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Sixième édition des « Têtes chercheuses d’Occitanie » : La gouvernance du tourisme pour un tourisme en transition

| Publié le 20 septembre 2021 • Mis à jour le 21 septembre 2021 à 10h22
Thèmatique :  Conseils   Ingénierie   Initiative régionale   Innovation   Institutionnel 
         

Au programme de la sixième et dernière édition des Têtes Chercheuses, la thématique de la gouvernance a permis de boucler la boucle d’un cycle passionnant de regards croisés qui a mêlé les approches de chercheurs et de professionnels du tourisme pour réfléchir ensemble à un tourisme en transition. Animé par Dominique Thillet (CRTL Occitanie) représentant également Jean Pinard, son directeur, associé aux interventions d’Éric Charlei Adamkiewicz (Maître de conférence en Management du Sport doté également d’une forte expérience au sein des OT) et de Guillaume Dalery (Président de la Fédération Régionale du Thermalisme d’Occitanie), ce nouvel opus aura permis de faire ressortir plusieurs points saillants. Parmi eux, la volonté de mettre en place une gouvernance juste, à bonne échelle, apte à rassembler autour d’un projet commun l’ensemble de l’écosystème d’un territoire pour un tourisme adapté aux nouvelles attentes des clientèles ainsi qu’à toutes les facettes d’un territoire hôte, dont l’accessibilité, l’acceptabilité et la saisonnalité.

© M.Dombre

Qu’est-ce que la gouvernance appliquée au tourisme ?

Les années passent et les pratiques touristiques évoluent, à la fois contraintes par les nombreuses crises, mais aussi mues par l’évolution constante de la demande, obligeant les territoires à repenser leur stratégie mais aussi, à faire preuve d’une souplesse permanente dans un monde qui ne cesse de muter. La gouvernance appliquée au tourisme apparait alors comme une tentative de réponse à ce besoin d’adaptabilité permanente, avec des lignes claires à définir et des objectifs précis à construire.  Éric Charlei Adamkiewicz a ainsi ouvert cet ultime webinaire par une définition précise de la gouvernance, la désignant comme « l’ensemble des organisations formelles et informelles qui contribuent à participer à l’élaboration de stratégies faites pour être mis en œuvre. »  Il a ensuite pris l’exemple de la Station des Arcs où il a œuvré entre 2003 et 2009, pour démontrer que la gouvernance n’est pas toujours un chemin facile ni couronné de succès, et qu’elle peut achopper sur le manque de projet commun : « Tout le monde veut un projet commun pour peu qu’il reprenne les objectifs qui l’intéresse or il est simple de s’accommoder d’un responsable de la gouvernance si on lui souffle dans l’oreille ce qu’il va décider… » L’échec de la gouvernance des Arcs a ainsi montré que la somme d’un projet collectif ne fait pas forcément un projet commun, et que sans points de convergence, il est impossible d’avancer.

Quelques pistes afin de mettre en place une gouvernance efficace

Afin d’éviter les nombreux écueils qui peuvent mettre à mal la gouvernance d’un territoire, Guillaume Dalery, Président de la Fédération Régionale du Thermalisme Occitanie mais aussi maire de Lamalou-Les-Bains (commune classée Tourisme et station thermale), a fait part de sa double expérience, citant notamment trois points fondamentaux à prendre en compte : la définition d’une échelle pertinente ; l’intégration de l’ensemble des filières et de tout l’écosystème du territoire au-delà du tourisme et enfin, la prise en compte de l’évolution de la consommation touristique notamment liée au numérique et à l’usage d’internet. Guillaume Dalery : « A mon sens, lorsque l’on doit mettre en place une gouvernance, et ce malgré toutes les difficultés, la communauté de commune s’avère souvent l’échelle pertinente, à la fois suffisamment grande quant à l’offre touristique, mais aussi suffisamment opérationnelle pour pouvoir organiser des réunions facilement sans se perdre dans des agendas compliqués. » Evidemment, chaque territoire a des réalités propres à intégrer, mais au-delà des dénominations administratives, voir des rivalités de clochers, l’important reste de prendre en compte la réalité touristique locale. Il a en outre nuancé son propos par ce constat : « Cela ne nous empêche pas de fonctionner parfois différemment. Par exemple, pour les activités de pleine nature, on travaille avec les communautés de communes voisines, parce que ce type de loisirs permet des échelles plus grandes, l’important restant de tenir compte de l’activité touristique et surtout, de bien comprendre pourquoi les touristes viennent chez nous. »

