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La Catalogne se décentre pour un tourisme plus durable

| Publié le 9 décembre 2022 • Mis à jour le 6 février 2023 à 19h21
Thèmatique :  Initiative régionale   Territoire 
         

Ces dernières années (avant Covid), la Catalogne et notamment Barcelone et la Costa Brava ont fait couler beaucoup d’encre quant à une fréquentation touristique parfois démultipliée qui a pu desservir une destination pourtant plébiscitée par la clientèle française depuis toujours. En réponse à ces problématiques de surfréquentation, Tourisme de la Catalogne a mis en place un vaste plan d’actions visant à décongestionner les zones les plus fréquentées, tout en multipliant les propositions et programmes visant à aller plus avant dans la découverte de territoires moins visitées. Rencontre avec Josefina Mariné, directrice de la branche française du Bureau Touristique de la Catalogne rattaché au gouvernement régional de Catalogne.  

Catalogne
Vue sur le Montserrat depuis l’Anoïa © Geneviève Clastres

VA/ Bonjour Josefina, quel est exactement votre rôle au sein du Bureau Touristique de la Catalogne ?

Je représente le bureau touristique de la Catalogne en France, rattaché au gouvernement régional de la Catalogne. Notre objectif est de promouvoir le tourisme en Catalogne au sein du territoire français pour toucher un public de qualité. Nous avons une douzaine d’antennes à l’international dont ce bureau de Paris qui a été ouvert en 1988. A noter que la France est le premier marché international pour notre région, un quart des touristes internationaux accueillis sont des Français.

VA/ La Catalogne possède un patrimoine touristique extrêmement varié, pourriez-vous nous donner quelques chiffres quant à la fréquentation touristique et aux recettes générées ?

Si l’on prend une année normale soit 2019, 4 millions de touristes français ont visité la Catalogne. Ils ont été jusqu’à 5 millions en 2015. En 2022, nous n’avons pas encore retrouvé les chiffres de 2019 mais cela reste très positif, car au-delà des fréquentations, on a observé une croissance des dépenses moyennes par voyageur de plus de 15%, un chiffre en partie lié à l’inflation, mais aussi dû au fait que les Français ont eu plus de budget à consacrer à leurs vacances. Notre saison estivale s’est donc avérée très satisfaisante et la France reste notre premier marché international, la Catalogne étant la destination préférée des Français en Espagne. Sur le plan de l’aérien, nous n’avons pas encore récupéré toutes les connections de 2019 (encore – 18% ) mais  75% des Français visitant la Catalogne viennent en voiture, et on essaie également de promouvoir le train pour donner de la visibilité à d’autres  façon de se déplacer. Mais pour revenir sur les chiffres de fréquentation, je tiens vraiment à préciser que le volume est loin d’être le plus important pour nous, on souhaite surtout développer un tourisme de qualité, responsable, durable, fait d’expériences locales et de consommation responsable, qui ait un impact positif pour les communautés, les sites culturels, qui valorise notre gastronomie.

Catalogne
La Pobla de Cervoles (LesGarrigues) © G.Clastres

 VA / Justement, en ce sens, pouvez-vous nous parler de Breathing Land et nous expliquer la genèse de sa création et ce qu’elle propose comme offre « Slow Tourism » ?

Breathing Land est une marque qui prétend inspirer le voyageur afin qu’il puisse explorer des expériences de Slow Tourism en Catalogne et vivre ainsi des moments authentiques. Cette marque transméditerranéenne a été créé à partir du projet européen ENI CBC MED Med Pearl. Piloté par Tourisme de la Catalogne, cette coopération transfrontalière connu donc sous le nom « MedPearls » vise à créer 26 expériences touristiques dans différentes destinations de la Méditerranée (la Catalogne, l’Egypte, la Grèce, l’Italie, la Jordanie et la Palestine), basées sur la coopération public – privé. Le projet dispose d’un budget global de 3 millions d’euros et est cofinancé à 90 % par le Programme de Coopération Transfrontalière IEV CTF Med 2014-2020 du Bassin Méditerranéen. Concrètement, cela revient à inviter les voyageurs à découvrir des destinations méconnues dans un esprit durable, responsable, en mettant en valeur les expériences, la découverte de villages moins fréquentés, les échanges avec les locaux, des savoir-faire, des exploitations, des chemins buissonniers.

VA /On imagine que l’objectif est aussi des décongestionner les zones très fréquentées de la côte catalane et les destinations phares telles Barcelone. Pouvez-vous toutefois nous en dire plus sur quelques-uns des atouts d’Anoia, Les Garrigues et la Ribera d’Ebre, les trois régions sélectionnées pour ce programme ?

