#TourismeDurable
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Découvrez les vignobles de France avec l’Association des vignerons indépendants !

En France, l’œnotourisme représente près de 10 millions de visiteurs. Parmi les nombreux réseaux qui font le lien entre visiteurs et viticulteurs, les Vignerons Indépendants de France représentent 7 000 caves, soit plus de 55% de la production française de vin. Rencontre avec Ludovic Walbaum, vice-président des Vignerons Indépendants de France en charge de l’œnotourisme, également vigneron indépendant en sud Ardèche à Vallon Pont d’Arc et surtout, viticulteur passionné par l’accueil, le vin, et le terroir.

dégustation de vin sur la Côte Vermeille
Côte Vermeille © G.Deschamps – CRTL Occitanie

VA/ Avez-vous la sensation que l’œnotourisme est une tendance qui se développe ?

C’est une tendance très forte, ancrée depuis longtemps chez nous, les vignerons indépendants. Ça fait vraiment partie de notre ADN, de notre culture. On a toujours reçu les visiteurs dans nos caveaux, dans nos domaines. On va aussi vers eux à travers les salons des vignerons indépendants dans toute la France qui connaissent un succès très important. On va partager notre savoir-faire, nos compétences, le produit, le vin de nos terroirs et de nos vignobles que l’on produit. Finalement l’œnotourisme n’est que la façon moderne de faire connaitre et de partager tout ce travail que l’on peut faire dans nos vignobles.

VA/ Avez-vous quelques chiffres sur les fréquentations touristiques des domaines et vignobles, et sur le nombre de domaines ouverts aux visiteurs ?

Les Vignerons Indépendants de France représentent 7 000 caves qui pratiquent la vente de vin et l’accueil de visiteurs. Sur ces 80% qui pratiquent cet accueil, il y en a près de 25% qui pratiquent aussi des expériences différenciantes : bien-être, sport, culture, hébergement à travers les gites de France ou les chambres d’hôtes, aussi de l’hôtellerie. Donc vous voyez c’est vraiment quelque chose qui est très ancré chez nous. A noter qu’un tiers de nos visiteurs viennent de l’étranger.

VA/ Certaines régions viticoles sont-elles plus fréquentées que d’autres ?

J’ai tendance à dire que tous les vignobles français jouent leur rôle grâce à leurs atouts respectifs. Ils permettent de consolider le positionnement de nos valeurs de vignerons et de notre viticulture comme une destination touristique mondiale, nationale et régionale et même de proximité et durable. Et c’est aujourd’hui la valeur que l’on souhaite défendre. Donc bien sûr, il y a des locomotives avec de grands crus à l’international mais nous comptons également de nouvelles pépites émergentes ; et donc je dirai aujourd’hui que c’est l’ensemble de ces 17 vignobles français qui fait la force de l’offre oenotouristique, chacun ayant ses caractéristiques et ses spécificités.

Franck Chavy@MGodet

VA/ Concernant les visiteurs, qui sont les œnotouristes qui aiment à parcourir les vignobles ? Plutôt des couples, des familles, des retraités ?

Nous avons pris l’habitude de distinguer nos visiteurs en quatre types d’œnotouristes, qu’ils soient français ou étrangers. Il y a d’abord les épicuriens, ça tombe sous le sens, qui représentent 40%. Ils viennent majoritairement pour visiter les caves, puis déguster et acheter du vin. Il y a les classiques, à peu près 24% ; pour qui le vin participe à la découverte du patrimoine d’une destination, mais pas exclusivement. Il y a les explorateurs, 20%, pour qui le vin, la vigne, le vignoble, sont les motifs déterminants du séjour, ils cherchent à percer les secrets du vin et découvrir des adresses incontournables et méconnues. Enfin, il y a les experts, qui représentent un peu plus de 15%. Ils sont d’avantage en recherche de la découverte, de l’histoire, de la culture d’un terroir, du savoir-faire autour du vin. Ils sont là pour approfondir leur amour et le partage de ce produit merveilleux qu’est le vin.

VA/ L’œnotourisme, cela parle à toutes les tranches d’âge ?

