#TourismeDurable
La feuille de chou du tourisme durable

Julien Buot (ATES): “Le cap des 20,000 voyageurs solidaires est dépassé !”

| 1 septembre 2011 • Mis à jour le 01.09.2011 à 9h52
         

L’ATES, Association pour le Tourisme Equitable et Solidaire, vient de souffler ses cinq bougies ! Que de chemin parcouru depuis ses débuts… D’un discret collectif d’associations engagées en faveur d’un autre tourisme basé sur un partenariat étroit avec les populations locales, elle est devenue le 1er réseau national des acteurs du tourisme équitable et solidaire en France, faisant émerger un véritable secteur de voyages à part entière et un modèle à suivre en matière de tourisme responsable.

Interview de Julien Buot, son dynamique et infatigable coordinateur.

 

 

 

 

 

 

1) Peux-tu nous donner quelques chiffres-clefs qui illustrent ce début de maturité ?

Le cap des 20, 000 voyageurs solidaires est dépassé ! Au-delà de l’apport à l’économie locale, le collectif des associations de l’ATES a récolté 1 million d’euros d’aide financière depuis sa création, ce qui est un très bon ratio. A titre de comparaison, l’association Tourism For Development avait annoncé il y a 3 ans un montant total de 800 000 euros d’aide collectée en l’espace de 10 ans. De 14 membres à ses débuts, l’ATES est passée à 35 membres dont 19 voyagistes. Ces chiffres montrent clairement que le secteur du TES fait son chemin dans l’offre touristique française et séduit de plus en plus de voyageurs curieux…de voyager au plus près du monde et de ses habitants.

2) Peux-tu nous éclairer sur les grandes missions de l’ATES et ce qui fait sa force ?

La première grande mission de l’ATES est de faire connaître le concept du Tourisme Equitable et Solidaire et l’offre de voyages de ses membres. Cela se fait par l’animation de réseaux, le lobbying auprès des pouvoirs publics, la communication auprès des medias, la sensibilisation du grand public en participant à divers salons, le lancement de la Newsletter et de notre exposition “le tourisme en quête de sens”
L’autre mission est de garantir au public que nos membre respectent bien les critères du TES pour qu’un partenariat équilibré s’établisse avec leurs partenaires des destinations d’accueil.

La force de l’ATES réside dans sa cohérence d’être à la fois sur le métier de voyagiste tout en inscrivant son activité économique dans l’Economie Sociale et Solidaire. Nous sommes des artisans du voyage qui proposons aux voyageurs de la rencontre et de la proximité avec les habitants des pays d’accueil, en gardant notre professionnalisme.

3) Comment l’ATES inscrit son mouvement dans les Objectifs du Millénaire pour le Développement ?

C’est sur ce point que l’on se distingue. Notre objectif est social et ambitieux : faire du tourisme équitable et solidaire un outil de développement au bénéfice des populations locales. On répond ainsi au 1er OMD : la lutte contre la pauvreté et la faim. Aujourd’hui, l’un de nos voyagistes spécialisés sur le Sahel s’ouvre à la Tunisie et à la Turquie. Ces nouvelles destinations contribuent, par le biais des reversements solidaires, à soutenir des populations en difficulté comme celles du Niger et de la Mauritanie. Par nos actions avec les pays en voie de développement, nous agissons concrètement dans le sens de la Solidarité Internationale et de l’objectif n°8 des OMD : mettre en place un partenariat mondial pour le développement.
Nous sommes solidaires des populations du Sud. Nous appuyons aussi les projets portés par les femmes, piliers de l’organisation communautaire dans de nombreux pays.

4) Comment s’impliquent les membres de l’ATES en faveur de l’environnement ?

