#TourismeDurable

Le tourisme pyrénéen face au défi climatique

| 2 juillet 2013 • Mis à jour le 04.07.2013 à 12h04
         

Le séminaire de clôture de Transversalis Action 3 mené par l’ISTHIA s’est tenu mardi 25 juin à Foix. A l’heure où les Haute Pyrénées sont touchées par des inondations dramatiques, il a permis de mettre en lumière les différentes actions menées dans le cadre de ce programme, visant à adapter les choix touristiques au changement climatique et à réfléchir à un tourisme facteur de développement durable pour le territoire pyrénéen. La question du changement climatique, mais au-delà, celle de quel tourisme pour quel développement dans nos montagnes est posée.

Foix Isthia

Pierre Torrente lors du Séminaire Transversalis @GC.

Le changement climatique : des complaintes aux solutions !

Directeur adjoint de l’ISTHIA de l’Université de Toulouse 2 et universitaire passionné de montagne, Pierre Torrente a piloté l’Action 3 du programme Transversalis. Pour lui, pas question d’avoir une vision catastrophiste du changement climatique, au contraire, il faut s’adapter, proposer des réponses et des outils, avoir une vision dynamique des choses loin des atermoiements et des psychoses : « Dans la question du tourisme, le changement climatique peut aussi être une opportunité. L’important, c’est surtout la phase de transition, trouver des réponses de bon sens et ne pas hésiter à faire appel aux technologies les plus avancées ». L’ISTHIA boucle ce jour l’Action 3 du programme Transversalis visant à répondre à la question du tourisme et développement durable dans les territoires pyrénéens, vaste question pour trois années d’actions concertées comprenant un colloque de trois jours (UNITER_RES), la mise sur pied d’une plateforme d’information des métiers du tourisme de montagne pyrénéen et de la place du développement durable au sein de ces derniers et un outil d’aide à la décision pour les porteurs de projets touristiques, qu’ils soient publics ou privés, permettant de mieux apprécier les potentialités d’un tourisme vecteur de développement, prenant en compte le changement climatique et ses enjeux. Ce jour là, universitaires, élus (trop peu !), chercheurs, étudiants et professionnels du tourisme sont présents pour écouter les conclusions d’un programme qui touche à sa fin. La salle est attentive et les projets ne manquent pas dans cette Ariège dynamique qui tient à jouer son rôle dans les débats en cours sur l’avenir de ses massifs. Au-delà de Transversalis, la création prochaine d’un Centre International des Montagnes du Sud (CIMES) est annoncée par Marc Caballido, Vice-Président de la Région Midi Pyrénées, une région qui compte déjà depuis 2010 un observatoire du changement climatique, l’OPCC.

Le changement climatique : de la recherche au terrain !

Professeur des universités en aménagement et urbanisme touristique à Pau (UPPA) et chercheur à Toulouse 2, Vincent Vles travaille sur les stations touristiques et leur mutation depuis trente ans. Il a donc collaboré à bien des études et ouvrages parlant de changement climatique… mais déplore que trop souvent, on demande aux collectivités de s’adapter au  changement sans préciser clairement ce que l’on met derrière les mots. Difficile, de fait, d’appliquer les résultats des études scientifiques aux réalités des stations, des régions, aux contraintes des décideurs politiques et des opérateurs de terrain. L’Institut de la Montagne de Chambéry a privilégié la confrontation, du coup son projet n’y a pas résisté ; le projet futur de CIMES devra méditer cet échec, potentialiser la production de savoir. Aux chercheurs, aussi, de sortir de leur tour d’ivoire et d’aller sur le terrain. La rencontre entre la connaissance et les opérateurs doit avoir lieu si l’on veut avancer. Et les chiffres sont là, car, depuis les années 2000, l’information sur le changement climatique ne cesse de progresser. Postdoctorante à la Maison des Sciences de l’Homme Aquitaine et au Mirail de Toulouse, Mihaela Marc dresse le décor des Pyrénées, montrant que le tourisme d’hiver reste le principal moteur économique du territoire avec par exemple, pour 2012/2013, 23,7 millions d’euros de chiffre d’affaire générés par les remontées mécaniques dans les Pyrénées Orientales. Et si le changement climatique n’est pas signifiant sur une saison, il le devient bel et bien si l’on remonte aux années 60. A la fois victime et bourreau, le tourisme se doit donc de repenser ses activités. Quand on sait qu’une station de ski située à 1 500 mètres d’altitude a moins de 60 jours d’enneigement par saison alors qu’elle a besoin de 100 jours de neige pour être rentable, on comprend toute l’importance des enjeux. Certes, il y a les canons à neige et les inévitables débats qui vont avec, la neige artificielle rebaptisée neige de culture pour dédramatiser un terme devenu péjoratif (problème de gestion de l’eau)… mais une chose est sûre, le modèle de développement basé sur le tout ski a du mal à être remis en cause au vu des retombées économiques directes et indirectes que l’activité génère.