Tout le monde peut venir. De l’expert à la plus simple visite, en famille, en couple, entre amis ! Le plus souvent, les visiteurs viennent en couple et après, se partagent entre amis ou en famille. C’est ça qui est fantastique dans l’œnotourisme, c’est ouvert à tous les publics parce qu’on y trouvera différentes activités par la porte d’entrée du vignoble. Et même un enfant pourra y trouver une expérience de découverte, comprendre la production de la vigne et du vin ; découvrir ce qu’est un plant de vigne, un raisin, un grain, un process, partager des moments autour de la culture, du monde de l’agroécologie. Les visites nous permettent aussi de  véhiculer nos valeurs car c’est un acte sociétal d’accueillir les gens chez nous et de leur faire partager notre travail. Quant aux plus experts, ils pourront rentrer dans la dégustation accompagnée de produits régionaux pour un véritable échange autour du vin. Et on ne sera jamais seul dans une cave avec un verre de vin et un vigneron qui est là pour vous accueillir et partager ce moment parce que l’œnotourisme avant tout, c’est l’humain qui reçoit l’humain pour faire partager un savoir-faire, un travail. Nous sommes des artisans paysans et c’est ça qui est fantastique.

VA/ Quelles types d’expériences peut-on vivre dans un vignoble ?

Cela va de  la simple visite, venir partager un instant, acheter une bouteille, ou juste regarder, ou échanger avec le vigneron jusqu’aux visites ou aux expériences un peu plus structurées, accompagnées, où il y aura des accords, de la gastronomie ou des produits régionaux, voire une expérience, une activité, une pratique d’un sport ou d’une activité bien être. Dans ce cas, évidemment, les prix peuvent un peu monter avec parfois des offres premium exceptionnelles pour des moments d’exception. Aujourd’hui  toutefois, la majeure partie des accueils que l’on fait reste gratuits et accessible, même si les jeunes et les milleniums réservent en ligne et prépayent des expériences dans nos vignobles qui vont au-delà de la simple dégustation

VA/ Une offre spécifique est-elle plus plébiscitée que les autres ?

Pa vraiment, l’offre classique reste de venir partager un moment, un instant, avec cet attrait commun du vignoble, du paysage, de la culture et ce que peut représenter le vin et cet échange. Après, l’offre est diverse, et en la structurant, on la rend visible, ce qui permet aux visiteurs de revenir. Chez les Vignerons Indépendants, on est très attaché à ce qu’il y ait ce lien avec l’humain, avec le vigneron, une présence directe qui est là pour accompagner et faire partager. Cela crée un lieu non pas de vie mais un lieu d’expérience et de partage autour du vin, c’est une nouvelle manière de faire découvrir le vin. Pour prendre exemple chez moi, en Sud Ardèche, une région extrêmement touristique, beaucoup de gens viennent découvrir les vins d’Ardèche parce qu’ils viennent chez moi pratiquer le yoga, et en pratiquant le yoga, ils découvrent les vins d’Ardèche, mais ils sont venus par la porte d’entrée du yoga et ils reviendront après pour faire une simple dégustation ou pour une autre expérience, puis ils iront chez d’autres vignerons découvrir d’autres vins de l’Ardèche et d’ailleurs.

Les coteaux de Cornas©DR

VA/ Est-ce un complément de revenus appréciable pour les vignerons ?

Quand on parle de tourisme d’accueil chez le vigneron indépendant, ce qui est important, c’est de le faire dans des règles bien précises. Mais évidemment, il y a une réalité économique et ça peut représenter de 20 à 50 % de l’activité. Evidemment, tout le débat est de savoir si on y intègre l’expérience pur, les ventes, le vin, tout ce qui est compris dans ces chiffres-là. Je vais prendre mon cas personnel, aujourd’hui l’œnotourisme ne représente pas loin de 50% de mon chiffre d’affaires direct, et surtout, on arrête de parler en termes de volume et on parle en termes de valeur ajoutée. C’est de la vente directe, du circuit court, c’est donc de la marge et la connaissance directe de son client et de son visiteur. Donc c’est une valeur ajoutée énorme pour le vigneron qui pratique l’œnotourisme chez lui.

VA/ Cela nécessite-t-il des investissements ou des aménagements particuliers ?

Oui, quand je parlais de professionnalisme, je parlais d’investissements, d’accessibilité, de confort, de mise au norme handicapé, de pouvoir parler plusieurs langues (la clientèle étrangère est importante !), de sécurité, de pouvoir recracher les vins, d’éclairage, d’accueil, de scénographie, etc. Parfois, l’Europe, l’Etat ou les régions ont aidé au développement pour certains vignobles. Les structures et les domaines à financer sont assez lourds, parce qu’il y a un début à tout, parce que l’œnotourisme il y a 10 ou 15 ans n’était pas au niveau d’aujourd’hui. Nous avons aussi besoin de ressources humaines, c’est-à-dire des gens qualifiés en plus du vigneron qui viennent l’entourer pour accueillir. Or il s’agit de pratiques bien précises de connaissance des vins, d’accueil, un métier supplémentaire à notre métier de vigneron indépendant où on va de la culture de la vigne à la transformation du raisin, jusqu’à la commercialisation. L’œnotourisme est donc une nouvelle branche de cette commercialisation avec là aussi des savoir-faire importants tant dans les structures que dans les équipes.

