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Sentinelles de la Nature !

| Publié le 20 juin 2022 • Mis à jour le 20 juin 2022 à 11h24
         

C’est parti d’une idée toute simple lancée par l’une des associations membre de FNE (France Nature Environnement*) : « Et si l’on demandait à chaque citoyen de devenir une Sentinelle de la Nature ? De nous signaler toutes les dégradations – ou au contraire, les initiatives positives – observées dans sa région ». FNE prenant le relais pour régler les problèmes soulevés. Et ça marche ! Petit bilan des courses avec Heremoana Puhetini (directeur du lien fédéral de FNE) quelques 10.000 signalements plus tard…

VA : Heremoana, merci de nous résumer en quelques mots ce qu’est l’opération Sentinelles de la Nature…

Heremoana Puhetini : Sentinelles de la Nature, c’est une application et un site internet qui permettent de localiser dans toute la France les atteintes à l’environnement ainsi que les initiatives positives. Une manière citoyenne et simple de participer à la transition écologique. Le projet étant coordonné par FNE, l’association historique de protection de la nature depuis maintenant 50 ans.

VA : Quand et comment est née cette initiative ?

HP : En 2016, un membre de l’une des associations membres de la FNE, basée en Auvergne-Rhône-Alpes, a fait le constat simple qu’à l’heure du numérique il ne devait pas être sorcier de pouvoir signaler sur une application les atteintes à l’environnement dont on était témoin. L’idée était d’autant plus séduisante qu’elle permettait de revisiter nos actions de manière plus moderne et participative. D’abord testé à l’échelon régional en Auvergne-Rhône-Alpes, les tenants du projet sont venus prêcher la bonne parole au niveau national et nous ont convaincus. Ce qui fait qu’en 2017, la FNE a pris le relais pour organiser le projet à plus large échelle. Il nous a ensuite fallu cinq ans pour parvenir à couvrir la métropole. C’est désormais chose faite et concernant les outre-mer, la Guyane nous a déjà rejoints. 

VA : Après 5 ans, quel bilan ?

HP : 5 ans après le lancement, la communauté des Sentinelles de la Nature compte déjà 18.000 membres ayant opérés environ 10.000 signalements, en grande majorité défavorables. Le cas le plus courant sont les « atteintes » à la biodiversité de toutes sortes qui représentent 50% des signalements. 40% sont liés aux déchets sauvages et les 10% restant à la santé publique et aux pollutions chimiques : l’utilisation de produits phytosanitaires dangereux à proximité d’une école par exemple. Concernant les initiatives favorables, nous sommes moins bien rodés. Car il est difficile de définir de manière utile ce qu’est une « initiative » favorable et même si l’on comptabilise plus de 500 actions fortes de ce côté, on se retrouve encore pour l’instant le plus souvent en présence d’actions ou campagnes lancées par des associations membres de FNE : ramassage ponctuel de déchets et mégots sur les plages, etc. Sachant qu’il est important de comprendre qu’il ne s’agit nullement d’une simple application de délation. Derrière chaque signalement toute une organisation se met en branle pour enquêter sur la nature de l’atteinte signalée et voir si elle est avérée, ou pas. Si tel est le cas, FNE prend contact avec les partis concernés : particulier, entreprise, communes… et engage des discutions pour régler le problème. 

VA : Aujourd’hui, les sentinelles veillent également sur les milieux aquatiques et sur le respect de l’obscurité (pollution lumineuse), non ?…

HP : Côté aquatique, nous y venons doucement. Une nouvelle fonctionnalité permettant de signaler si les cours d’eau courent bien comme il le faut ou s’ils sont entravés. Les sentinelles en profitant pour signaler s’ils paraissent pollués ou non. C’est pratiquement de la science participative. Tout en menant des opérations coup de poing ponctuelles, on fait beaucoup de sensibilisation sur le sujet, rappelant qu’il existe une réglementation et qu’elle doit être respectée. Côté pollution lumineuse indue en revanche, cela fait partie des actions que nous menons depuis fort longtemps et, de fait, avec les Sentinelles, les maraudes se sont multipliées, permettant de localiser tous les lieux où la réglementation lumineuse n’est pas respectée et nuit autant aux humains qu’à la nature. Le site des sentinelles permet désormais de localiser géographiquement et faire connaître ces zones hors-la-loi et, fait nouveau, nous menons de plus en plus de campagnes thématiques sur le sujet. Ce sont évidemment des cas d’exemple, maintenant, vous pouvez signaler tout type d’initiative et sur tous les champs environnementaux.

VA : Sur le site, il y a donc du négatif : les alertes, du positif : les initiatives et beaucoup plus d’actions réalisées encore. Comment cela s’explique-t-il ?

HP : Par le simple fait que chaque signalement va déclencher plusieurs actions. Qui vont régler le problème. Ou pas.

VA : De fait, l’exercice possède sûrement ses limites. Il ne doit pas suffire de signaler une atteinte pour qu’elle soit réglée… Quel pourcentage de problèmes sont bel et bien résolus. Et comment ?

