#TourismeDurable

Le Japon sans avion avec Nicolas Breton

| Publié le 24 octobre 2026
Thèmatique :  Conseils   Itinérance   Monde   Portrait   Routes du Monde 
           

Il en rêvait, il en parlait, il l’a fait. Et voilà Nicolas Breton de retour de son impressionnant périple : 46 jours pour y aller, 58 jours sur place, 33 jours pour le retour ; sept pays traversés, 29 600 km parcourus. Des escales en Chine, en Mongolie, en Russie… Un voyage qui forcément enrichit et transforme. On aurait mille questions à poser à Nicolas mais déjà…

Dans le train entre la Mongolie et la Chine©NicolasBreton

VA/ Le Japon sans avion, c’est un défi, un rêve ou un engagement ?

Un peu des trois… Cela fait des années que je rêve de visiter le Japon. Mais j’avais envie de concilier cette envie avec mes convictions écologiques. Alors que je privilégie désormais le train pour voyager en Europe, je me suis posé une question un peu folle : et si je poussais le bouchon un peu plus loin ? Et si je partais en train, en bus et en bateau jusqu’au Japon ?

Et puis je travaille depuis plus de 10 ans sur les questions de tourisme durable et de mobilité bas carbone. Alors j’avais envie de vivre concrètement ce que représente un trajet aussi lointain sans avion : ses contraintes, son coût, sa logistique… et ce que cela change dans notre rapport au voyage.

Et c’était aussi un défi ! Depuis plusieurs années, je cherchais à vivre une grande aventure. Cette contrainte devenait donc une opportunité pour vivre cette aventure dont je rêvais. Je voulais montrer que d’autres façons de partir loin existent, pour celles et ceux qui en ont le temps et la possibilité. Enfin, je voulais aussi témoigner qu’il est possible de réenchanter le voyage grâce à la contrainte écologique, qui n’est pas forcément une limite, mais peut devenir un moteur d’aventure, de joie et d’intensité.

VA/ J’imagine que vous avez noté tous les moyens de transport pris pour rejoindre l’Empire du Soleil Levant ?

Oui, à l’aller, je suis passé par l’Allemagne, la Pologne, la Lituanie, la Lettonie, la Russie jusqu’en Sibérie, la Mongolie (par Oulan-Bator), le nord-est de la Chine (par Pékin) et la Corée du Sud pour arriver au Japon. J’ai emprunté 12 trains, 3 bus et 2 ferries (le trajet le plus court a duré une heure et le plus long, le Transsibérien, 4 jours).

Au retour, je suis passé par les mêmes pays, mais j’ai emprunté un autre chemin. J’ai traversé la Chine d’est en ouest jusqu’au Xinjiang (nord-ouest de la Chine), puis l’extrême ouest de la Mongolie afin de rejoindre la Russie puis l’Europe. J’ai emprunté 14 trains, 4 bus, 2 ferries, 5 taxis collectifs et j’ai voyagé 3 jours en auto-stop.

Lac Baika©NicolasBreton

VA/ Au-delà de ces expériences, que vous a permis de vivre ce voyage sans avion ?

En seulement quatre mois et demi, le voyage par voie terrestre et maritime m’a permis de découvrir un condensé de lieux incroyables et mythiques : le lac Baïkal, le désert de Gobi, la Grande Muraille de Chine, la Cité interdite, le mont Fuji, Tokyo, les montagnes de l’Altaï, les steppes mongoles…  Des lieux que je n’aurais probablement jamais visités autrement. Si j’avais pris l’avion, j’aurais vécu un cinquième de ce que j’ai vécu. Cela m’a aussi permis de reconsidérer l’échelle géographique des territoires. Le monde est si vaste !

En quelques semaines, j’ai vu les paysages et les biotopes défiler : de la neige de Sibérie aux forêts humides du Japon, en passant par les déserts, les montagnes et les grandes mégalopoles. J’ai aussi pu vivre progressivement le décalage horaire, en traversant huit fuseaux horaires, et sentir les variations de température. J’ai enfin pu rencontrer de nombreuses personnes aux cultures très différentes et échanger avec elles pendant des heures dans les transports !

VA/ Parlez-nous de l’avant-voyage ? Beaucoup de préparation ou pas mal d’improvisation ?

J’ai pris cette décision deux mois avant le départ, en réalisant que ma situation professionnelle et personnelle me le permettait.  J’ai construit une ossature de voyage, plutôt qu’un planning au jour le jour. J’ai regardé l’ensemble des trajets, les transports, les prix… pour avoir une vision globale. Je connaissais ainsi les points de vigilance à prendre en compte et les trajets les plus complexes (par exemple, un transport qui n’opère qu’une fois par semaine).

Comme je souhaitais laisser la place aux imprévus, j’ai privilégié les informations essentielles afin de pouvoir rester flexible et modifier régulièrement mon ossature de voyage. J’ai par exemple réservé mes billets au fil du voyage. Sur les trajets que j’ai empruntés, il était souvent possible de trouver une place au dernier moment, et contrairement à la France, dans beaucoup de pays, les prix évoluent peu selon la date de réservation.