VA/ Le vigneron à l’ancienne avec sa cave, dégustation, cela reste considéré comme de l’œnotourisme ?

Totalement. Ce qui est génial justement en France c’est que cette offre commence avec la simple dégustation, avec la personne qui a son petit caveau, sans forcément des investissements importants, mais qui va transmettre l’amour de son métier, partager ce qu’il a dans les tripes, faire vivre une expérience aux visiteurs, les étoiles qui brillent, l’effet wahou, jusqu’à d’autres expériences dans des vignobles plus reconnus, avec des moyens plus importants, où il y aura là aussi des conditions exceptionnelles, différentes ! Et c’est ça l’œnotourisme, c’est rendre l’offre la plus large possible. Le visiteur doit savoir où il va et ne pas être déçu, que la promesse soit tenue, de la plus simple structure avec le discours le plus fort, le plus engagé et le plus direct jusqu’à l’offre la plus belle, la plus construite, la plus reconnue et valorisante, et dans tous les cas, c’est le vin qui reste au milieu, avec le paysage, les valeurs du vigneron, l’humain, ce bien commun. Moi je dis toujours que pour faire du bon œnotourisme, pour bien accueillir le visiteur, il faut avant tout être un bon vigneron, faire un bon produit.

VA/ L’Œnotourisme durable, c’est un sujet ?

L’œnotourisme durable, c’est le sujet fondamental, notamment pour les vignerons indépendants de France, où 80% de nos adhérents sont classés ou en bio ou en HVE (Haute valeur environnemental). Et c’est aussi important parce que quand on parle d’œnotourisme, on parle de paysage, d’environnement, et les gens qui viendront visiter nos vignobles vont se promener, découvrir ce qui entoure nos caves, notre moyen de production, et donc, l’agroécologie est au cœur de la transition environnementale. Là aussi, comme l’œnotourisme, cela fait bien longtemps que les vignerons indépendants sont engagés, ont devancé ça, et aujourd’hui justement, on ouvre, on a des thématiques sur le tourisme durable, sur l’agroécologie, cela fait partie des expériences à vivre. On ira découvrir certains domaines pour avoir des expériences sur la biodiversité, sur ce qui est mis en place, sur le travail des sols, et je dirais même, sans vous le dévoiler, que c’est même un gros pan de l’œnotourisme de demain.

« Jamais en vain, toujours en vin »

VA/ Existe-t-il des tours opérateurs spécialisés dans l’œnotourisme ?

Tout à fait, notre site vigneronsindependants.com a une rubrique « Tourisme chez les vigneron indépendant », les offices du tourisme, les agences départementales, les agences régionales du tourisme, sur lesquelles s’appuie le réseau et les vignerons ont des plateformes de réservation en ligne, donc je dirais que c’est très digitalisé. Et puis, il y a des agences de voyage spécialisées, des « Wine Tour » par vignoble qui se mettent en place. Enfin, il y a aussi des sites internet comme Rue des Vignerons ou Wine List qui sont présents sur le marché de l’œnotourisme. Sans  les mastodontes comme Airbnb, Booking ou Trip Advisor qui proposent un portefeuille d’hébergements implantés dans les vignobles devenant aussi promoteurs de l’œnotourisme. En outre, il ne faut pas hésiter à venir en toutes saison. Que ce soit l’été, l’hiver ou l’automne, il se passe toujours quelque chose dans nos vignes, dans nos caves, un moment à partager, un assemblage de vin à faire, une vigne à tailler, on a « vendangeur d’un jour » qui est une de nos marques nationales, et on peut vraiment pratiquer les vendanges chez nous, partager ce moment du vignoble.

Travail de la vigne@DR

Découvrez les vignobles de France avec l’Association des vignerons indépendants ! | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Geneviève Clastres
Auteur et journaliste indépendante spécialisée sur le tourisme durable et le monde chinois, Geneviève Clastres est également interprète et représentante de l'artiste chinois Li Kunwu. Collaborations régulières : Radio France, Voyageons-Autrement.com, Monde Diplomatique, Guide vert Michelin, TV5Monde, etc. Dernier ouvrage "Dix ans de tourisme durable". Conférences et cours réguliers sur le tourisme durable pour de nombreuses universités et écoles.
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