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En quête de l’or blanc japonais – Carnet #2

| 24 avril 2018 • Mis à jour le 24.04.2018 à 6h09
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Voyager en janvier sur l’île d’Hokkaïdo située tout au nord du Japon, c’est naviguer dans un océan de neige pour notre plus grand bonheur en compagnie d’Iraitz et Amaya… Après être partis à la découverte du volcan Asahidake, c’est maintenant au tour des forêts du mont Tokachi de nous dévoiler leur mystère et leur grande beauté. Au-delà du ski incroyable et parfois surréaliste, c’est toute une atmosphère et culture fascinantes que nous entrevoyons lors de ce périple au Pays du Soleil Levant.

De véritables cathédrales de neige nous entourent.

Amaya expérimente pleinement ce qu’est l’or blanc japonais.

L’excursion vers le mont Asahidake aura été le seul jour où nous avons pu apercevoir le ciel bleu. Dès le lendemain, un épais brouillard et des nuages bas enveloppent l’île et une neige fine tombe quasiment en permanence.  Mais cela est finalement mieux comme ça: la qualité de la poudreuse est si légère qu’il vaut mieux qu’elle ne soit pas affectée par les rayons solaires, même par -15°…  Ces prochains jours, nous décidons d’aller explorer également en ski de randonnée les forêts du mont Tokachi. Le fait de rester au niveau du couvert forestier nous permettra de compenser l’absence de visibilité. Culminant à 2077 mètres d’altitude, cette montagne est constituée de plusieurs stratovolcans et dômes de lave imbriqués. Faisant partie de la chaîne de volcans du centre de l’île, sa dernière éruption date de 2004 et ses pentes sont couvertes de dômes de cendres et de cratères. Nous devons malheureusement nous imaginer ce paysage lunaire au-dessus de nous… Le mont Tokachi fait partie du parc national de Daisetsuzan et son nom signifie littéralement ‘la montagne des neiges.’ Après avoir traversé la plaine centrale d’Asahikawa, la route commence à s’élever et à serpenter au milieu de quantités impressionnantes de neige. De nombreux paravalanches retiennent des volumes titanesques. Au bout d’une quinzaine de kilomètres, nous atteignons la fin de la route. Un grand bâtiment tient lieu d’hôtel et évoque presque une ambiance à la Shining… La neige tombe à gros flocons et nous nous équipons: peaux sous les skis, allumage de l’ARVA… Nous entamons notre remontée dans la forêt, entourés de véritables cathédrales de neige. Une énergie forte se dégage de ces lieux.

Une rencontre fortuite avec un des animaux de la forêt.

Les esprits et mythes de la forêt occupent une place importante dans la culture japonaise. Ils sont essentiellement d’origine shintoïste. Le shinto -littéralement ‘la voie des dieux’- est un ensemble de croyances datant de l’histoire ancienne du Japon, qui mélange des éléments polythéistes et animistes. Il s’agit de la plus ancienne religion connue du Japon. Depuis des temps immémoriaux, les Japonais ont adoré les kamis, les esprits qui habitent ou représentent un lieu particulier ou incarnent des forces naturelles, comme le vent, les rivières, les montagnes, les forêts… Chaque fois qu’un nouveau village était fondé, un sanctuaire était érigé pour les esprits de cet endroit afin de les honorer et de s’assurer leur protection. La croyance en l’existence des kamis et le respect qu’on leur doit sont au centre du shinto. Nous croisons furtivement un renard dans les premiers virages en montant vers le mont Tokachi. Serait-ce un tanuki ou esprit de la forêt dans la mythologie japonaise? Leur pouvoir leur permettrait de changer de forme à volonté…

Des congères aux formes fantasmagoriques sculptées par le vent.

Iraitz se fait recouvrir de poudreuse dans la forêt.