Pour l’aller, j’ai d’ailleurs dû modifier mon trajet en cours de route. Mon plan initial était de prendre le Transsibérien jusqu’à Vladivostok, afin de monter dans un bateau pour la Corée du Sud puis dans un autre pour le Japon. Lorsque j’étais en Lituanie, j’ai envoyé un e-mail à la compagnie maritime pour réserver mon billet, et la compagnie m’a informé que le bateau était en maintenance pendant 3 semaines. J’ai donc dû changer mes plans et passer par la Mongolie et la Chine. Le voyage ne peut se dissocier de l’imprévu…

Sur la Grande Muraille ©NicolasBreton

VA/ Quelles ressources ont été utiles pour préparer ce voyage ?

→ La communauté l’Alibi : une communauté de voyageurs bas carbone qui partagent leurs retours d’expérience et leurs conseils pratiques, et s’entraident à travers des forums, des guides pratiques, des tutos.

→ Rome2Rio : pour connaître et comparer, d’un point A à un point B, toutes les combinaisons de transport possibles et leur prix. On trouve même les sites internet pour réserver. Mais les informations ne sont pas toujours fiables, il est donc important de vérifier les informations directement sur les sites des transporteurs.

→ Greentripper – Act4Travel m’a permis de calculer les émissions de CO₂e de mon trajet selon le mode de transport utilisé.

Désert du Gobi©Nicolas Breton

VA / Votre coup de cœur au Japon ?

Yakushima, une île montagneuse et subtropicale, recouverte à 90 % de forêts, située au sud de Kyushu. Un proverbe dit qu’ici, il pleut 35 jours par mois. Cette humidité favorise une biodiversité exceptionnelle : la mousse est partout, elle recouvre le sol, les pierres et les arbres, on y trouve des cèdres millénaires (dont le Jōmon Sugi, le plus vieil arbre du Japon, estimé entre 2 170 et 7 200 ans) ainsi que des daims et des macaques. Cette nature foisonnante donne à Yakushima un côté mystique. L’île a d’ailleurs inspiré le réalisateur Hayao Miyazaki pour le film Princesse Mononoké. C’est la plus belle forêt que j’aie vue de ma vie, une forêt qui m’a d’ailleurs beaucoup ému. Et bien sûr la culture japonaise, si particulière, ainsi que l’amabilité et la gentillesse qui se dégagent des nombreuses personnes que j’ai rencontrées.

Au mont Kiso (Japon)©NicolasBreton

VA / Votre coup de cœur en Chine ?

Le Parc forestier national de Zhangjiajie. Plus de 3000 piliers de grès quartzique qui s’élèvent vers le ciel, une merveille ! Ces paysages rappellent ceux de la planète Pandora dans le film Avatar.

VA/ Quelles ont été les difficultés de ce voyage ?

La frontière russe. J’ai vécu un interrogatoire poussé de 2h30 avec fouille du téléphone… Cela ne m’enchantait pas de passer par la Russie, mais pour rejoindre le Japon par voie terrestre et maritime depuis l’Europe, il est aujourd’hui difficile de contourner la Russie. J’avais conscience qu’il existait un risque, que j’ai pris, car j’ai l’habitude de voyager et je sais faire attention. Certaines personnes qui voyagent sans avion jusqu’en Asie choisissent d’ailleurs de prendre un vol pour éviter la Russie.

De façon plus globale, le trajet était parfois inconfortable et fatigant. Parfois, je dormais mal, je mangeais mal (trouver des options végétariennes en chemin était un autre défi…), mes affaires étaient sales, je devais gérer beaucoup de logistique… Mais c’est aussi de l’inconfort que naissent l’aventure et l’émerveillement. Malgré cela, je n’ai pas rencontré de difficulté majeure. J’ai certes eu quelques petits moments de stress, mais le trajet a été étonnamment fluide.

Répartition de l’empreinte carbone à l’aller©Nicolas Breton

VA/ Qu’avez-vous retenu d’un tel voyage ?

Déjà, que voyager loin sans avion est encore possible, même dans le contexte géopolitique actuel. J’ai réalisé à quel point le monde est vaste ! Découvrir le Japon nécessite du temps, de la patience, et des heures de transport… J’ai redécouvert la notion d’espace-temps que l’aviation a gommée depuis un siècle. Je m’étais fait une montagne de ce trajet et j’imaginais de grosses galères. Pourtant, mis à part quelques moments de stress, le voyage a été étonnamment fluide et sécurisant.Malgré les conflits géopolitiques et les opinions divergentes, aller à la rencontre des autres permet de constater à quel point on peut être bien accueilli par des inconnus. Dans tous les pays traversés, je me suis senti en sécurité et je n’ai rencontré que des personnes bienveillantes.

VA/ Au final, quel est le poids carbone dépensé et le poids carbone évité ?

