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Les points clés du témoignage de Marc Fonbaustier, sous-directeur chargé du centre de situation au MAEE.

| 22 novembre 2011 • Mis à jour le 22.11.2011 à 16h56
         

Témoignage sur l’état des lieux du tourisme au Sahel par Marc Fonbaustier, sous-directeur du centre de crise du MAEE, lors de la première table ronde de la journée « Destinations Solidaires » organisée par l’ATES.

Journée Sahel

Marc Fonbaustier - Table Ronde "Le tourisme au Sahel est-il condamné ?"@G.Clastres

Préambule

« Tout d’abord, je tiens à préciser que je suis touché par le tourisme solidaire, comme tout citoyen. On sent bien le souci d’aider les pays à décoller. En tant que diplomate, je suis sensible à la perception qu’on peut avoir parfois d’une apparente contradiction dans les politiques publiques, qui peuvent conduire, au Sahel en l’espèce, à réduire une présence sur le terrain, pour des raisons de sécurité et à renforcer ainsi l’insécurité en réduisant les coopérations et formes de solidarité pourtant susceptibles de soulager des populations fragiles.

Je vais parler en étant réceptif, ouvert. Il y a l’homme que je suis et la fonction que j’occupe. Ma mission d’Etat est notamment de gérer les fiches conseil aux voyageurs. Nous surveillons 189 pays. Pour cela, nous suivons une méthode rigoureuse, avec un réseau d’informations multiples et diversifiées qui reposent sur les ONG, les entreprises (au Sahel il y en a quelques unes), les services de l’Etat à Paris et déployés sur place.

Pourquoi le Sahel est aujourd’hui dangereux ?

La zone rouge signifie « formellement déconseillé », la zone orange : déconseillé sauf raisons impératives. Il y a eu huit enlèvements en un an et demi au Sahel. Tous ont été concentrés au Niger, mais il y a des possibilités d’occurrences dans les autres Etats sahéliens voire, au-delà des contours du Sahel entendu au sens strict. Notre travail est un travail de probabilités, de « probabilisme » : quand il y a un massacre en Norvège, vous comprendrez que l’on ne classe pas la  Norvège en rouge, car il s’agit d’un drame causé par un déséquilibré et non d’un acte commis par un réseau dormant, organisé. Au Sahel, il y a des risques élevés d’enlèvements, d’attentats, parce que des cellules terroristes actives, dormantes et des bandes armées y sont établies durablement et y circulent. Le caractère permanent et diffus de la menace, à un seuil significatif, singularise le Sahel actuellement, du point de vue qui nous occupe.

En outre, depuis le conflit libyen, beaucoup d’armements circulent dans cette zone, parmi lesquels des armes anti-aériennes qui se retrouvent aux mains de terroristes. Beaucoup d’ex- mercenaires de Kadhafi sont à présent sans ressources et circulent dans toute la zone. Les Etats font ce qu’ils peuvent. Malheureusement, ces Etats n’ont pas tous les moyens de contrôler les frontières. Il va falloir renforcer la coopération, sécuriser les aéroports. Depuis la crise libyenne, le risque Sahel est malheureusement plus élevé qu’avant. Notre rôle est  d’en prendre acte, même si nous sommes bien conscients des conséquences de nos recommandations pour le tissu socio-économique.

Des fiches en mouvements

Nos recommandations ne sont d’ailleurs pas figées. Les fiches de conseil aux voyageurs sur le Sahel ont tout de même été modifiées 61 fois depuis 2008. Elles sont donc évolutives. On espère pouvoir un jour les faire évoluer dans un sens favorable. Nous écoutons beaucoup les avis émanant de nos représentants sur place, de nos Ambassadeurs. En revanche, il est difficile d’affiner chaque région d’un même pays et de parvenir à une cartographie par sous-régions. Nous avons 189 pays à gérer. C’est probablement trop grossier, insuffisamment précis, mais nous entrerions alors dans une approche pointilliste absolument ingérable en temps réel.

Aucun pays ne s’est d’ailleurs engagé dans cette voie du « micro-management » de la cartographie. Le zonage actuel donne cependant des indications très claires. Ensuite, chacun est libre de faire ce qu’il veut, nous sommes en démocratie. Nos fiches n’ont aucune valeur impérative. Ce sont, comme leur nom l’indique, des conseils. Il revient ensuite à chacune et chacun de prendre des décisions responsables, en son âme et conscience, entre le niveau de risques et les enjeux. Nous voulons seulement éviter que nos compatriotes qui voyagent prennent des risques inconsidérés et mettent en jeu leur vie et leur liberté.

En off

En off, Marc Fonbaustier nous confirme combien il est préoccupé suite au choc libyen, qu’il qualifie de choc profond. « Il existe une menace asymétrique dans tout le Sahel. L’Aqmi n’est qu’un aspect de cette menace. C’est un bassin d’insécurité globale avec des réseaux multiformes, complexes et changeants. Aujourd’hui, les facteurs lourds ne sont pas favorables. »

 


Les points clés du témoignage de Marc Fonbaustier, sous-directeur chargé du centre de situation au MAEE. | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Geneviève Clastres
Journaliste indépendante, auteur, spécialiste de la Chine, de l'Asie, sinologue. Publications sur le tourisme équitable. Livres documentaire jeunesse sur l'Asie. Reportages divers.
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