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A Montpellier, la plage du « Petit Travers » est devenue un cas d’école dans la gestion d’un littoral surfréquenté !

| Publié le 18 octobre 2022 • Mis à jour le 21 octobre 2022 à 11h37
         

A l’heure où les plages reculent, où le littoral s’essouffle et où certains sites surfréquentés nuisent à l’ensemble de la chaine du vivant, l’exemple de la gestion du Petit Travers, cordon littoral sableux de 2 km long situé entre Carnon et la Grande Motte, aussi connu comme la plage des Montpelliérains, vient donner un zest d’espoir et montrer qu’il est possible de « renaturer » des sites mal en points. Il faut dire que pendant près de 15 ans, un projet pilote (Adapto) démarré dans les années 2000 a permis de mettre en lien des acteurs aussi divers que le Conservatoire du littoral, l’État, les élus locaux, les Services des collectivités territoriales, les usagers et riverains grâce à un formidable travail de médiation. Sept ans après l’achèvement de la dernière phase du projet, le résultat est là, avec notamment la destruction puis la renaturation d’une départementale, la création d’une voie verte, d’un parking, mais aussi des accès pensés pour tout type de publics.

D’une terre sauvage à une terre domptée

Il fut un temps où la langue de terre appelée lido située entre Carnon et Montpellier n’était qu’une zone de marais plantée de vignes et hantée par les moustiques, une terre sauvage séparant l’étang de l’Or de la mer Méditerranée étendant ses 60 hectares au grès des sables et des vents. Cela, c’était avant la Mission Racine, qui, dans les années 1960, a pour mission de construire en vingt ans des stations balnéaires (500 000 lits !) pour capter la clientèle du nord en route vers l’Espagne. Six  « unités touristiques » sont planifiées sur le littoral du sud-ouest dont La Grande Motte. L’ensemble de la côte est démoustiqué, urbanisé, mise en tourisme. La zone du lido (plage du Petit Travers) est alors traversée par la départementale 59 (RD59) mis en service en 1954 afin de désenclaver Le Grau-du-Roi et Aigues-Mortes, un axe routier de 2 kilomètres auquel s’ajoute 18 kilomètres de cheminements sauvages et d’accès à la mer anarchique qui vont, au fil des ans, à force de surfréquentation et de voitures garées un peu partout sur les dunes (jusqu’à 2000 véhicules/jours stationnés en saison !), essouffler cette langue de terre. Dégradation de la végétation, piétinement, pollution de la dune (grise), recul de la biodiversité, dérive du littoral, à l’aube des années 2000, le Petit Travers est clairement mal en point.

Récit d’un littoral renaturé

Conscient des risques de submersion et d’érosion que ces effets pervers liés à la surfréquentation de la plage font peser sur le site, le Conservatoire du littoral, propriétaire à 90% du secteur du Petit Travers, engage alors une réflexion au côté des pouvoirs publics pour la revitalisation de cet espace naturel. Il faut préciser que les années 2000 correspondent à un tournant dans l’appréhension du littoral. Face à la gestion dure du trait de côte, à la multiplication des digues en enrochement, des réflexions s’engagent pour une approche plus souple, intégrant le changement climatique et l’ensemble des parties prenantes aux débats. Et c’est ainsi qu’à l’issu de nombreuses concertations, une première phase de travaux (2008) permet de réensabler la plage suivie, dès 2009, par la mise en sens unique de la RD59 qui sera peu à peu déplacée, reculée, puis supprimées (2014) et renaturée. La voiture n’est toutefois pas totalement supprimée puisqu’une autre route se situe à 300m avec un accès canalisé vers un parking de 1000 places spécialement créé pour accueillir les visiteurs, un parking comptant différents services (toilettes sèches, containers, poubelles) afin d’éviter que la plage en soit à nouveau souillée. « L’idée était vraiment de penser des aménagements pour accueillir le public, pas de faire de l’écologie punitive. » Enfin, pour proposer d’autres d’accès alternatifs, une voie verte est créée, ainsi que de nouveaux cheminements piétons, avec également la mise en service de plusieurs navettes.

Médiation, gouvernance et compromis

Conservatoire du littoral, État, élus locaux, Services des collectivités territoriales, usagers, riverains, obtenir un tel résultat n’aurait toutefois pas été possible sans concertation, médiation et compromis. Ainsi, parmi les nombreux débats qui ont émaillé les différentes étapes du projet, l’idée de faire payer (ou pas) l’entrée du parking a été l’objet de nombreux échanges. Le médiateur : « Lors d’une réunion publique, le président du Département se fait « coincer » par une question : « Le stationnement va-t-il devenir payant ? » En répondant oui, il commet une erreur tactique et fait exploser la situation. » Finalement, le stationnement restera gratuit avec pour enjeux de garder l’accès de cette plage à tous et pour tous, une gratuité fondamentale pour le Conservatoire du littoral « Notre objectif est que le parking reste libre et gratuit  tant que cela peut être. On n’est pas là pour faire du chiffre. »

