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Quinze ans de tourisme durable insufflé par un média… durable ?

| Publié le 16 décembre 2022 • Mis à jour le 17 décembre 2022 à 14h39
Thèmatique :  Conseils   Ingénierie   Innovation   Projet solidaire 
         

Non, ce n’est pas un nouveau livre, un nouveau slogan, juste la prise de conscience que quinze ans ont passé, quinze ans déjà à tenter d’insuffler à tout un écosystème touristique les pratiques durables qui s’esquissent ça et là au cœur des régions, des entreprises, des associations, des acteurs, des professionnels, tissant un fil de plus en plus solide sur l’idée d’un autre tourisme, d’un autre visiteur, d’une altérité voyageuse repensée pour et par le territoire. Un autre tourisme, certes, mais aussi une autre vision, un média différent, engagé, tentant de faire entendre sa voix dans l’infobésité du moment, un choix d’informations constructives, positives, un journalisme de solutions pour porter plus avant la voix des petits et des grands et pour cela, en cohérence, un modèle économique et entrepreneurial original, combinant alliances et partenariats, engagements et sacrifices, bénévolat et professionnalisme, fragilité et endurance, découragements et regains. Alors, un tourisme durable scandé par un média durable ? La question du modèle de la presse et des médias que l’on choisit de soutenir se pose de façon de plus en plus cruciale dans un monde où l’on ne s’entend plus.

Quelle presse pour demain ? Quel modèle ? Quel média ?

Aujourd’hui, neuf milliardaires possèdent plus de 80% des médias en France*. L’association Acrimed et le Monde Diplomatique ont réalisé une infographie où l’on découvre que même des titres respectables qui diffusent une information de qualité sont détenues en grande partie par de richissimes hommes d’affaires. C’est le cas du Monde, de l’Obs, du Monde Diplomatique, de Courrier International, etc., détenus principalement par Xavier Niel (entrepreneur que l’on ne présente plus) et Daniel Kretinsky, homme d’affaires et milliardaires tchèques ayant fait fortune dans l’énergie d’origine fossile… Cette hyperconcentration pose de nombreuses questions. Celles des conflits d’intérêt bien sûr, des collusions avec l’économique, le politique, questionnant l’indépendance réelle des journalistes dans les rédactions. Elle interroge aussi la place des autres médias, ceux qui tentent de d’exister (de survivre), d’apporter plus de pluralisme, d’autres regards, d’autres voix. Mediapart, Socialter, le 1, et tant d’autres qui s’efforcent, eux aussi, de se créer une place dans la grande cacophonie informative. Le 1, justement qui publie cette semaine (article écrit le 16 décembre) un numéro sur « Comment guérir l’information ?»,  revenant sur nos envies et besoins, nos ras le bol et saturations ; cette info perpétuelle qui arrive de partout, sans tri, sans filtre, envahissante, insidieuse, insistante, épuisante, jusqu’au burn out parfois.