logos transversalisUEPOC

Le changement climatique, et demain ?

Quelles solutions pour demain ? Ambivalence. Soit l’on s’entête à dire que le tout ski  n’est pas fini et on continue sur quinze-vingt ans jusqu’à ce que… Soit on tente de diversifier, de se réapproprier le territoire, autant de façons d’imaginer une meilleure mise en tourisme. Dans les années 80, certaines stations avaient tenté de sortir du tout ski (snowboard, raquette) puis du tout neige (avant que la neige artificielle ne pallie au déficit d’enneigement) mais sans succès. Dans les Alpes, la réponse semble être le développement d’immenses stations rentables mais à quel prix ! Les Pyrénées ne sont pas les Alpes. Les stations ont une identité forte, beaucoup sont à taille humaine, voire familiale, fréquentées par une clientèle de proximité. Pour l’heure, la plupart sont soutenue économiquement par des régions ou collectivités conscientes de l’attractivité touristique qu’elles représentent et de toute la chaine professionnelle qu’elles font vivre mais le syndrome alpin plane. Comment faire pour garder son âme quand le ciel ne répond plus ? Certains s’appuient sur la neige de culture, d’autres font des provisions une année sur trois pour pallier aux mauvaises saisons et garder les emplois. De fait, chaque station a sa réalité propre et il faudrait pouvoir affiner au cas par cas. Celles qui sont sur des versants ensoleillées ont sûrement intérêt à imaginer d’autres futurs et l’exemple du Mas de la Barque (et bien d’autres encore) dans les Cévennes est sûrement à méditer. Pour d’autres, l’avenir semble plus facile. Enfin, il y a aussi la possibilité de changer nos habitudes, nos réflexes de vacanciers. Pour 2060, Mihaela Marc nous propose de revenir à des modèles d’antan, quand on allait en montagne l’été pour chercher  la fraicheur. Peut-on alors imaginer un futur où les vacanciers privilégieraient la mer l’hiver et la montagne l’été, une inversion des tendances certes intéressantes sur le tableau mais pour l’heure difficilement imaginable. Le futur des Pyrénées serait méditerranéen ? Qui sait…

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EN SAVOIR PLUS : Le programme Transverslalis consiste en une coopération de trois territoires : l’Espagne, la France et l’Andorre. Il vise à renforcer l’intégration transfrontalière en valorisant les complémentarités sur le plan des activités universitaires et économiques, de l’innovation et du capital humain. Il a permis différents travaux qui s’intéressent à la formation, la recherche et donc au tourisme. Il a été financé à 65% par l’Europe (FEDER) et à 35% par divers bailleurs comme le Conseil Généraux et Régionaux de l’Ariège, la mairie de Figueras, etc. Il concerne sept universités dont les trois gros porteurs sont : l’Université Toulouse II Le Mirail, l’Université de Girona et l’Université de Perpignan Via Domitia.

Le site Transversalis a également pour objectif de faciliter la préparation des projets de mobilité transfrontalière, que ce soit pour des études dans les domaines du tourisme, des énergies renouvelables et de l’environnement que pour votre recherche d’emploi ou de logement.

Chef de file de Transversalis : Elie Brugarolas, du Pôle régional de l’Enseignement Supérieur de Toulouse (PRES)

Plus d’information sur www.e-transversalis.eu

Voir aussi ce lien sur l’adaptation au changement climatique.

 

 

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Le tourisme pyrénéen face au défi climatique | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Geneviève Clastres
Journaliste indépendante, auteur, spécialiste de la Chine, de l'Asie, sinologue. Publications sur le tourisme équitable. Livres documentaire jeunesse sur l'Asie. Reportages divers.
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