La gouvernance du tourisme pour un tourisme en transition

Des stratégies plus ouvertes voire plus offensives parce que le monde change

Souvent évoqué lors des précédents webinaires, le tourisme n’est pas une activité monolithique qui évolue en vase clos, au contraire, il fait partie de tout un écosystème qui intègre de façon transversale des domaines aussi vaste que le transport, la culture, l’économie locale et bien évidemment, en tout premier lieu, les habitants qui vivent ces réalités. En ce sens, Guillaume Dalery a également rappelé l’importance de mettre en place une gouvernance ouverte en prenant en compte toutes les parties prenantes mais en ayant aussi bien à l’esprit que les pratiques touristiques ont largement évolué. « A l’heure de l’information H24 et des nouvelles façons de consommer, je suis partisan de l’accueil hors les murs. A nous d’aller porter l’information au bon moment à la bonne personne. On ne sera jamais aussi performant qu’internet donc il faut trouver notre place en tant que collectivités, et préférer des informations plus qualitatives à la quantité, par exemple ne pas lister tous les hébergements disponibles sur un territoire mais plutôt construire une histoire à partir de certaines offres précises. » De fait, les métiers du tourisme ont complètement explosé, et chacun doit aujourd’hui être capable de faire à la fois de l’information, de l’accueil, de la communication, ce qui était segmenté autrefois devient plus global, la polyvalence est de mise. En outre, d’autres facteurs s’ajoutent qui peuvent aussi complexifier une gouvernance telle la saisonnalité qui implique de penser une organisation en fonction de flux différents à l’année jusqu’au surtourisme qui renvoie à la problématique de l’acceptabilité des habitants. Dominique Thillet : « Un tourisme à l’ancienne trop tourné vers la croissance et l’accumulation de nuitées peut poser la question de l’acceptabilité des habitants, et la gouvernance doit aussi intégrer ces derniers. Attention à ne pas se piéger soi-même. »

La gouvernance à l’échelle du CRTL d’Occitanie

Face à tous ces enjeux, le CRTL Occitanie a mené un vaste chantier afin de permettre une plus grande ouverture et d’intégrer toutes les filières de l’écosystème du tourisme. L’idée, ne pas rester dans l’entre-soi mais rallier aussi les professionnels, les habitants, les clubs pros, l’ensemble des personnes susceptibles d’aider à définir une gouvernance partagée. L’échelle qui sera définie vise donc à fédérer toutes ces énergies en menant un travail d’animation auprès de tous les réseaux afin d’être le plus efficace possible. Un travail est déjà en cours avec les quatre Contrats de Destination du territoire (littoral, Pyrénées, Massif Central et Canal du Midi) impliquant des problématiques bien particulières à chaque fois. Dominique Thillet : « Sur le canal du Midi, qui est devenu une marque mondiale, on va s’adresser autant au joggeur toulousain, à l’Américain qui a loué une péniche pour la semaine qu’au cycliste qui rallie Bézier à vélo. » Trouver une gouvernance adaptée va donc être primordiale pour la région, avec des outils de mesure adaptés afin de maitriser l’activité touristique, la rendre durable, et échapper au diktat des nuitées à multiplier qui peut ensuite se payer très cher. En outre, comme le souligne Dominique Thillet, il y a d’un côté la gouvernance qui concerne l’accueil et l’identité d’un territoire touristique mais aussi, en regard, celle qui vise à accompagner l’ensemble des acteurs pour mettre en place des politiques touristiques plus locales. Et ce, alors que  la réalité client n’est pas toujours la même en fonction du contexte et du moment : « Les profils des clients qui viennent nous voir sont de plus en plus flous et confus. Une personne recherche parfois le farniente, une autre fois des vacances plus sportives. »