A l’ATES, nous oeuvrons à donner des impulsions. Nous avons mis en ligne sur notre site un document qui synthétise l’ensemble des bonnes pratiques environnementales de nos membres. Aujourd’hui, ces derniers se les approprient entre eux : Ecotours et ses techniques d’écoconstruction au Nicaragua, Vision du Monde et son sytème de compensation d’émissions de C02, Libertalia, Echangeons-le-Monde et leur partenariat avec l’ONG l’Homme et l’Environnement à Madagascar…Les voyages solidaires sont aussi un outil d’éducation à l’environnement et au développement durable. Par exemple, les voyageurs sont sensibilisés à la question de l’eau dans les territoires d’accueil. On peut choisir de voyager mieux mais moins fréquemment, c’est à dire de rester plus longtemps sur place pour réduire son empreinte carbone et maximiser les retombées économiques sur place.

5) l’ATES a récemment mis en place de nouveaux outils pour accroître sa notoriété auprès du grand public et mieux faire connaître ses actions, quels sont-ils ?

Pour ses 5 ans, l’ATES a complétement refondu son site Internet pour le rendre plus dynamique, convivial et riche en contenu. Parmi les nouveautés, une carte interactive guidant l’internaute vers la destination et le voyagiste de son choix, les ressources accessibles en ligne pour le grand public…

Nous avons aussi mis en place une Newsletter composée de diverses rubriques : le voyage du mois (Ex, rencontre avec les acteurs du commerce équitable au Pérou) , l’actualité de l’ATES, le voyagiste du mois, la présentation d’un partenaire extérieur (Ex, la revue Interdépendances vient de sortir cet été un numéro spécial sur le voyage responsable), la parole du voyageur…Vous pouvez vous inscrire sur notre site en-dessous de la rubrique “Notre actualité” pour la recevoir. Nous proposons également un KIT européen sur le tourisme responsable et solidaire en trois langues contenant un CD-ROM, des revues, des films…Et enfin une exposition ATES “Le Tourisme en quête de sens”, un outil pédagogique et ludique sous forme de panneaux illustrés par des croquis et images pour mieux comprendre les enjeux du tourisme équitable et solidaire, que vous pouvez télécharger et commander en ligne.

6) Un des objectifs du tourisme équitable et solidaire étant de maximiser les retombées économiques dans les territoires d’accueil, comment se décompose concrètement le prix d’un voyage solidaire ?

Les premiers résultats du baromètre 2010 de l’ATES font resortir un chiffre d’affaires de 6,5 millions d’Euros entre nos 19 voyagistes. La transparence étant l’un de nos engagements, nous pouvons ainsi décomposer le prix d’un voyage solidaire en quatre postes principaux:

  • 38 % sont affectés à l’achat des prestations locales (guides, hébergement, restauration…)
  • 36% correspondent à l’achat des billets d’avion
  • 22% couvrent les frais fonctionnement du voyagiste
  • 4% sont prélevés pour financer des projets de développement (soit 250,000 euros en 2010) qui bénéficient aux populations locales en matière d’accès à l’éducation, à la santé, au micro-crédit…

Le panier moyen par voyage est de 1446 euros (avion compris) et de 72 euros/jour (hors aérien) pour des séjours qui se rallongent à 13 jours en moyenne. A retenir : plus l’on allonge le temps de séjour, plus l’impact économique est important sur place pour les populations.

7) L’ATES ne propose pas de label mais s’inscrit dans une démarche de progrès. Comment cela fonctionne avec ses membres ? Comment assure-t-elle la transparence de ces actions ?

L’ATES est née dans l’idée d’une démarche de progrès avec l’UNAT et LVT. La charte du Tourisme équitable a été lancée par la PFCE en 2002, la grille d’identification des voyages solidaires par l’UNAT en 2004. La charte de l’ATES est issue de ces deux initiatives.
Il a fallu deux ans pour mettre en place des critères précis avec un système de notation accepté par tous. Tous les membres de l’ATES sont signataires de la charte. Depuis 2008, des évaluations internes croisées sont realisées. Celles-ci peuvent aboutir à l’exclusion des propres membres en cas de non respect des critères. Cette évaluation amène nos membres à mieux se connaître entre eux et à apprendre à se faire confiance en toute transparence. En 2009, l’ATES a mis en place un programme triennal pour ”rendre équitable” l’évaluation du TES en la partageant avec les partenaires du Sud. Concrètement une recherche-action est actuellement menée par une doctorante pour évaluer le dispositif d’évaluation sur le terrain, en Afrique de l’Ouest, au Maroc, en Equateur et prochainement au Pérou. Ce dispositif d’évaluation nous permet de garantir encore plus le sérieux de notre démarche. Vous pouvez lire ces rapports sur notre site.

