#TourismeDurable

L’avenir des croisières en question aux Universités du Tourisme Durable du Havre…

| Publié le 5 octobre 2021 • Mis à jour le 5 octobre 2021 à 14h43
Thèmatique :  Acteur privé   Fluvial   Ingénierie   Innovation   Tourisme de masse 
         

Grand port de croisière maritime, le Havre a accueilli jusqu’à 400 000 passagers il y a trois à quatre ans et espère en accueillir jusqu’à 800 000 dans les années à venir. Aux Universités du Tourisme Durable, une table ronde animée par Linda Lainé (Echotouristique) réunissant Jean-Baptiste Gastinne (Ville du Havre), Wassim Daoud (PONANT) et Thibaut Tincelin (Stirling Design International) s’est interrogée sur l’avenir de la croisière et l’urgence de prendre des mesures pour limiter ses impacts croissants, quand lors de la plénière de la matinée, Lamya Essemlali, Présidente de Sea Shepherd France, rappelait que  50 à 70% des grands poissons et 90 % des oiseaux marins ont déjà disparu, et que « nous sommes arrivés il y a une fraction de seconde sur terre mais nous avons déjà détruit la majorité de la vie »…

© Thomas le Floch #UTD2021

Le Covid, finalement une parenthèse dans un monde qui poursuit sa route ?

« La vocation du Havre est d’accueillir des navires depuis 500 ans, la ville a été créé pour cela, avec des portes containers de 400 m de long, 60 m de large pas propre à la croisière mais des questions de respect de l’environnement qui se posent bien au-delà : la question de ces 23 000 containers à température dirigée qu’il faut alimenter ; la question de l’escale de tous les navires et pas seulement la croisière. Le Havre est un port polyvalent. Ici, les gens vivent de cela ». Représentant la ville du Havre, Jean-Baptiste Gastinne n’a pas caché les ambitions de sa ville, déterminée à enjamber la parenthèse du Covid pour repartir de plus belle. Aujourd’hui, l’objectif affiché est de faire du Havre non seulement un port d’escale mais aussi une tête de ligne pour les futurs croisiéristes, avec l’envie d’accueillir toujours plus de touristes sur le territoire. « On anticipe un peu sur un développement du marché français de la croisière. » Alors, certes, la question de l’environnement n’est pas totalement balayée, mais elle reste dépendante des avancées technologiques et réglementaires et d’un index environnemental qui classe les navires en fonction de leur impact sur l’environnement, avec une carotte financière du port et de la communauté urbaine pour rétribuer les compagnies les plus vertueuses. Quant à la ville, elle a clairement priorisé ses enjeux, l’emploi et le social à la proue, et tant mieux si la réglementation européenne interdit l’utilisation des fuels les plus lourd et que l’on commence à voir des navires « escaler » au GNL qui certes, émet du CO2, mais pas de particules fines. Le port s’engage aussi à électrifier les quais afin que les navires puissent se brancher (à quai), tente par ailleurs de réduire l’impact sur la qualité de l’air. Mais de réduction d’activité ? Il n’en est pas question pour l’heure. Bien au contraire, c’est l’augmentation du volet croisière qui est visé sans tabous.

Gros bâteaux à quai et dans la rade

Les actions prises par les têtes de pont du secteur suffiront-elles à entrainer toute une profession vers plus de durable ?

Sur cette épineuse question des croisières, il y a aussi les bons élèves du secteur, dont PONANT, qui a obtenu la palme du Tourisme durable en 2020 et que l’on retrouve sur toutes les tables rondes liées à la croisière durable. En ce sens, Wassim Dadoud (PONANT) a rappelé les nombreuses initiatives prises par son entreprise depuis des années, citant notamment le Commandant Charcot (amarré au Havre !), qui fonctionne au GNL et diésel avec un pack de batteries électriques. « On a fait en sorte que dans le monde entier, nos bateaux n’émettent pas de souffre ni d’azote ; pour le carbone, nous compensons à 100%, idem pour l’électrique. » En outre, au-delà des avancées technologiques, PONANT met en avant sa stratégie centrée sur l’expérience humaine et l’amélioration constante de ses pratiques. « Pour nous, l’expérience client est le plus important. Comment rendre nos 50 000 passagers annuels plus responsables ? » La question se pose d’autant plus que le croisiériste n’hésite pas à amener ses passagers au cœur des terres du globe les plus fragiles, du grand nord aux Galapagos. « Sur toutes nos croisières, nous réalisons des études d’impact environnementales et sociales. On fait des repérages pour choisir les meilleurs itinéraires. » Le Commandant Charcot possède également deux cabines dédiées aux scientifiques, favorisant la recherche mais aussi sa transmission via des programmes de sciences participatives à destination des passagers. « Nos bateaux permettent aussi d’alimenter la science en données, il n’y en a pas tant que cela qui peuvent aller dans ces zones. » Peu de bateaux et peu d’élus également, les croisières Ponant étant bien loin d’être accessibles à toutes les bourses…

