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Et si vous alliez dormir dans un campement villageois en Casamance ?

Dans les années 1970, alors que le Club Med vient de s’installer au sud de la Casamance, à Cap Skirring, une expérimentation est menée pour installer des campements villageois à l’intérieur des terres. Objectif, sortir de l’imaginaire « Amours, Coquillages et Crustacés » versus « Les bronzés à la plage » pour s’intéresser réellement au pays et non à la bulle de soleil et d’eau salée, et faire en sorte que le tourisme mette en lien voyageurs et habitants locaux et favorisent des échanges source de développement local. Quelques cinquante ans plus tard, il est encore et toujours possible de séjourner au cœur des campements intégrés de Casamance. Agence pionnière de tourisme éthique et solidaire, Vision Ethique a ainsi intégré trois nuitées au cœur des campements dans son circuit sur place, l’occasion de s’immerger en terre diola et de mieux comprendre les enjeux de ces hébergements, avant-gardistes pour l’époque, mais qui ont besoin aujourd’hui de trouver un second souffle.

Casamance
Campement de Séléki©GClastres

Petite histoire des campements

Tout commence donc comme un pied-de-nez au Club Med de Cap Skirring dont l’activité touristique est principalement tournée vers la plage, la mer, le soleil, et oublie de regarder l’autre versant de la carte postale, les villages diola, les habitants locaux, mais aussi l’intérieur des terres et une vie rurale ignorée . Nous sommes au début des années 1970, un projet pilote va alors voir le jour qui vise à favoriser les échanges entre hôtes et voyageurs. Concrètement, ce qui était alors l’Agence pour la coopération culturelle et technique (Agence de la francophonie depuis 1995) charge Christian Saglio, jeune ethnologue et futur conseiller technique du ministre en charge du tourisme, d’élaborer un projet de « tourisme rural intégré » en terre diola en lien avec Adama Goudiaby. Les campements doivent être construits, gérés et exploités par les habitants, favorisant un tourisme de découverte et offrant un levier de développement local propre à freiner l’exode rural des jeunes vers les villes et notamment Dakar. Au fil des années, de nombreux campements voient le jour, regroupés en fédération et gérés par les représentants du village. Le tout premier sort de terre à Elinkine, en 1972, situé sur le fleuve Casamance à 1h30 du Cap Skirring. Le confort est modeste mais l’architecture traditionnelle et les possibilités d’échange avec les villageois trouvent vite leur public. En outre, les bénéfices reversés à la communauté permettent de financer des projets locaux, salles de classe, dispensaires, matériel agricole, etc. L’histoire du Sénégal n’est toutefois pas un long fleuve tranquille et dès la fin des années 80 puis tout au long des années 1990, la guerre d’indépendance qui a lieu en Casamance met un coup d’arrêt au développement touristique. La Casamance devient une « Zone rouge » sur la carte des « voyageurs » et ce n’est qu’au cours des années 2000, après plusieurs tentatives de médiation et des accords de paix, que l’activité touristique peut reprendre progressivement. Aujourd’hui, sur les 55 campements qui existaient à l’origine, une petite moitié sont à  nouveau actifs sous la houlette de la Fédération des Campements Villageois (FECAV).

Campement de Seleki©JérémieVaudaux

En visite sur le terrain

En ce mois de janvier 2024, nous sommes quelques journalistes françaises accompagnées par Caroline Debonnaire qui souhaite nous faire découvrir le  nouveau séjour qu’elle organise au cœur de la Casamance. Agence engagée et soucieuse d’intégrer des projets de développement solidaire à ses circuits, Vision Ethique favorise le lien entre hôtes et voyageurs. Caroline a prévu trois nuitées dans les campements intégrés, deux à Séléki et une à Emanaye, comme le précise clairement son  programme. «  Retour via la route de Ziguinchor et transfert pour Séléki pour une immersion dans la brousse casamançaise et la culture animiste. Installation au campement villageois construit en forme de case à impluvium. » Notre voyage de presse prévoit justement une nuitée à Séléki, l’occasion de découvrir ces cases à étages et à impluvium étonnantes d’ingéniosité (ces cases circulaires possède une tranchée d’eau centrale qui leur permet de rester fraiches par temps très chaud car l’eau s’évapore). Les chambres, construites de manière durables, sont répartie en cercle sous l’immense toit de chaume qui abrite la pièce commune ouverte en partie sur l’extérieur. C’est là que se prennent les repas, un véritable habitat communautaire qui favorise non seulement les rencontres avec les locaux mais aussi les liens entre les voyageurs.

