#TourismeDurable
La feuille de chou du tourisme durable

Dominique Lommatzsch. Passion Djibouti.

| 20 février 2013 • Mis à jour le 16.08.2014 à 4h57
         

Tous les chemins mènent à Rome. Pas tous. Ceux de Djibouti vous mèneront forcément à Dominique Lommatzsch. Impossible d’échapper à cette passionnée qui a fait de Djibouti son deuxième port d’attache. Entre le comité d’entreprise d’Air France où elle organise des voyages insolites et l’association ADEN qu’elle a fondé pour servir de relais aux campements djiboutiens, Dominique laisse difficilement passer une année sans revenir sur sa terre d’élection. Passionnée, passionnante, elle pose aussi un regard humaniste sur les Djiboutiens qui, c’est elle qui le dit : « l’ont formé au tourisme d’échange». Un beau témoignage d’une grande humilité pour une belle personne engagée depuis presque trente ans aux côtés des Djiboutiens.

V.A/ Comment est venu cette passion pour Djibouti ?

Au début des années 1980, je travaillais au Comité d’Entreprise d’Air France. J’organisais alors des voyages à thème sur des destinations méconnues ou difficile d’accès. A l’époque, Djibouti m’évoquait surtout un site de plongée, pas forcément ce que je recherchais.  Puis, un jour de 1982, je tombe sur un article de Jean-Claude Pomonti (Le Monde) vantant tout l’aspect minéral, géologique de Djibouti, un peu mon domaine d’alors. En 1985, je décide donc d’y aller via un contact sur place. A l’époque, il n’y avait pas de routes goudronnées. Pour rejoindre le lac Assal, il fallait compter une heure de piste et une heure de marche à pied, une journée entière pour le lac Abbé. Des caravanes passaient sans cesse. Je me suis rendue compte que les Djiboutiens ne connaissaient pas la mer. Ils vivaient tournés vers l’intérieur des terres. Il n’existait pas de livre, pas de guide présentant Djibouti…

V.A / Quels ont été les premiers touristes à qui vous avez fait partager ce coup de cœur pour Djibouti ?

Un an après mon premier voyage, dans un salon du tourisme en France, un jeune Djiboutien représentant l’office de tourisme me prend à parti : « Dominique, regardes les dégâts du tourisme, nous ne voulons pas introduire le tourisme de masse à Djibouti. » Il a alors le projet d’ouvrir une caravane aux voyageurs : « La caravane de sel est vraiment la façon la plus authentique de ressentir ce qu’est réellement Djibouti. Au-delà même d’être une caravane, c’est aussi tout un projet initiatique pour les nomades Afar. Ce sera à la fois passionnant pour les voyageurs, mais aussi une façon d’ouvrir ces nomades aux populations extérieurs ». Nous étions en 1986, j’ai trouvé ce discours à la fois magnifique et empreint d’une telle sagesse. A partir de là, j’ai envoyé un télex à Djibouti presque tous les mois pour tenter de monter un projet commun.

Dominique Lommatzsch au lac Assal @G.Clastres

Dominique Lommatzsch au lac Assal @G.Clastres

 

Tout est ensuite allé très vite. Un jour de janvier 1987, je reçois à mon tour un télex du directeur de l’Office de Tourisme de Djibouti m’enjoignant de venir à l’inauguration du premier campement djiboutien (Dittilou). Quand j’ai vu le professionnalisme de ce projet entièrement porté par des Afars, j’ai été extrêmement ému et ai dit au directeur de l’office de tourisme d’alors : « Je me fais un engagement moral de t’amener le premier groupe pour la caravane de sel ». L’année suivante, le premier groupe partait.

VA/ Comment s’est passé ce premier voyage ?

