passé plusieurs jours avec la sœur d’Adha dans la montagne à garder les Yaks. Les conditions sont difficiles !! L’hiver, il fait bien -30°C dans les maisons. Même le dentifrice est gelé. En acceptant leurs conditions de vie et en partageant leur quotidien, j’ai gagné mes galons. J’ai beaucoup écouté et toujours fait en sorte qu’ils trouvent leurs propres solutions.

VA / Enfin avez-vous également le projet de proposer des séjours pour des voyageurs qui seraient intéressés par votre action ou tout simplement pour découvrir la vallée ?

Il est important que l’auberge fonctionne. Nous avons voulu préparer la population à accueillir les touristes avant de proposer vraiment des voyages sur place. Il faudra aussi convenir avec les touristes qui se rendront sur place du bon comportement à adopter. Je rappelle à l’occasion que l’association est apolitique et qu’il est très important de respecter cet aspect des choses. La vallée de Dzongsar est une vallée superbe, sauvage où le trek peut être pratiqué à des niveaux très variables. Les rencontres avec la population locale seront possible et des échanges de cultures seront proposés. Nous privilégions surtout la qualité des rencontres. En revanche, pour aider sur place, c’est beaucoup plus difficile. Il n’est pas vraiment autorisé d’aider la population tibétaine. On peut considérer que je ne les ai pas aidé directement, je les ai soutenu dans leur projet. Proposer des chantiers à des voyageurs et mener des actions sur place n’est pas envisageable à grande échelle. Proposer de prendre en charge un enfant et de soutenir sa scolarité est par contre tout à fait possible.

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————- Aller plus loin ———————-

Marie DELVAUX

Présidente 06 13 29 19 52

Marie.Labdrakhampa@yahoo.fr & 06 13 29 19 52

Marie Delvaux a raconté son histoire dans un livre : « Je veux apprendre à Dzongsar ». En vente dans la librairie de Voyageurs de monde à Paris ou directement par l’association à Lyon.

Auteur Marie Delvaux / Lab Dra Khampa

 


Rencontre avec Marie Delvaux, présidente de l’association Lab Dra Khampa | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Geneviève Clastres
Journaliste indépendante, auteur, spécialiste de la Chine, de l'Asie, sinologue. Publications sur le tourisme équitable. Livres documentaire jeunesse sur l'Asie. Reportages divers.
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