8) L’ATES était partenaire de la Journée Mondiale pour un Tourisme Responsable cette année sur le thème “Tourisme durable, quelles garanties ? “, quelle était sa position à ce sujet ?

Je me suis personnellement engagé avec la JMTR dès 2007-2008. L’ATES s’y est ensuite associée pour faire du plaidoyer afin de faire reconnaître sa démarche auprès de la communauté du Tourisme Responsable. L’intention de l’ATES était double : échanger entre acteurs sur le sujet de la garantie du tourisme durable et se faire reconnaître comme force de proposition, notamment par le Partenariat Mondial pour le Tourisme durable, le GSTC.

A l’ATES, nous reconnaissons également la place prépondérante du voyageur et son point de vue. Nous voulons qu’il prenne conscience de son statut de “voyagacteur” et qu’il puisse s’interroger sur les démarches des voyagistes avec qui il choisit de partir. Il faut aussi prendre en considération la question du coût de la certification qui serait directement imputé sur le prix total du voyage…on perdrait en contrepartie beaucoup en accessibilité de nos voyages…

9) VVE représente le 3ème réseau français en faveur du tourisme responsable. Comment l’ATES se positionne-t-elle vis à vis de cette association ? Complémentarité ou partage d’un même territoire pour deux associations visant à fédérer des petits opérateurs de voyages responsables ?

L’ATES défend et soutient un modèle précis. Nous nous considérons complémentaires par notre approche. Notre cohérence, je le rappelle, est de rassembler un collectif de voyagistes engagés sur les principes du Tourisme Equitable et Solidaire et de la question du développement par le tourisme. Notre mouvement est porté par des associations, des bénévoles et des voyageurs. L’ATES est très orientée sur les rapports Nord-Sud alors que VVE l’est plus sur des destinations européennes. Toutefois, on peut envisager de créer des ponts.

10) Un dernier mot pour encourager les voyageurs français à découvrir l’offre du Tourisme Equitable et Solidaire de l’ATES ?

Je leur suggère de commencer par découvrir le tourisme équitable et solidaire en pratiquant le tourisme responsable sur place, en Ile-de-France, par exemple. Visiter son pays ou sa ville autrement, c’est peut-être le meilleur moyen de faire le premier pas…L’ATES est impliquée dans un réseau francilien d’acteurs du tourisme responsable qui regroupe une vingtaine de membres proposant des visites et des soirées d’information-sensibilisation : Ça se visite, Paris par Rues Méconnues, Meeting the French, la Fédération des professionnels parisiens de la chambre d’hôtes, Douce Banlieue en Seine Saint Denis, Réseau Archimède, Ecotours, Taddart…une offre particulièrement accessible et original au pas de sa porte !

COPYRIGHT CLAIRE ROBERT

Pour consulter le nouveau portail de l’ATES
http://www.tourismesolidaire.org/


Julien Buot (ATES): “Le cap des 20,000 voyageurs solidaires est dépassé !” | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Manuel Miroglio
Consultant-Formateur Spécialiste en Tourisme Responsable et Solidaire Co-fondateur du Cabinet conseil SPE Tourism Co-organisateur du 1er Forum National du Tourisme Responsable 2010 Co-organisateur du 1er Festival Partir Autrement 2008 Coproducteur et coréalisateur du documentaire "La Caravane solidaire en Afrique, sur la piste dun tourisme responsable" 2008 Membre du comité de sélection des Trophées du Tourisme Responsable de voyages-sncf.com 2009-2010 Membre associé de l'Association pour le Tourisme Equitable & Solidaire Membre du réseau Ecoturismogenuino.ning.com Membre du Réseau Archimède, acteurs du tourisme solidaire en Ile-de-France
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