J’avais trouvé neuf personnes d’Air France prêtes à partager le quotidien des nomades. A notre arrivée, nous avons eu une réunion pour nous expliquer les points importants pour ne pas choquer. Une réunion avait également été organisée avec les chameliers pour leur donner quelques clés sur ces touristes à venir, par exemple le fait que des femmes participent à la caravane alors que chez les Afar, les femmes ne marchent pas sur les caravanes. Ce fut une expérience indicible. A partir de 1989, j’ai fait partir deux groupes par an avec le C.E. Des tours operators comme Club Aventure ou La Burle ont également participé à quelques caravanes.

VA/ Quand avez-vous décidé de créer votre association ADEN ?

Au début des années 1990. J’ai eu envie de faire connaitre le pays, les cultures nomades, les formes de tourisme intégré dont les campements de façon plus large. Malheureusement, entre 1991 et 1994, c’est le moment des troubles en Ethiopie. Mengistu quitte le pouvoir. Toute la zone Afar est fermée. ADEN continue toutefois ses actions en France en organisant des conférences (sur le Xeer Issa, la culture nomades afar, l’archéologie avec Yves Coppens…) et en aidant à la connaissance de Djibouti via des articles. Les voyages ont ensuite repris en 1996. J’ai à nouveau organisé la « Caravane de sel » grâce à  mon nouveau poste au C.E « ligne » d’Air France, amené de nombreux journalistes (Le Monde, Air France magazine…), monté un Eductour (1998) avec Club Aventure, Objectif Nature, Itinérance… En France, tous les T.O qui vont à Djibouti passent par l’ADEN. En 2011, j’ai aussi organisé le premier séjour itinérant ado, une magnifique expérience avec des adolescents. Un troisième groupe repart en 2013.

VA/ Pendant toutes ces années, malgré bien d’autres voyages, vous êtes toujours resté fidèle à Djibouti ?

Toujours. Depuis 1985, j’y vais entre une à deux fois par an. Les Djiboutiens m’ont appris ce qu’était le tourisme d’échange. Ce sont eux qui m’ont formé. Grâce à leur regard, je suis devenue un peu Djiboutienne. Aujourd’hui, je pense que Djibouti ne pourra se développer si les voyages sont combinés avec l’Ethiopie. Je regrette aussi qu’une ville fascinante comme Obock soit si délaissée. Rien n’a été fait pour elle depuis la guerre. Ma tête est à Djibouti, mon cœur est à Obock…

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L’AGENCE ALLIBERT EST NOTRE PARTENAIRE POUR LA REALISATION DE CE DOSSIER.

Prochain départ pour Djibouti : Le 28 février.Plus d’info sous ce lien.

Un itinéraire grandiose sur des terres qui ont fasciné artistes et aventuriers ! Henri de Monfreid, Joseph Kessel, Arthur Rimbaud… Sur la route des anciennes caravanes de sel afares, le lac Abbé et ses sources chaudes, l’immense lac salé Assal, au pied d’anciens volcans, la forêt primaire du Day, qui surplombe la baie turquoise de Tadjourah, jusqu’à la mer Rouge. Des paysages à couper le souffle !

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Encore Merci à Dominique Lommatzsch de l’association ADEN pour sa présence et ses éclairages passionnants et passionnés.

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Retour d’un voyageur sous ce lien.

 


Dominique Lommatzsch. Passion Djibouti. | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Geneviève Clastres
Journaliste indépendante, auteur, spécialiste de la Chine, de l'Asie, sinologue. Publications sur le tourisme équitable. Livres documentaire jeunesse sur l'Asie. Reportages divers.
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2 réponses à Dominique Lommatzsch. Passion Djibouti.

  1. Lanquar Robert a commenté:

    Dominique est formidable. Personne n’a fait autant qu’elle pour Djibouti.

  2. ADEN Mohamed D a commenté:

    Le titre de l’article explique tout. Et pourtant, Dominique a fait le tour du monde ! Cette photo est également très significative, elle est même acceptée par le chameau djiboutien. Quelle complicité !!! Merci et bonne continuation pour vos articles fascinant. Nous attendons impatiemment la suite. Merci pour nous faire découvrir la beauté cachée de notre pays !

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