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Nouvelle-Calédonie : cap sur le tourisme durable !

Après des décennies durant lesquels l’exploitation facile du nickel a freiné l’essor du tourisme, la Nouvelle-Calédonie semble bel et bien engagée sur la voie d’un développement touristique durable et solidaire, ainsi que nous l’explique l’enfant du pays, Jean-Marc Mocellin, revenu prendre les commandes de Nouvelle-Calédonie Tourisme à cette (belle) occasion. Rencontre…

l'équipe Nouvelle Calédonie tourisme

Jean-Marc Mocellin entouré de l’équipe de NCT

VA : Pouvez-vous vous présenter en deux mots et faire un petit point sur le tourisme en Nouvelle-Calédonie ?

Jean-Marc Mocellin : Je suis un Calédonien qui après une carrière dans l’hôtellerie de luxe sur 4 continents a décidé de rentrer au pays pour s’y consacrer au développement touristique local. Pour la première fois en effet dans l’histoire de la Nouvelle-Calédonie, les planètes sont alignées de telle sorte que l’on peut envisager d’engager une action sérieuse. Des décennies durant, l’exploitation du nickel, richesse bien plus accessible et facile que le tourisme, primait en tout. Mais l’heure de la relève est enfin venue, le bon côté des choses étant que ces nombreux retards à l’allumage ont permis à l’archipel de rester préservé.

VA : Comment se présentait le tourisme néo-calédonien jusqu’à aujourd’hui ?

JMM : Une grande partie a longtemps été affinitaire, lié aux visites des familles de personnes travaillant en Nouvelle-Calédonie. Mais depuis quelques années les choses bougent. Tandis que ce tourisme affinitaire recule (- 22 % en 2016), les croisières explosent. Nouméa est devenu la seconde destination française de croisière derrière Marseille, recevant par exemple 4 fois plus de croisiéristes que la Polynésie. Et puis la stratégie digitale mise en place ces dernières années commence à payer. Alors que notre destination stagnait continuellement autour de 100 000 visiteurs par an, ils ont été plus de 136 000 en 2016. 30 % de Français, 25 % d’Australiens comme de Japonais, 10 % de Néozélandais… ces trois dernières nations étant en augmentation constante. Pour cela, il a fallu nous faire connaître et organiser d’autant plus de voyages de presse (on reçoit plus de 500 invités par an !) que nous sommes vraiment un marché de niche : plongeurs, golfeurs, randonneurs, lune de miel, grands rendez-vous sportifs, une clientèle très morcelée donc…

VA : Avec des particularités bien calédoniennes…

JMM : L’archipel est en effet composé de trois provinces : le Nord, le Sud et les Iles. Or, depuis les accords de Matignon, les compétences de chaque province sont très larges, particulièrement en termes de développement économique dont fait partie le tourisme, et chaque territoire mène ses propres politiques. C’est pourquoi une de mes missions principales est précisément de rassembler tous les acteurs de l’archipel autour d’une promotion internationale commune, unique. Une démarche engagée depuis trois ou quatre ans à travers des « contrats de destination » où les principaux acteurs se sont mis à œuvrer ensemble pour augmenter la fréquentation touristique de marchés spécifiques : gouvernement, provinces, compagnies aériennes, hôtels, réceptifs, prestataires se sont engagés à bloquer des sièges, des chambres, proposer des gratuités ou des réductions importantes pour tous nos invités (et il y en a, on l’a vu). Avec les résultats évoqués : une augmentation immédiate sur les marchés travaillés (Japon, Australie, etc.). Ce qui fait que nous nous tournons à présent vers la Chine.

VA : Quels sont les atouts majeurs de la destination ?

JMM : Ils peuvent être résumés dans le mot « diversité ». Diversité des régions d’abord : paysages et tribus mélanésiennes à l’Est, côte Ouest des broussards, nos cow-boys locaux, montagnes au centre, îles sublimes et puis le plus grand lagon du monde, le grand sud étant encore différent, désertique, un peu à la manière du désert rouge d’Ayers Rock en Australie. Même chose pour les populations : en dehors même des cultures mélanésiennes et broussarde de l’île, vous avez de fortes communautés polynésienne et asiatique présentes. Quant aux activités, vous jouissez avec l’océan d’un terrain de jeu fabuleux : kitesurf, windsurf, voile, plongée… et puis tout le plein air : des randonnées extras, des cultures à découvrir. Chaque marché nous permettant de valoriser telle ou telle facette, les Français étant très attiré par la culture mélanésienne, les Australiens par le french Art de Vivre, les Japonais par le balnéaire paradisiaque propice aux lunes de miel, etc. Un des grands atouts étant, comme je le disais, que l’île est souvent restée intacte, d’autant plus que j’ai rarement vu un territoire aussi concerné par la préservation de son environnement : cela passe à travers de nombreuses mesures protectrices, mais aussi tout simplement par le fait que les Calédoniens sont très conscients de vivre dans un endroit privilégié et qu’ils se sentent concernés depuis toujours par sa protection.

VA : Quels sont les grands axes de votre politique touristique, les acquis, puis les engagements et challenges actuels ?