Je trouve que le dénominateur commun de ces trois régions réside dans le fait qu’on a là trois régions fortement contrastées, des territoires de l’intérieur qui ont su garder un mode de vie traditionnel où l’on peut découvrir des villages reculés, des architectures rurales, des expériences authentiques. Par exemple, la région « Les Garrigues », dans les Terres de Lleida, où je suis née, est connue pour ses oliviers qui produisent une excellente huile d’olive mais aussi pour ses fruits et légumes, 60% du territoire étant occupé par les cultures et notamment notre produit phare, les « arbequinas », la variété d’olive typique de la région. Par ailleurs, grâce aux eaux du canal d’Urgell et de la rivière Set, d’autres arbres fruitiers intéressants poussent également sur nos terres comme la vigne qui produit le vin catalan typique et les amandiers qui fleurissent fin février. Mais Les Garrigues possède aussi de nombreux villages traditionnels, des sites archéologiques classés à  l’Unesco (comme le groupe de peinture rupestre de la Roca dels Moros de l’UNESCO ou la villa romaine de Can Terrés) sans compter que tout près, on trouve de nombreuses autres possibilités de visites (musées,châteaux, villages, la ville de Lleida, etc. ).

Catalogne
Paysage de l’Anoia © Geneviève Clastres

La région de l’Anoia est quant à elle rattachée à celle de Barcelone, mais aussi à une partie du parc naturel de Montserrat. Elle est  incontournable pour les voyageurs à la recherche d’expériences basées sur la culture, le tourisme actif, la gastronomie et les productions artisanales avec de nombreux châteaux et tours médiévales, de splendides musées comme celui du cuivre ou du papier mais aussi de nombreux festivals culturels. Enfin, la région de La Ribera D’Ebre est marquée par le fleuve Ebre qui a dessiné les paysages et façonné l’histoire et la culture locales. Cette réserve de biosphère des Terres de l’Ebre a été inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco. Ces paysages sont idéaux pour la pratique d’activités « slow » telles que l’observation des oiseaux dans la réserve naturelle de Seves, les randonnées ou les routes en VTT ou à vélo dans les différentes zones de la région, telles que la zone d’intérêt naturel de Riba-roja d’Ebre, la Serra de Llaberia ou les montagnes Cardó, qui abritent un couvent historique et un spa au sommet d’une falaise. A noter également le GR-99 qui suit le cours naturel du fleuve Ebre et qui permet de découvrir la beauté des paysages de la région et une vallée humide, très fertile, favorable à la culture de nombreux vergers d’abricotiers, de pêchers, d’amandiers, avec également une belle production d’huile d’olive et des villages joyaux tel comme Miravet, avec son imposant château situé au sommet d’une falaise rouge, ou Tivissa, Vinebre et Castells de Banyoles avec leurs majestueux sites archéologiques ibériques.

VA / Quel est la typologie des clientèles touristiques qui fréquentent aujourd’hui la Catalogne et quelle est la cible de ce projet tourné vers le « slow tourism », une clientèle plutôt locale, nationale, des pays voisins, des touristes internationaux ?

Aujourd’hui, les familles représentent le profil le plus classique des touristes en Catalogne, également dû au fait que la France est l’un des pays de l’Union européenne qui possède le taux de natalité le plus haut. Cela reste notre cible principale mais une étude de marché a également été réalisée dans le cadre du projet Med Pearl, pour identifier quels étaient les marchés les plus mûrs pour développer notre offre « slow tourism ». Il s’avère que les pays les plus demandeurs sont sans surprise l’Allemagne, la France, la Suisse, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, la Suède mais aussi les Etats-Unis. Ces derniers ont un intérêt marqué pour la gastronomie. Quant à la typologie plus précise de la clientèle, il s’agirait d’un adulte de plus de 55 ans disposant de temps, de ressources, apte à réaliser des voyages plus longs, pas forcément organisés mais aussi des personnes de plusieurs générations qui voyagent ensemble pour de longues périodes. Les jeunes adultes et les voyageurs solos sont aussi un profil en croissance. Plus globalement, on peut dire qu’il s’agit d’un marché pour des touristes qui ont une certaine maturité, qui sont déjà venus, connaissent un peu la Catalogne et s’aventurent dans ces nouvelles expériences à la recherche d’expériences plus locales, contrastées, afin de  vivre des aventures différentes.

Catalogne
Région de l’Anoia © DR

VA/ Un bilan du projet est-il prévu et avez-vous d’ores et déjà l’envie de coopérer avec d’autres provinces espagnoles pour leur faire part de votre expérience et leur transmettre votre savoir-faire ?