Nous n’avons rencontré quasiment personne lors de notre premier jour de ski dans les forêts du mont Tokachi, ce qui conférait au lieu une ambiance encore plus magnétique… Pas de remontées mécaniques, ni de marquage ou système de secours: juste un grand hôtel au bout de la route. Il faut bien étudier le terrain et sa configuration à l’aide de cartes auparavant car pas question de se perdre dans -20°. On évolue à travers un paysage de bouleaux et de conifères aux allures fantasmagoriques… Ces derniers sont revêtus d’une épaisse couche de gel qui retient la neige: nous avons par moments l’impression de pénétrer dans des sanctuaires… Nous ressentons un profond mélange de respect et d’admiration. Une réelle émotion se dégage de ces lieux féériques. Les seuls sons qui parviennent à nos oreilles sont ceux du vent et du tassement de la neige sous nos peaux de phoque… La trace est physique à faire pour la personne en premier: un bon 50 centimètres de poudreuse de chaque côté. Nous décidons de faire des rotations relativement courtes et parfois en étoile ce qui nous permet d’avoir une orientation plus aisée. Avec le froid intense, les peaux finissent par coller de moins en moins bien… Les sensations à la descente sont difficilement descriptibles: nous avons la sensation de glisser dans un océan de coton. Dès que nous atteignons une certaine vitesse, un spray de neige se vaporise jusqu’à notre visage. Les mêmes sourires radieux, la même joie ressentie à la fin de chaque descente: la glisse sous sa forme la plus pure. A la fin d’une de ces journées passées sur les flancs du mont Tokachi, nous rencontrons un groupe de trois amis japonais qui nous invitent à partager un ramen dans un petit restaurant traditionnel. Assis en tailleur dans ce minuscule intérieur coquet, nous passons la soirée à échanger sur le ski, leur pays, le nôtre, nos souvenirs marquants en montagne… Et pour couronner le tout, la nourriture est tout simplement délicieuse. Le bonheur du partage en voyage.

On comprend facilement pourquoi les paysages hivernaux sur Hokkaïdo ont inspiré de nombreux artistes japonais.

Comme un parfait complément au ski, une autre expérience durant ce séjour aura été celle des onsen. Sources d’eau chaude géothermique très présentes sur Hokkaïdo du fait de la forte activité volcanique, on leur prête de nombreuses vertus thérapeutiques grâce aux minéraux que l’eau contient -soufre, fer, chlorure de sodium…- Ces bains sont considérés au Japon comme un moyen de purifier le corps et l’esprit. La nudité y est de rigueur et ces lieux de détente offrent également des possibilités d’hébergement et de restauration. Le bois et la pierre magnifient les constructions et il y a aussi des parties en extérieur. Quelle vision magique de contempler cette vapeur d’eau chaude s’échappant des bassins au milieu de toute cette neige… Le dernier jour du voyage, nous choisissons de faire une escapade à Asahikawa, la ville principale du centre de l’île. Nos corps sont fatigués: nous ressentons pleinement ces journées passées à randonner entre -15 et 20°. Mais nous avons également envie de sentir ce qu’est l’ambiance d’une ville japonaise, même si Asahikawa n’est certainement pas Tokyo. Nous passons quelques heures à flâner dans le centre de cette ville d’environ 350 000 habitants. Partout où le regard se pose, le dépaysement est là: les vitrines des magasins, les bâtiments, les gens… Mais aussi la musique dans la rue, omniprésente. Et toujours cette neige qui tombe encore et encore… Nous reprenons le soir l’avion vers Tokyo dans un épais brouillard et toujours sous la neige. Une fascinante expérience japonaise vient de se clore… Un dépaysement total sur tous les plans. Et un magnifique partage en compagnie d’Iraitz et Amaya. Arigato kozaimas!!!

Les jolis menus au restaurant…

Les rues du centre ville d’Asahikawa

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Par Vanessa Beucher
Photographe, journaliste & traductrice basée à la Grave dans le massif des Ecrins
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