Des lueurs, des ouvertures, des élans

Et pourtant il se passe aussi de jolies choses. La semaine dernière, un hôtel de Strasbourg, le Tandem Boutique hôtel, décide de nous commander une centaine d’ouvrages (« Dix ans de tourisme durable ») qu’il souhaite mettre en vente pour sa clientèle. Un choix qui nous honore et nous aide à poursuivre notre activité. Il a connu Voyageons Autrement via notre feuille de chou, huit pages d’informations gratuites, voyageuses, engageantes, formidable trait-d’union entre nous et nos lecteurs diffusée grâce à nos précieux ambassadeurs et à toutes les têtes de réseau qui la font voyager dans tout l’hexagone, au point de la retrouver au hasard de mes pérégrinations jusque dans les mains d’amis étranger à cet écosystème du tourisme durable, et tant mieux, car c’est aussi là tout le défi, toucher de nouveaux publics, entrainer d’autres regards. Vous êtes ainsi nombreux à nous soutenir, à comprendre que se poser la question de quel média pour quel message est aussi une forme d’engagement à la source. Régulièrement, je taquine mes étudiants en les faisant réfléchir au modèle d’Airbnb. Que paie un voyageur quand il passe par cette plateforme ? Ou va son argent ? A qui profite-t-il ? Peu à peu, je les amène à constater que toute une part de la dépense file vers des actionnaires de la Silicon Valley. Puis, je leur présente Fairbnb, un « Airbnb » alternatif, plus local, valorisant le territoire via des commissions dédiées à 50% à des projets locaux qui font sens. Souvent, ils me font des yeux ronds et me rétorquent. « Mais pourquoi on ne connaissait pas ce site ? » Pourquoi  n’est-ce pas ? N’est-ce pas là tout l’enjeux des médias, informer avec discernement, loyauté. Montrer ce qui se voit moins. Ce qui fait sens. N’est-ce pas là aussi tout le défi pour chacun d’entre nous ? Réfléchir au modèle économique que l’on souhaite (ou pas) soutenir. Regarder au-delà des vitrines…

La vision de Marguerite Duras (ouverture du 1 )

J’ai toujours été persuadé qu’il y a de petites voix qui nous accompagnent. Je ne parle pas là d’un Big Brother à la chinoise triste revers d’une autre réalité qui nous pend au nez si l’on continue ainsi à se soumettre aux écrans. Non, je pensais là plus positivement à ces voix qui sont autant de voies complices, ces coïncidences quotidiennes que l’on saisit, ou pas, que l’on apprend peu à peu à percevoir, à entendre, à apprivoiser. Et ainsi, hier, en gare de Saumur, voici je découvre le titre du 1 dont le numéro déjà cité sur l’information s’ouvre par ce texte visionnaire de Marguerite Duras que je ne peux que partager avec vous pour conclure mon propos. Merci à mes confrères pour cette petite voix bien à propos (et merci aussi d’avoir dans votre forme inspirée notre feuille de chou).

« Je crois que l’homme sera littéralement noyé dans l’information. Dans une information constante sur son corps, sur son devenir corporel, sur sa santé, sur sa vie familiale, sur son salaire, sur son loisir. Ce n’est pas loin du cauchemar. Il n’y aura plus personne pour lire. Ils verront de la télévision. On aura des postes partout, dans la cuisine, dans les water-closets, dans le bureau, dans les rues. On ne voyagera plus, cela ne sera plus la peine de voyager. Quand on peut faire le tour du monde en huit jours ou quinze jours, pourquoi le faire ? Dans le voyage, il y a le temps du voyage. Ce n’est pas voir vite. C’est voir et vivre en même temps. Vivre du voyage, ce ne sera plus possible. Il restera la mer quand même, les océans, et puis la lecture. Les gens vont redécouvrir là. Un homme, un jour, lira, et puis tout recommencera. »

———— Aller plus loin ————

  • Sur ce sujet, lire les articles de l’économiste Julia Cagé
  • Voir aussi l’excellent documentaire « Média Crash : Qui a tué le débat public ? » sur l’hyperconcentration des médias.
  • Lire le 1 : N° 427. « Comment guérir l’information ? »

Quinze ans de tourisme durable insufflé par un média… durable ? | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Geneviève Clastres
Auteur et journaliste indépendante spécialisée sur le tourisme durable et le monde chinois, Geneviève Clastres est également interprète et représentante de l'artiste chinois Li Kunwu. Collaborations régulières : Voyageons-Autrement.com, Monde Diplomatique, Guide vert Michelin, TV5Monde, etc. Dernier ouvrage "Dix ans de tourisme durable". Conférences et cours réguliers sur le tourisme durable pour de nombreuses universités et écoles.
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Une réponse à Quinze ans de tourisme durable insufflé par un média… durable ?

  1. Ménard a commenté:

    Merci Geneviève pour ces mots d’ ‘espoir.

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