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Funérailles molles !

| 18 avril 2019 • Mis à jour le 18.04.2019 à 16h08
Thèmatique :  Livres 
         

En Chine, la fête des morts est célébrée chaque année le 4 avril. Pour l’occasion, les familles ont coutume de revenir honorer la terre de leurs ancêtres, leur « laojia », le lieu où ils sont nés. Au cœur de l’empire du milieu, le lien entre les morts et les vivants a toujours été vivace, le culte des ancêtres est d’ailleurs le rituel qui unit l’ensemble des Chinois, quelles que soient leurs croyances plus personnelles. Les ancêtres, la famille, les funérailles, autant de mots clés qui résonnent tout particulièrement lorsque l’on découvre le dernier roman de Fang Fang, Funérailles molles, qui revient sur une période dramatique très peu connue de l’histoire de Chine : la Réforme agraire, au début des années 1950, peu après la prise du pouvoir par Mao, allait ravager nombre de familles de propriétaires terriens…

L’ouvrage de Fang Fang se lit presque comme un roman policier, tant sa construction à rebours de la chronologie des faits rend sa découverte haletante. Si, dans un premier temps, on est un peu perdu, telle Ding Zitao, sa principale protagoniste, qui a verrouillé sa mémoire et refuse le passé, peu à peu, on remonte le fil, les fils. Ici, l’histoire trouve ses frontières non point dans la géographie mais dans le temps, qui s’est arrêté à la lisière d’une rivière, pour renaitre des eaux dans une seconde vie. Entre deux, un drame, que l’on appréhende peu à peu, étape par étape, une descente aux enfers inversée, avec des indices et personnes qui se sont croisés dans leurs différentes vies sans toujours le savoir. Au-delà de Ding Zitao, il y a son fils, Qinglin, dont le patron, Liu Xiaochuan, a joué un rôle important dans l’éradication des bandits de l’est du Sichuan. Il y a aussi ce père sauveur, médecin, Wu Jiamin, « celui qui n’a ni nom ni famille », dont le destin se confond avec celui de Ding Zitao, destin esquissé, qui tend à montrer que l’histoire, les histoires, se répètent aussi dans leurs tragédies. Ces différents personnages ont des parcours qui se croisent et s’entrecroisent, parfois à leur insu, sans qu’ils le soupçonnent forcément. Et toute la force du roman réside justement dans ce clair obscur, ce biais visant à se tenir toujours à la lisière de la vérité. Il y a ce que l’on sait et ce que l’on ressent, que l’on devine, et ces secrets que l’on emporte avec soi dans l’au-delà. Il y a aussi ce que l’on peut transmettre et l’indicible. Liu Jingyuan aime à raconter son passé mais ses fils ne l’écoutent même plus. En revanche, si Qinglin lui prête une oreille attentive, quand il s’agira de s’interroger à son tour sur sa propre vérité et celle de sa famille, l’oreille sera plus hésitante. Ainsi, outre nous faire revivre un moment tragique et encore tabou de l’histoire de Chine, Fang Fang nous interroge sur le devoir de mémoire face à l’insupportable. Alors que ceux qui ont vécu l’innommable se sont protégés derrière les barrières de l’oubli, la descendance peut-elle, doit-elle retrouver toute la vérité ? Il est des fils, des rivières que l’on remonte et des vérités que l’on approche jusqu’à un certain point, l’équilibre devient alors périlleux, les choix difficiles, personnels, dommageables peut être, mais face à la force des évènements, il faut parfois s’incliner et accepter de ne pas tout savoir. Enfin peut-être.

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Funérailles molles, Fang Fang, traduit du chinois et annoté par Brigitte Duzan assistée de Zhang Xiaoqu, L’Asiathèque, 2019. 24,50 €, 467 pages.


Funérailles molles ! | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Geneviève Clastres
Journaliste indépendante, auteur, spécialiste de la Chine, de l'Asie, sinologue. Publications sur le tourisme équitable. Livres documentaire jeunesse sur l'Asie. Reportages divers.
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