#TourismeDurable
La feuille de chou du tourisme durable

Interview avec l’association Awamaki, lauréate du Prix du Tourisme de Demain 2019

| 5 septembre 2019 • Mis à jour le 08.09.2019 à 16h26
Thèmatique :  Acteur associatif   Conseils   Routes du Monde 
         

L’association Awamaki est basée au Pérou (Cusco) au sein des communautés rurales de langue quechua. Elle fournit aux coopératives locales de tissage une formation et un savoir-faire en matière de design qui leur seront nécessaires pour élargir leurs perspectives et leurs marchés. Les revenus supplémentaires ainsi générés seront utilisés pour scolariser les enfants, améliorer les infrastructures de la collectivité et empêcher l’exode rural. Enfin, les voyages proposés par l’association offrent aux touristes une immersion tout en profondeur et en sensibilité au coeur de la culture quechua. Kennedy Leavens, fondatrice d’Awamaki, nous en dit un peu plus sur l’association elle-même et sur ses pratiques responsables.

WTTC: Pourquoi avoir choisi de travailler avec les tisseurs quechuas ?

KL: Nous étions installés au Pérou depuis deux ans, travaillant à divers projets pour une association non-gouvernementale. Cela nous a permis de nous rendre directement compte à quel point les femmes étaient vulnérables au niveau des communautés rurales quechuas. Lorsque l’ONG a cessé d’exister, ces femmes n’arrêtaient pas de nous demander de revenir. Il y avait deux défis que nous voulions les aider à surmonter. Le premier était que leur industrie textile vieille de plusieurs siècles déclinait car elle perdait de sa valeur. L’autre challenge correspondait au fait que ces femmes étaient poussées vers les villes à la recherche d’un travail, contribuant ainsi à la déréliction de leurs villages. Je suis également convaincue du fait qu’un revenu entre les mains des femmes est la meilleure manière de sortir des communautés de la pauvreté. Lorsque les femmes gagnent de l’argent, elles choisissent souvent de le dépenser dans des projets éducatifs (bibliothèque…) et recherche l’amélioration de leur vie en collectivité. Jusqu’à présent, rien n’est venu prouver que nous avions tort.

Kennedy Leavens, fondatrice de l’association Awamaki / @www.awamaki.org

WTTC: Comment avez-vous créé un flux de revenus durable pour les tisseurs ?

KL: Nous avons mis l’accent sur l’augmentation de la valeur des textiles. Tout d’abord, nous avons travaillé main dans la main avec une équipe internationale de designers et avons mis au point une plateforme en ligne afin d’élargir le potentiel des ventes. Les tisseurs ont apprécié ce processus car il leur a permis d’aller plus loin dans leurs compétences et leur savoir-faire. Les motifs les plus modernes sont généralement vendus sur internet, alors que ceux plus traditionnels sont directement commercialisés aux touristes. Dans un deuxième temps, nous avons travaillé dur pour nous assurer que les artisans fondent de leur côté des petites entreprises indépendantes. De nombreuses coopératives artisanales développent un sens paternaliste envers leurs artisans, mais nous souhaitons que nos tisseurs soient indépendants. Par conséquent, nous mettons l’accent sur la formation, en fournissant aux femmes ce dont elles ont besoin afin qu’elles se lancent elles-mêmes. Cela ressemble un peu à un incubateur d’emplois.

WTTC: Comment le tourisme s’accorde-t-il avec cela et de quelle façon vous assurez-vous que ces expériences sont menées de façon responsable ?

KL: Nous menons des expériences à petite échelle, il n’y a donc jamais le risque de submerger un village. Les sessions sont centrées sur le fait d’en apprendre plus sur le tissage et de faire l’expérience de la vie quechua au sein des villages. Les différents foyers se sentent ainsi valorisés car les touristes paient pour partager un repas ou séjourner chez des locaux. Les tisseurs apprécient également le fait de montrer leur savoir-faire. Les touristes sont informés de façon stricte quand ils peuvent prendre des photos, quel type de questions ils peuvent poser, quelles règles de politesse ils doivent respecter au sein des foyers quechuas.

La beauté des broderies traditionnelles quechuas / @www.linkedin.com/awamaki

WTTC: Quels ont été les principaux défis auxquels vous avez eu à faire face ?

KL: Il y a une frontière ténue entre fournir un soutien et mener des projets. Nous désirons aider les femmes à générer des revenus grâce à leur savoir-faire traditionnel, mais nous voulons aussi qu’elles gardent le contrôle de leurs prises de décisions et qu’elles fassent ce qu’elles pensent être juste. Dans certains des villages, les hommes ont été mis sur la touche à cause de ce que nous entreprenons. Fort heureusement, cela a en général été résolu : par exemple, les femmes fournissent le revenu, et les hommes se chargent de construire le nouveau centre communautaire. Chacun doit être impliqué et sentir qu’il a entre ses mains les clés du processus.

WTTC: Quels conseils donneriez-vous à d’autres personnes qui souhaitent créer des expériences communautaires responsables ?

KL: Ne vous lancez pas dans l’aventure en ignorant les mentalités locales. Travaillez toujours à partir des compétences que vous avez de disponibles sur le terrain, car c’est seulement ainsi que votre entreprise pourra être réellement durable. Autre point important, votre idée de base doit être ce que le village veut partager, plutôt que ce que vous supposez que les touristes veulent voir.

Kennedy Leavens termine l’entretien par ces mots très justes: ‘En tant que voyageurs, nous sommes souvent tentés par le fait de mettre la culture en bouteille, en voulant la préserver comme si elle se trouvait dans un musée. Mais afin que la tradition conserve sa force vitale, elle doit sans cesse évoluer et s’adapter. C’est essentiel d’avoir cela en tête lorsque l’on monte un voyage dans des régions reculées de Bolivie ou du Pérou: on ne devrait pas demander à la culture de se figer au profit du tourisme.’

Source de l’article: Newsletter/blog d’août 2019 du World Trade & Tourism Council

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Interview avec l’association Awamaki, lauréate du Prix du Tourisme de Demain 2019 | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Vanessa Beucher
Photographe, journaliste & traductrice basée à la Grave dans le massif des Ecrins
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