#TourismeDurable
La feuille de chou du tourisme durable

Bienvenus au Guanacaste !

| 8 novembre 2019 • Mis à jour le 08.11.2019 à 7h35
Thèmatique :  Acteur associatif   Espaces protégés   Initiative privée   Monde 
         

Au départ, c’était loin d’être gagné. A 60 ans passés, je sais depuis quelque temps déjà que l’enfer est réellement pavé des meilleures intentions. Aussi, lorsqu’on nous annonça que notre journée du lendemain serait en grande partie consacrée à la découverte du projet de tourisme rural Finca Zanga Negra, je redoutais le pire…

Qu’à l’instar de tant d’autres destinations, le Costa Rica ait décidé de promouvoir le « tourisme rural », rien de bien nouveau. C’est un classique du marketing touristique « plan B », généralement destiné à essayer d’attirer des touristes hors saison. Seulement, les approches que j’en avais eues jusqu’à présent ne m’avaient guère enthousiasmé. J’en avais certes trouvé quelques-unes « sympathiques », parfois même instructives et authentiques, mais de là à faire payer (cher) des gens venus de très loin pour assister à « ça », je nourrissais un gros doute.

Puis notre car s’est arrêté à Santa Barbara de Santa Cruz, minuscule bled de la province du Guanacaste située au nord-ouest du Costa Rica. La dizaine de voyagistes venus assister à un salon professionnel dans la ville voisine s’est lentement extirpé de l’engin. Un « bon p’tit grrroupe » comme j’ai l’habitude de dire lorsqu’au bout d’un jour ou deux passés ensemble, masques et cravates tombent pour dévoiler les cœurs qui se tiennent derrière. Il n’empêche que de l’avis général, on redoutait tous un peu cet après-midi « rural », convaincus qu’entre l’atelier de poterie annoncé au programme (sic) et le spectacle folklorique (idem) assuré par des enfants on allait se faire c… comme des rats morts.

« La vie…

Erreur ! D’abord, la grande maison de bois brut qui faisait angle dans la rue déserte et nous accueillit était vraiment belle dans sa simplicité. Les jus de fruits frais qu’on nous servit à la descente du car étaient de purs nectars et si le petit musée de la vie quotidienne que ses habitants avaient reconstitué à l’intérieur de l’antique demeure ne cassait pas trois pattes à un canard, il n’en tenait pas moins la route et la chaleur de l’homme qui nous le fit visiter était fort communicative. C’est alors qu’on nous convia à passer dans le jardin assister à la fameuse démonstration du potier. Et là, première surprise : le dit jardin grouillait d’iguanes magnifiques dont certains faisaient 1m50 de long.

Nous autres citadins dont la soif d’animaux était loin d’avoir été étanchée par la maigre balade en forêt proposée la veille, étions comme des fous. Enfin la majorité ; ceux qui avaient conservé en eux une tranche d’enfance suffisante pour apprécier ce genre de goûters surprise. Puis un jeune homme timide désigna un morceau d’argile et une poignée de sable et commença de nous raconter l’histoire de l’homme et de la terre cuite, une histoire vieille comme le monde : choix et préparation des matériaux, fabrication ingénieuse des pigments, mise en place d’un tour archaïque… Quand ses mains se mirent à chanter et la terre à prendre forme sous ses caresses comme par miracle, seconde surprise : il n’était plus question d’ennui. Plus du tout.

Les traits du visage du potier disaient qu’une partie au moins de ses ancêtres, les Chorotegas, vivaient ici bien avant l’arrivée des conquistadors. Et il nous expliqua qu’en effet il appartenait à un village plusieurs fois centenaire de potiers, installés à quelques kilomètres seulement mais ayant aujourd’hui beaucoup de mal à survivre. C’est pourquoi la proposition de Dona Clara de venir faire des démonstrations dans sa maison à l’occasion du passage de voyageurs tombait à pic.

Dona Clara Padilla Gutierrez, la propriétaire de la maison qui nous accueillait, arriva justement de San José à ce moment : souriante et virevoltante, pur concentré d’énergie. Elle nous raconta son histoire et comment enfant, elle habitait la petite maisonnette située juste de l’autre côté de la rue. En face donc de ce grand bâtiment qui appartenait alors à un riche propriétaire terrien. Du haut de ses 6 ou 7 ans, Clara avait alors l’habitude de confier à son frère cadet (l’homme qui nous avait accueillis et fait visiter le musée) : « Plus tard… j’habiterai cette maison !! ». Et c’est bel et bien ce qui se produisit. Sauf qu’avant d’accomplir son rêve d’enfant, Clara avait une autre mission, tout aussi importante, à accomplir : sauver les tortues !