© Ponant Stirling Design International

Un dilemme pour le futur

Toutefois, au-delà des 50 000 passagers de PONANT, ils étaient 30 millions de croisiéristes à arpenter les mers du globe en 2019, et au vu des ambitions de nombreuses compagnies de repartir de plus belle, il est clair que l’urgence climatique va avoir du mal à s’accommoder des quelques arrangements réglementaires qui tentent de colmater les brèches environnementales trop criantes.  Comme l’a rappelé Thibaut Tincelin (Stirling Design International), la croisière durable est un sujet sur la table de l’Organisation Maritime International depuis dix ans, avec un gros travail sur le carburant, les oxydes de soufre, les émissions de particules et une obligation pour les bateaux de se mettre en ordre de bataille mais il reste encore un besoin criant de venir à bout des fuels lourds sur l’ensemble des compagnies, sans parler des émissions de carbone, avec un objectif de réduire les émissions annuelles de 3%, ce qui reste dérisoire vu l’urgence. Alors certes, la conception des navires progresse, les ingénieurs tentent de parer au plus pressé, des prouesses technologiques permettent quelques espoirs mais cette volonté de croissance réaffirmée a tendance à engloutir toujours plus ces avancées. Au Havre, Jean-Baptiste Gastinne l’a clairement affirmé, il n’est pas question de réduire ou de se fixer des limites. « On se glorifie d’être capable d’accueillir tous les navires. On va encourager tous les travaux d’infrastructure qui ont des solutions environnementales responsable. Un gros paquebot peut venir au Havre. Notre moyenne est de l’ordre de 3000 passagers. » Chez Ponant, on argue qu’on ne peut faire plus sérieusement son métier et que le choix d’y aller ou pas reste une réponse individuelle (et du porte-monnaie …). Et au-delà de Ponant, il y a tous les autres acteurs de la croisière …

Dominique Renouf, présidente de Bateaux pour la Planète donne son point de vue sur l'état du tourisme fluvial en France et vente le mérite des coches solaires.
Convoyage du dernier coche solaire conçu par Dominique Renouf © Dominique Renouf

Va-t-il falloir écoper sans cesse pour sauver le navire ou rester sur la terre ferme pour sauver les hommes ?

Selon le Plan Bleu du Programme des Nations-Unies pour l’Environnement, un bateau de croisière qui parcourt 9.000 km, émet en moyenne 5000 tonnes de CO2, soit environ 1 tonne par personne. A l’heure de l’urgence climatique, comment résoudre l’équation environnementale quand il est évident que la facture penche toujours vers le « plus » et donc vers l’épuisement de l’ensemble de nos ressources. Certes, la croisière n’est pas l’unique secteur en cause. Des débats similaires ont lieu dans l’aérien, et dans bien d’autres branches d’activités, mais sur ce sujet de la croisière, comme dans tant d’autres, faut-il encore croitre, quitte à s’entourer de cautions technologiques et réglementaires, ou faut-il penser autrement, réduire, aller moins vite, moins loin, moins souvent, à tour de rôle, différemment ? En réponse à ces questions, la CLIA (Cruise Lines International Association qui réunit l’ensemble du secteur de la croisière), a fixé des objectifs à 40% de réduction de CO2 à l’horizon 2030 et une neutralité carbone pour 2050. Le chantier est immense, le secteur maritime est en manque de technologie de pointe. Cela va prendre du temps. Or du temps, on n’en a pas. En attendant, on écope ?


Merci aux Acteurs du Tourisme Durable (ATD) et à la région Normandie pour l’organisation de cette 7e édition des UTD.


L’avenir des croisières en question aux Universités du Tourisme Durable du Havre… | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Geneviève Clastres
Auteur et journaliste indépendante spécialisée sur le tourisme durable et le monde chinois, Geneviève Clastres est également interprète et représentante de l'artiste chinois Li Kunwu. Collaborations régulières : Voyageons-Autrement.com, Monde Diplomatique, Guide vert Michelin, TV5Monde, etc. Dernier ouvrage "Dix ans de tourisme durable". Conférences et cours réguliers sur le tourisme durable pour de nombreuses universités et écoles.
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