JMM : Depuis 2 ans, on assiste en Nouvelle-Calédonie à une prise de conscience forte dans la population. La crise du nickel devenant de plus en plus tangible, la nécessité de développer le tourisme a fini par devenir une évidence pour tous. En 2016, donc, 500 acteurs publics et privés du secteur ont été consultés autour des Ateliers du Tourisme pour identifier les problématiques et les pistes de développement. Il en est ressorti une vision commune et une stratégie « pays » portées par un organisme fédérateur dont le statut sera bientôt défini. C’est pour relever ce grand challenge collectif que je suis rentré, sachant, par exemple, qu’il faudra unifier les 3 référencements hôteliers différents qui existent… Parallèlement, nous renforcerons nos actions plus classiques : travailler notre notoriété, démarcher les différents marchés, etc.

VA : Que peut apporter la NC aux gens en recherche d’un voyage différent ?

JMM : La promesse d’un périple plein de changements d’atmosphères. Ils auront l’impression d’avoir visité plusieurs pays en un. Et puis il y a la nature, ce formidable lagon (inscrit au Patrimoine Mondial de l’UNESCO) hébergeant plus de 20 000 espèces marines différentes, une faune riche et quelques 2250 espèces de plantes endémiques. Mais pour découvrir ces milieux préservés, l’humain sera toujours au cœur de l’expérience. L’hébergement chez l’habitant dans une des tribus vivant toujours en communauté sur ses terres et y pratiquant ses coutumes forge des souvenirs inoubliables. Idem chez les broussards où l’on rentre encore le bétail au fouet, où le cheval est roi et les parties de chasse aux cerfs de vraies expéditions, sans parler des amateurs de pêche… le tout devant simplement être un peu professionnalisé, puisqu’essentiellement utilisé pour l’heure par les habitants de l’île.

VA : Qu’est-ce qui, dans le témoignage des voyageurs qui repartent, revient le plus souvent en matière d’émerveillement ?

JMM : Outre la rencontre avec les populations, les gens repartent vraiment avec le souvenir de sites naturels exceptionnels : les lagons paradisiaques, la célèbre île des pins et le non moins célèbre cœur de Voh que Yann Arthus Bertrand a fait connaître mondialement en le mettant en couverture de son grand livre, l’ile d’Ouvéa, etc. Et puis, dès que vous sortez des sentiers battus, l’expérience devient plus belle encore : qui peut oublier avoir navigué en kayak à travers la Forêt noyée sur la Rivière Bleue, de nuit, éclairé par la lune ?… La Nouvelle-Calédonie se prête merveilleusement à tout ce qui est aventure douce…

VA : Est-elle menacée par le changement climatique, la montée des eaux par exemple ?

JMM : Les dégâts peuvent paraître plus limités par rapport aux îles coralliennes ; en revanche, l’acidification globale des océans représente une vraie menace pour le corail, même si l’inscription au Patrimoine Mondial a entraîné la mise en place d’un comité de surveillance très concerné.

VA : La Nouvelle-Calédonie est-elle engagée sur le chemin d’un tourisme plus responsable et durable ?

JMM : Totalement. Un tourisme naturel, culturel et solidaire, respectueux de l’environnement et des populations. A l’image de ce que font la Nouvelle-Zélande, la Tasmanie ou le Costa Rica. La prise de conscience a eu lieu et l’archipel est engagé déjà dans l’encadrement des activités sensibles : approche des baleines, protection du lagon et de la forêt, la plupart des règles sont en place alors même que l’activité n’est pas considérable. Quant au tourisme solidaire, mettant en valeur les cultures locales, c’est un aspect essentiel en tant que vecteur de paix, de tolérance et de compréhension de l’Autre. Le tourisme dans les tribus favorise aujourd’hui l’intégration de populations connaissant par ailleurs l’exode rural. Dans ce cadre, il est nécessaire de tenir compte du droit coutumier, du mode de vie en communauté face aux exigences du droit français. C’est précisément le travail des Groupements de Droit Public Local qui sont mis en place dans ces circonstances pour contribuer à la juste intégration de chacun dans les projets. Cela a débouché sur la création entre autres du Domaine de Deva, dans le sud qui inclut hôtel 5*, golf international, parc protégé et randonnées fléchées tandis qu’à Lifou, la chefferie a entièrement pris en charge l’accueil des croisiéristes par la population locale. Une collaboration qui passe aussi par la valorisation respectueuse des coutumes locales et des fêtes traditionnelles.

VA : Vous personnellement, qu’est-ce qui vous touche le plus dans cette aventure ?

JMM : J’ai eu la chance considérable d’avoir un parcours professionnel qui m’a permis au cours de ces dernières décennies de découvrir en chemin divers exemples de développement touristique local comme aux iles Fidji qui ont développé ce secteur en respectant sa culture mélanésienne, ou à Tahiti qui sait mettre en exergue sa culture polynésienne. Fort de ces expériences, je rentre au pays à un moment propice, porteur d’un regard neuf et ouvert, très heureux de pouvoir apporter ma pierre à l’édifice pour mettre en avant cette terre magnifique, si attachante.

Coeur de Voh, Voyage en Nouvelle calédonie

 

 


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Par Jerome Bourgine
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