En me basant sur l’outil Act4Travel Scanner, créé par Greentripper, mon empreinte carbone liée aux transports a été de 354 kg de CO2e à l’aller et de 572 kg de CO2e au retour (sans l’hébergement et la restauration), soit 926 kg de CO2e.  L’empreinte carbone d’un vol A/R Paris-Tokyo (en classe économique) est de 3,75 tonnes de CO2e avec une escale au Moyen-Orient, ou 2,75 tonnes de CO2e avec un vol direct. Même s’il est difficile de comparer ces 2 trajets, en prenant en compte uniquement le transport, l’empreinte carbone estimée de mon trajet est environ trois à quatre fois plus faible qu’en avion.  Mais je ne peux en aucun cas parler de voyage écologique. Si j’étais resté en France, mon empreinte aurait été bien moindre…

Répartition de l’empreinte carbone au retour©Nicolas Breton

VA / Voyager lentement, c’est accessible à tout le monde ou est-ce finalement un luxe ?

Ce n’est pas donné à tout le monde, car peu de personnes sur cette planète ont la possibilité de traverser autant de pays avec leur passeport… Je suis conscient de mon privilège d’être français.  Il faut du temps. Ma situation professionnelle et personnelle me le permettait. Le télétravail a rendu ce projet possible. Financièrement, les transports m’ont coûté 2 000 € pour l’aller et le retour, même si la différence n’est pas excessive par rapport à l’avion, il faut bien sûr avoir cette possibilité. En tant qu’homme, je suis conscient de ne pas rencontrer les mêmes risques qu’une femme voyageant seule, mais je connais plusieurs femmes qui ont aussi tenté cette aventure seules.  En tout cas, il n’y a pas besoin d’être un grand voyageur. Par contre, cela demande de l’organisation et il faut aimer l’aventure, avec son lot de péripéties et d’inconnu.

Sur le ferry entre Chine et Corée du Sud ©NicolasBreton

VA/ Après 29 600 kilomètres et 4 mois et demi de voyage, quel objet vous a sauvé la mise ?

Mon passeport, qui me permet de traverser chaque pays sans encombre.

VA/ Avant le Japon, Nicolas c’était Viatao, et après ?

En effet, j’ai travaillé pendant 8 ans (en tant que responsable développement puis directeur) chez Viatao, maison d’édition qui publie les Guides Tao, des guides de voyage spécialisés dans le tourisme durable. Et aujourd’hui, j’ai décidé de me consacrer à de nouveaux projets.  Je continue bien sûr à m’impliquer dans le tourisme durable, notamment pour tenter de réinventer nos imaginaires de voyage. Ce voyage au Japon et mes convictions m’ont poussé à développer plusieurs activités pour partager, inspirer et accompagner autour du voyage au long cours par voie terrestre et maritime.

→ J’accompagne et je conseille les voyageurs qui souhaitent rejoindre l’Asie sans avion… ou en partie sans avion, dans la préparation de leur voyage. Je propose différents niveaux d’accompagnement : du conseil jusqu’à la réalisation d’un roadbook personnalisé. www.voyagesansavion.fr

→  Je propose mes services aux professionnels qui travaillent sur des projets de voyage sans avion : analyse d’itinéraires, recherche de possibilités de transport, retours d’expérience, points de vigilance…

→  J’interviens via des conférences ou rencontres pour partager le récit de ce périple, échanger sur le voyage au long cours par voie terrestre et maritime et questionner nos façons de voyager.

→  J’ai pour projet de réaliser un documentaire autour de ce voyage. Affaire à suivre…

→  Et je continue à documenter mon aventure et mes activités sur Instagram : @nico.autrement

Je reste bien sûr disponible pour échanger avec les professionnels intéressés par des projets de voyage sans avion.

VA/ Une dernière chose, un enseignement, une sagesse, une note d’espoir…. pour tous les voyageurs que nous sommes.

L’écologie peut devenir le point de départ de nouvelles expériences de voyage ! Plus qu’une limite, elle peut nous ouvrir à d’autres possibilités. En sortant petit à petit de nos anciens schémas et de nos imaginaires de voyage, en renonçant à la facilité, nous pouvons réinventer notre façon de voyager. La contrainte écologique peut alors devenir une source de désir, d’aventure et d’intensité ! Et si cette contrainte devenait aussi une occasion d’imaginer et de créer de nouvelles offres de voyage ?

Mont Fuji©NicolasBreton
Mont Kiso ©NicolasBreton

Le Japon sans avion avec Nicolas Breton | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Geneviève Clastres
Auteur et journaliste indépendante spécialisée sur le tourisme durable et le monde chinois, Geneviève Clastres est également interprète et représentante de l'artiste chinois Li Kunwu. Collaborations régulières : Radio France, Voyageons-Autrement.com, Monde Diplomatique, Guide vert Michelin, TV5Monde, etc. Dernier ouvrage "Dix ans de tourisme durable". Conférences et cours réguliers sur le tourisme durable pour de nombreuses universités et écoles.
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