HP : Dès que l’alerte est donnée, nous modérons, c’est-à-dire que nous commençons par analyser le problème, voire s’il ne s’agit pas d’une délation due à un problème de voisinage ou ce genre de choses. Si l’infraction est bien établie, nous demandons alors au lanceur d’alerte s’il souhaite s’occuper lui-même de tenter de résoudre l’affaire. Cela arrive parfois et nous lui fournissons alors toute l’information et les conseils sur la manière de s’y prendre. Nous l’accompagnons. Mais la plupart du temps, les gens ne souhaitent aller aussi loin et il nous revient de chercher nous-mêmes la solution. Nous identifions et prenons alors contact avec les auteurs de la dégradation. Au pire, si cet acteur refuse toute discussion, cela finit au contentieux, mais dans la plupart des cas, lorsque le « coupable » est clairement identifiable et identifié et qu’il s’agit d’une autorité locale ou d’un acteur économique, le litige se règle vite, parfois même dans la journée. Le plus difficile étant souvent de déterminer les « compétences » en jeu. Car s’il y a plusieurs acteurs engagés et que le problème est un tant soit peu entouré de flou, les différents acteurs vont se renvoyer la balle et la faute pour ne pas avoir à intervenir, à dépenser. Dans tous les cas, nous accompagnons chacun dans le dialogue, pour avancer.

En termes de bilan disons qu’aujourd’hui un tiers de tous les cas signalés depuis le début ont été complètement réglés, un tiers en est à la phase du dialogue et le dernier tiers regroupent ceux qui font totalement la sourde oreille. Sachant que pour des raisons décisionnelles assez logiques, c’est du côté des acteurs économiques que les choses vont le plus vite ; la décision ne dépendant souvent au final que d’une seule personne. C’en est au point que plusieurs acteurs de l’énergie discutent avec nous pour que nous géo-localisions et « surveillions » l’ensemble de leurs sites. Si les communes sont également très réactives, le temps nécessaire à la prise de décision comme les moyens ne sont pas les mêmes.

VA : Est-ce que la dimension « sensibilisation des acteurs du territoire » (voire  la peur d’être montré du doigt) fonctionne également. En 5 ans, avez-vous pu noter un début d’évolution de ce côté ?

HP : C’est difficile à dire car j’ai personnellement l’impression du contraire : qu’il y a de plus en plus de cas d’abus ! Bien entendu, le fait que de plus en plus de gens soient au courant et qu’il y ait de plus en plus de sentinelles qui dévoilent ce qui se passe joue : il y a d’évidence de plus en plus de mauvaises actions signalées et c’est peut-être dû à cette plus grande implication/transparence collective. Mais je vous assure que l’on ne voit pas le nombre de signalements diminuer ; au contraire !

VA : Sur quelles autres initiatives les sentinelles ont-elles débouchées depuis. Je pense aux Sentinelles de la nuit par exemple, mais aussi aux formations et webinaires que vous organisez ?

HP : Concernant les Sentinelles de la nuit, elles reprennent et prolongent en fait notre vieux combat contre la pollution lumineuse. Nous organisons par ailleurs régulièrement des campagnes thématiques de sensibilisation, ce qui est nouveau. Et, à l’initiative des associations de région, des webinaires sont organisés pour les acteurs locaux, les sensibiliser et les pousser à agir. Enfin, nous sommes en plein débats pour mieux arriver à définir ce que doit recouvrir la notion d’« initiative positive » et développer ce volet-là.

VA : Est-ce que les sentinelles sont vraiment représentées par tout le monde ou existe-t-il une sorte de profil : âge, activité, urbain ou rural, etc.

HP : Nous n’avons pas réellement de données fiables à ce sujet. Néanmoins, il est clair que deux générations sont mieux représentées parmi les sentinelles, celles des personnes ayant de 30 à 50 ans. Et parmi l’ensemble des sentinelles, un tiers vient d’une association membre de FNE et les deux autres tiers sont représentés par madame et monsieur Toutlemonde, a priori des personnes amoureuses de nature mais aussi des urbains, aujourd’hui soucieux d’agir. C’est aussi à ça que sert Sentinelles de la Nature, offrir un moyen simple d’agir où que l’on soit et qui que l’on soit.

VA : Je veux devenir sentinelle de la nature, je fais comment ?

HP : C’est assez simple : je télécharge l’appli gratuitement (sur Google-play par exemple), je crée mon compte puis je géo-localise le signalement. Je prends et envoie si possible quelques photos et je réponds aux questions posées : ce sont des cases à cocher, le verbatim, la rédaction (qui effraie parfois) est en option. J’appuie sur le bouton et c’est parti. Il n’y a aucune autre obligation ni implication. Sachant comme on l’a dit que si je le souhaite, je serais informé de la suite et que si j’ai vraiment envie d’intervenir, je serais conseillé, documenté et épaulé par les associations régionales de FNE.

VA : Etes-vous les premiers à avoir mis en place ce genre d’appli transformant le citoyen en lanceur d’alerte ?

HP : J’en ai l’impression. Il existe bien une application avoisinante pour surveiller les mangroves (made in UICN) et une autre dédiée aux rejets de en mer, mais c’est tout.

VA : De quoi n’avons-nous pas parlé qui vous semble important ?

HP : Une nouvelle plate-forme, plus ergonomique, vient de remplacer l’originale qui avait 5 ans, mais elle ne tournera pas longtemps et sera remplacée d’ici la fin de l’année. Car notre ambition actuelle est de changer d’échelle. Nous envisageons de doubler le nombre de sentinelles d’ici fin 2024. De doubler également le nombre de signalements et de cas traités pour devenir réellement LA référence en la matière et que tout le monde sache comment agir vite et facilement. Par chance, plusieurs partenaires et mécènes sont venus nous rejoindre pour mener à bien ce grand chantier d’intérêt public. L’Office Français pour la Biodiversité d’une part, mais également la fondation Crédit Mutuel et la fondation Bouygues Télécom. D’où des améliorations en continue qui seront définitivement orientées utilisateur, et la conquête des outremers que nous lançons !

* France Nature Environnement est la fédération nationale des associations de protection de la nature


Sentinelles de la Nature ! | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Jerome Bourgine
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