Il y aura bien sûr un suivi de la fréquentation touristique  et des recettes générées par ces initiatives pour voir et évaluer si cela  correspond bien à la demande. Pour ce qui est du partage avec d’autres régions, je pense qu’il existe déjà des programmes spécifiques. Je pense par exemple à RESTART MED, un projet qui vise à créer une base de données  européenne avec des produits touristiques durables et où plusieurs destinations européennes pourront participer. Un autre réseau européen qui me semble intéressant est NECSTouR, au sein duquel la Catalogne est très active et qui permet de partager des expériences pour inspirer d’autres régions et vice versa. A noter que les principales régions d’Espagne font partie de ce réseau, qui est vraiment fort utile pour partager les bonnes initiatives et les bonnes pratiques.

 VA/ Il y a quelques années, Barcelone a été victime de son succès jusqu’à pousser à bout des habitants locaux. Certes, le Covid est passé par là, mais quelle politique est aujourd’hui mis en place pour éviter les effets d’un surtourisme localisé ? Limitation des Airbnb ? Fin des low cost ? Quotas ?

Barcelone continue bien évidemment à œuvrer pour le développement d’un tourisme plus durable et pour lutter contre les hébergements touristiques illégaux. C’est un combat important et la municipalité a lancé une campagne pour sensibiliser touristes et résidents leur demandant de vérifier, avant de louer un lit, s’il est bien légal. Il s’agit donc d’un travail d’équipe qui implique tout le monde, un investissement collectif. Toutefois, la ville a aussi reçu des fonds européens (Next Génération), 50 millions qui ont permis de mettre en place un plan d’actions prévu pour déconcentrer touristiquement la capitale. Il s’agit donc de s’appuyer sur ce fond pour avancer ce chantier visant à déconcentrer, décongestionner, et digitaliser Barcelone et ce au travers de 21 projets identifiés. Parmi ces derniers, il est question de réhabiliter les espaces pour les citoyens et le visiteur, de renaturer les plages, de créer des polycentres dans Barcelone pour éviter que les Ramblas soit un centre-ville unique totalement saturé. La digitalisation va également permettre de mieux gérer les flux. Ainsi, si un site s’avère chargé ou saturé, il sera possible de proposer des alternatives de visites. Le plus important reste que le visiteur ait une expérience positive.

VA/ Souhaitez-vous nous pointer une dernière chose à ajouter, un projet, une information ?

Je souhaitais effectivement évoquer le Grand Tour de Catalogne, un circuit lancé en 2021 qui s’inscrit justement dans cette démarche d’un tourisme plus responsable, un tourisme inspiré qui favorise les expériences locales et  qui permette une découverte plus complète de la Catalogne avec différents tronçons ou parcours. Le Grand Tour de Catalogne peut se faire en voiture électrique car nous visons vraiment à mettre l’accent sur un tourisme régénératif, une dimension très importante pour nous, car nous tenons à ce que les touristes qui visitent la Catalogne laissent une empreinte positive pour la communauté. Enfin, un dernier point, nous faisons beaucoup d’efforts sur l’accessibilité et nous avons positionné la Catalogne comme une destination accessible à tous. Nous sommes très sensibles à cette dimension de l’inclusion dans le tourisme. En ce sens, nous avons un site internet spécifiquement dédié et nous avons réalisé de nombreux investissements auprès de  nos infrastructures et de nos équipements touristiques. Accessibilité pour tous et tourisme régénératif sont ainsi devenus deux valeurs socles pour nous.

———– Aller plus loin—————-

Catalunya Experience propose une gamme d’expériences touristiques uniques. À promouvoir avec les hashtags #GrandTourCatalunya, #GrandTourCatalonia et #CatalunyaExperience.

vidéo intéractive : grandtour.catalunya.com

www.enicbcmed.eu/projects/med-pearls

www.breathingland.com/en

Catalogne
Expérience : Musée du Papier © G.Clastres


La Catalogne se décentre pour un tourisme plus durable | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Geneviève Clastres
Auteur et journaliste indépendante spécialisée sur le tourisme durable et le monde chinois, Geneviève Clastres est également interprète et représentante de l'artiste chinois Li Kunwu. Collaborations régulières : Voyageons-Autrement.com, Monde Diplomatique, Guide vert Michelin, TV5Monde, etc. Dernier ouvrage "Dix ans de tourisme durable". Conférences et cours réguliers sur le tourisme durable pour de nombreuses universités et écoles.
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