C’est ce qui arrive…

Tandis que nous savourions ce qui fut unanimement qualifié par la suite de « meilleur repas du séjour » (riz et haricots noirs bien entendu, légumes variés en sauce, ragoût de poulet mortel, manioc à la mélasse, café « jus de chaussette » passé comme il se doit à travers un bas …) Clara nous raconta comment, toute jeune, révoltée par le pillage des œufs de tortues sur les plages voisines, elle avait consacré plus de vingt ans de sa vie à protéger les tortues luth, olivâtres et autres du parc naturel Marino Las Baulas. Année après année, convertissant au fil d’un travail de rencontre et de sensibilisation aussi ardu que patient les anciens voleurs d’œufs en guides et protecteurs, puis luttant pied à pied avec les hôteliers pour qu’ils reculent ces éclairages nocturnes qui, sur les plages, aveuglent les tortues et les empêchent de pondre, elle avait infatigablement défendu ces trésors vivants que sont les tortues de mer. Jusqu’à ce qu’un beau matin, comme elle l’avait imaginé enfant, l’occasion lui soit proposée de racheter l’immense maison du propriétaire terrien dont les affaires avaient périclité. Après donc l’avoir payée et patienté 10 années encore que l’ancien bail concédé arrive à terme, elle décida de vouer la bâtisse à un projet communautaire. Car si son petit village de Santa Barbara de Santa Cruz souhaitait continuer de vivre tranquille, il lui fallait d’abord survivre et pour cela, attirer à lui la vie.

Faisant coïncider dans son esprit la demande si souvent entendue de la part des scientifiques venus étudier les tortues : « On aimerait tant découvrir la vraie réalité costaricienne » avec la fierté que les gens de son village avaient à partager leurs savoir-faire, elle monta le projet Finca Zenga Negra, mettant sa grande demeure à la disposition de tous, motivant les uns, fédérant les autres, s’activant sans cesse et prévoyant de ne se payer que sur les repas éventuellement pris par les visiteurs.

C’est ainsi qu’après avoir félicité la cuisinière pour son délicieux déjeuner, notre petit groupe apprit avec plus ou moins de succès à fabriquer les célèbres tortillas avec la maman de celle-ci ; une petite grand-mère de 90 ans (la région est une Zone Bleue dont l’habitant le plus âgé a 110 ans !) pleine de peps qui nous raconta – entre deux pas de danse – avoir eu 14 enfants. Puis il y eut la visite chez le facteur local d’amarillo, l’instrument de musique national, qui est également sans doute l’unique instrument choral au monde puisque c’est jusqu’à quatre que les percussionnistes s’installent derrière son long clavier. Démonstration de rigueur et discussion avec ce passionné qui se révéla également être l’animateur d’un orchestre célèbre dans tout le pays : le Marimba Orchestra Maribel.

Quand on a prévu autre chose ».

De retour à la casa commune, l’effervescence et la tension était palpable : toute la jeunesse du pays (ou peu s’en faut) s’y était assemblée pour nous offrir un spectacle de danses. Et, à leurs yeux, on sentait que cela comptait. Beaucoup. Car si Clara et les siens se battaient pour tâcher de faire vivre ce petit coin du Costa Rica si authentique, ils n’en étaient qu’aux balbutiements, bien loin encore d’y parvenir. Quatre groupes seulement s’étaient arrêtés à Santa Barbara de Santa Cruz depuis le début de l’année. Trois de Français dont le nôtre, un d’étudiants américains venus se familiariser avec la langue et repartis quinze jours plus tard – en larmes – tous, parait-il…

A voir la jeunesse locale virevolter en rythme sur le plancher de bois, nous comprîmes un peu mieux pourquoi. Une Lumière extraordinaire éclairait ces visages de 3 à 25 ans. TOUS ces visages sans exception, comme nous devions nous en faire un peu plus tard la remarque, étonnés. Et tous étaient fendus du même immense sourire, tous rayonnaient du plaisir d’être là et de partager ça, portés par une ferveur commune qui gagna au final jusqu’aux plus sceptiques de notre petit groupe de voyageurs aguerris. Il y eu ensuite la photo de famille puis les « adios ! ». Voilà.

« J’ai été contente en voyant vos visages, déclara Dona Clara comme nous étions sur le départ. Ils me disent que je n’ai pas eu tout à fait tort en pensant que ce que faisaient les gens d’ici avait de la valeur. Cette terre est habitée depuis 4000 ans. Les Chorotega ont peut-être perdu leur langue, mais pas leurs traditions. Alors, oui, s’il vous plaît, envoyez-nous des visiteurs. Nous saurons les accueillir ! ».

Le prochain rêve de Dona Clara ?… Créer une Route reliant les différents villages chorotega de la région. Les relier entre eux, aux Autres, au Monde…

Quelques images

Joindre Dona Clara : cpadillagutierrez@ice.co.cr

Appel : si quelqu’un pouvait leur bricoler un micro-site internet, déjà…

A lire également :
– Casa Drake Lodge, bienvenue chez les Ticos
– Caminos de Osa, sur les chemins cachés du Costa Rica

 


Bienvenus au Guanacaste ! | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Jerome Bourgine
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