Difficultés et enjeux autour de la gouvernance

Mettre en place une gouvernance efficace n’est donc pas si simple que cela, avec une multiplicité de facteurs à prendre en compte pour entrainer tout l’écosystème du territoire dans un projet bien défini. En premier lieu, comme le souligne Éric Charlei Adamkiewicz, il est fondamental de s’intéresser à ce que veulent les visiteurs, le pourquoi de leur venu. Or, en France, la donnée fine manque souvent sur les clientèles. Éric Charlei Adamkiewicz : « On nous fournit souvent des chiffres sur le nombre de nuitées, le volume de clients, mais on n’a pas une connaissance réelle de ces derniers, pourquoi ils viennent. On vit sur des représentations qui ne nous amènent pas à construire des projets communs. » Les outils évoluent toutefois et permettent d’affiner de mieux en mieux les représentations. En outre, se mettre autour de la table c’est accepter les nuisances autant que les profits. Le projet d’implanter une déchetterie, cité par Dominique Thillet, ne doit pas être la patate chaude que chaque commune se repasse. L’arsenal statutaire et juridique est également un élément important à prendre en compte. Dominique Thillet : « Au niveau du CRTL, on réfléchit à un statut coopératif plutôt qu’associatif, mais ce qui compte avant tout, c’est la manière dont on va travailler ensemble. Ce que l’on veut, ce que l’on va faire, avoir un objectif clair et une méthode définie. » Sur la question de l’échelle, toujours prégnante, Guillaume Dalery rappelle également l’importance de réfléchir à un échelon qui peut être complémentaire aux autres. « Au sein de la Fédération thermale Occitanie, nous avons décidé de voir l’Occitanie comme une destination thermale à part entière riche de ses 28 stations. Nous avons donc mis en place une gouvernance à l’échelle régionale, complémentaire de ce que font chacune des stations. » Une autre difficulté, soulignée par Éric Charlei Adamkiewicz, est la relation entre des personnes qui peuvent avoir différentes casquettes, à la fois élus mais aussi acteurs du territoire. Autres écueils classiques enfin, les difficultés techniques qui peuvent survenir, les déficits de réseau dans certains territoires, les résistances ici et là, les égos des uns et des autres, faisant parfois de la gouvernance un réel parcours du combattant…

Sixième édition des « Têtes chercheuses d’Occitanie »

En guise de conclusion

Si l’importance de mettre en place des gouvernances ouvertes et bienveillantes ne fait plus débat dans le monde du tourisme, il faut avoir bien à l’esprit qu’il y a là un chantier considérable, un travail de fond visant à prendre en compte toutes les dimensions de la réalité touristique locale. En outre, chacun étant tour à tour le touriste de l’autre, les avis et les casquettes semblent valser dans un tour de danse souvent difficile à catalyser, mais avec une richesse de vues et d’expériences qu’il ne faut pas non plus bouder. A l’heure du durable, s’ajoute aussi l’idée d’imaginer des séjours plus vertueux, autant de couches de complexité à prendre en compte, quand le décalage entre le discours et la réalité reste parfois réel. Ce dernier webinaire aura en tout cas permis de dégager de nombreuses lignes de force, la question de l’échelle, où situer le niveau de gouvernance, la question des thématiques et objectifs bien sûr, mais aussi, le statut d’une activité touristique, alors vu sous l’unique prisme de la croissance, et aujourd’hui pris en étau entre une crise climatique qui la pointe du doigt et le besoin de poursuivre son rôle central d’animation de territoire. Evidemment, de nombreux sujets restent sur la table, Éric Charlei Adamkiewicz a pointé pour conclure tout ce qui reste à faire quant à l’accès aux sites touristiques, quand de plus en plus de lignes de train sont supprimées. « La question de l’accès est fondamentale. Les clients n’ont pas forcément de voitures électriques, il faut imaginer comment faire venir les touristes. » Guillaume Dalery a quant à lui souhaité conclure en se posant en ardent défenseur de l’échelle régionale pour les référencements « tourisme ». « Je suis un fervent défenseur de la décentralisation au niveau des régions pour les classements des offices de tourisme, des stations de tourisme, une gestion à l’échelle de la région permettrait de revoir tous ces critères. » Une matière riche et abondante pour des chantiers futurs certes sujets à débats, mais toujours passionnants !

——— A noter ——————-

Une journée de conclusion des Têtes Chercheuses avec une table ronde rassemblant de nombreux acteurs du CRTL Occitanie aura lieu le 21 octobre et pourra être suivie en visio .

  • A suivre aussi les Convergences d’Occitanie qui auront lieu les 9 et 10 novembre à la Grande Motte.

Sixième édition des « Têtes chercheuses d’Occitanie » : La gouvernance du tourisme pour un tourisme en transition | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Geneviève Clastres
Auteur et journaliste indépendante spécialisée sur le tourisme durable et le monde chinois, Geneviève Clastres est également interprète et représentante de l'artiste chinois Li Kunwu. Collaborations régulières : Voyageons-Autrement.com, Monde Diplomatique, Guide vert Michelin, TV5Monde, etc. Dernier ouvrage "Dix ans de tourisme durable". Conférences et cours réguliers sur le tourisme durable pour de nombreuses universités et écoles.
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