En revanche, le représentant du Conservatoire du littoral aurait souhaité que la nature reprenne plus vite ses droits sur cette longue bande de sable et de béton dédiée aux voitures, que le parking soit plus vite « renaturé » avec également plus de pédagogie dédiée sur le site : « Mon regret a été le refus de la construction de la maison du site. On aurait bénéficié d’un point haut pour découvrir le paysage en panoramique et faciliter la compréhension du fonctionnement du lieu. » Quant aux riverains et usagers de la plage, les résistances, fortes dès le départ – « Vous voulez aménager notre plage naturelle ? » – se sont surtout centrés ensuite sur le manque de consultation. « La place des usages dans de tels processus passe par la démocratie participative. Une catastrophe se prépare si les élu(e)s continuent à maintenir une telle distance avec les citoyens. » Le projet a toutefois été accepté et reconnu réussi par l’ensemble des parties prenantes, avec un cout réel à assumer néanmoins pour les collectivités locales et l’Etat : 250 000 € de frais de gestion par an pour l’ entretien du site et 400 000 € pour le nettoyage de la plage.

Gestion du littoral

Aujourd’hui et demain

En 2015, les derniers travaux ont été finalisés. Cinq rampes ont été installées, autant d’accès pour les personnes à mobilité réduite, rampes que la nature a malheureusement mis à mal d’un coup de tempête dès l’année suivante, et ces interrogations techniques liées à la difficulté d’un terrain complexe au moment où le département s’engage pour une « mer ouverte à tous ». Un élu : « Il faut tout réinstaller chaque année et ce n’est pas toujours facile à gérer. ». Mais dans l’ensemble, les résultats sont probants avec des cheminements canalisés, neuf accès à la plage, 3 km maitrisés au lieu de 18 km, la reconstitution des dunes, leur végétalisation, la création de marais, de zones humides. « De nombreuses espèces sont revenues, des amphibiens tel le pélobate cultripède. Aujourd’hui, avec sept ans de recul, on s’interroge sur comment relancer une phase 2, on réfléchit à plus long terme sur le devenir de ce site. »

Il faut dire que Le Petit Travers perd deux à trois mètres de plage chaque année, les concessions se sont réduites. Certes, il y a bien ces épis de rochers pour tenter de maintenir le sable mais cela ne suffit plus, des flèches d’érosion se forment et d’autres problèmes surviennent. Pas simple en outre de gérer l’épuisement d’un site dont l’impact sera criant dans vingt-cinq ou trente ans quand les politiques publiques sont souvent à court terme, courent après  les phénomènes. Le Conservatoire du littoral : « Nous sommes aussi là pour dire non, pour porter les mauvaises nouvelles, ce qui est plus compliqué pour les élus. Il est par exemple évident que 1000 places de stationnement cela ne suffit pas en saison, mais c’est aussi une façon de réguler la fréquentation, de garder l’esprit des lieux. » Et puis, il y a les navettes, les pistes cyclables, les bus… qui accompagnent  cette transition, même si la question de la voiture reste l’un des points névralgiques qui continue à soulever des oppositions.

Initié par le Conservatoire du littoral, la renaturation du Petit Travers reste toutefois l’un des dix projets pilote les plus aboutis du dispositif Adapto visant à  « explorer sur les territoires littoraux naturels, des solutions face à l’érosion et à la submersion marine dans un contexte d’accentuation du changement climatique » – La feuille de route a été ici totalement remplie. Une expérience vertueuse de co-construction qui pourra en inspirer d’autres au moment où les tensions sur le littoral ne cessent de s’accroitre.

———- Pour aller plus loin ————–

Cet article a été inspiré par le passionnant Eductour centré sur la Gestion du littoral du Petit Travers organisé par les Universités du Tourisme durable et le Comité Régional du Tourisme et des Loisirs d’Occitanie.

Programme | Universités du Tourisme Durable (universites-tourisme-durable.org)

Pour aller plus loin, le Conservatoire du Littoral a édité un document très bien fait qui raconte l’ensemble du projet : « Récit d’un littoral renaturé  – Le Petit Travers » – Créé, rédigé et coordonné par Béatrice Le Moël. (pieds-nus.fr)

Petit Travers
Vu de haut ©GC d’après EnHaut !

A Montpellier, la plage du « Petit Travers » est devenue un cas d’école dans la gestion d’un littoral surfréquenté ! | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Geneviève Clastres
Auteur et journaliste indépendante spécialisée sur le tourisme durable et le monde chinois, Geneviève Clastres est également interprète et représentante de l'artiste chinois Li Kunwu. Collaborations régulières : Voyageons-Autrement.com, Monde Diplomatique, Guide vert Michelin, TV5Monde, etc. Dernier ouvrage "Dix ans de tourisme durable". Conférences et cours réguliers sur le tourisme durable pour de nombreuses universités et écoles.
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