Casamance
Campement de Enampore©GClastres

Le campement de Séléki comprend 5 employés et avoisine le campement d’Enampore, l’un des plus anciens. Nous rejoignons Célestin Manga, son gérant. « Notre campement respecte scrupuleusement l’architecture diola avec sa case à impluvium, comme dans les maisons villageoises. Pour le construire, le chef de village convoque tous les habitants. » Enampore abrite un bar restaurant et dix chambres double toutes munies de toilettes installées en 2020. Il compte trois employés, Célestin et deux cuisinières qui font aussi le ménage. Les recettes (la nuitée coute entre 7 à 8 €) reviennent au village, contrôlées par un comité de gestion, renouvelé tous les trois ans, qui se réunit une fois par mois. Grâce aux revenus du campement, plusieurs salles de classe ont pu être financées, et les chambres rénovées. « On peut réserver à l’avance ou venir à l’improviste, on vous reçoit si il y a de la place. »  Après Séléki, les voyageurs de Vision Ethique rejoignent le campement d’ Emanaye, une jolie case à étage plantée au milieu d’un jardin et des rizières qui offre un autre exemple de l’ingéniosité de l’architecture diolas. Nous n’aurons pas l’occasion de le découvrir lors de notre voyage mais nous visitons en revanche celui d’Elinkine, le tout premier à avoir été construit dans les années 1970…

Casamance
Campement d’Elinkine©GClastres

Un avenir incertain

Le campement d’Elinkine ne va pas bien et son gérant, Djibril Diatta, également vice-président de la Fédération des Campements Villageois (FECAV), nous apparait préoccupé : « Les campements ont été créés pour fournir des emplois aux jeunes et freiner l’exode rural mais actuellement, des Français, des Belges, des Espagnols créent des petits hôtels et autres gites, ne déclarent pas forcément leurs employés et nous font de la concurrence déloyale, c’est en train de tuer nos campements». Le Cap Skirring à nouveau, triste retour de l’épouvantail. Au-delà de la masse des touristes qui vont au Club Med (60 % quand même ! ; et une liaison aérienne en vol direct au départ de Paris qui bénéficie d’un accord privilégié avec le Club…), les autres se logent principalement dans des résidences et hôtels tenus par des étrangers. Un phénomène que Djibril Diatta a vu s’amplifier depuis dix ans. « On a créé un prototype pour taper du poing sur la table et faire face mais on a de plus en plus de mal à fonctionner. » De fait, le campement est vieillot, aurait besoin d’une bonne rénovation, et fonctionne à présent avec le tourisme local (scolaires et colonies de vacances). Il est pourtant bien placé, en bord de fleuve, à 1 heure de pirogue de Cap Skirring. Une proximité qui est peut-être aussi un handicap, tant la concurrence est rude dans la « ville des toubab ». A présent, Elinkine compte 15 chambres vendues 2 000 CFA par personnes, à peine trois euros la nuitée, un tarif plancher qui n’aide pas le campement à se redresser. « Parfois les campements ont des prix trop bas, ils n’équilibrent pas les comptes », soupire Djibril qui a beau être vice-président de la FECAV, dépend aussi des trois conseils (Conseil des sages, d’administration et de gestion) qui œuvrent pour les campements.

Casamance
Rivière Casamance à Elikine avec CarolineDebonnaire©GClastres

Toutefois, les difficultés d’Elinkine concerne plus largement de nombreux campements. Sur les 55 créés à l’origine, il n’en existe plus que la moitié, à peine. Certes, le conflit pour l’indépendance de la Casamance et l’arrêt brutal du tourisme pendant de nombreuses années n’ont pas aidé, mais les Diolas manquent aussi de personnels formés en tourisme et communication, ce qui empêche les campements de trouver un deuxième souffle face à la concurrence. Manque de personnels formés, difficulté à communiquer efficacement, implication de plus en plus faible des locaux qui perçoivent moins qu’avant l’intérêt de ces modèles, frilosité des jeunes qui ont peur de s’engager à  l’année sur une activité transitoire, modèle juridique d’un autre temps, il y aurait beaucoup à faire, d’autres produits à créer, à imaginer. Car la demande est là, développement de l’écotourisme, envie de circuits plus intégrés, balisés, découvertes à pied, à vélo. Les campements ont leur rôle à jouer pour continuer à valoriser et sauvegarder le patrimoine naturel, architectural et culturel de Casamance. Des agences comme Vision Ethique en ont bien perçu tout le potentiel et contribue à leur donner de la visibilité et des opportunités de travailler. Car il s’agit aussi de notre responsabilité et de notre choix de voyageur. Que souhaitons-nous découvrir ? La carte postale fantasmée ou les réalités locales de l’attachante terre diola….

Repas au campement de Seleki©DR
Sénégal
Campement d’Elinkine©GClastres

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L’équipe de Vision Ethique : Malik, Caroline et Alexis©GClastres

Et si vous alliez dormir dans un campement villageois en Casamance ? | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Geneviève Clastres
Auteur et journaliste indépendante spécialisée sur le tourisme durable et le monde chinois, Geneviève Clastres est également interprète et représentante de l'artiste chinois Li Kunwu. Collaborations régulières : Voyageons-Autrement.com, Monde Diplomatique, Guide vert Michelin, TV5Monde, etc. Dernier ouvrage "Dix ans de tourisme durable". Conférences et cours réguliers sur le tourisme durable pour de nombreuses universités et écoles.
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