#TourismeDurable
La feuille de chou est là

Il faut sauver Gili Trawangan !

| Publié le 16 juin 2019 • Mis à jour le 9 juillet 2019 à 9h40
         

Située à quelques encablures de Bali, Gili Trawangan est une petite île paradisiaque. Un de ces bouts du monde tellement idéal qu’il est devenu en quelques années le point de rendez-vous de la jeunesse du monde entier. Au risque d’en mourir, étouffé par son succès. C’est alors que dans l’indifférence générale, une jeune Française, Delphine, a lancé le combat pour essayer de sauver « l’île des chats »…

Gili Trawangan (à gauche) et ses deux petites soeurs

A une heure de bateau au nord-est de Bali, se trouve un petit paradis terrestre. Gili Trawangan, une île dont on fait le tour à pied en une heure et qui comptait, à l’origine, une dizaine de familles de pêcheurs. Mais voilà, « GT », comme on va vite la surnommer, possède des plages superbes, frangées de coraux et où les tortues marines nagent avec vous à cinq mètres du bord ; tous les jours ! Second bonheur : les voitures y sont interdites et les seules motos qui circulent sont, elles… électriques ! Sur GT tout le monde se déplace à pied, à vélo ou dans ces carrioles à cheval dont les clochettes tintinnabulantes s’inscrivent à jamais dans votre mémoire, B.O. définitivement originale de votre séjour dans ce petit coin magique. Avec ça, l’Indonésie a beau être le plus grand pays musulman du monde, l’islam pratiqué dans les îles est très tolérant : bière à volonté, donc ! Et comme si ce n’était pas assez, l’endroit n’est même pas un de ces ghettos touristiques comme il en existe tant, de nombreux Indonésiens y passent eux aussi leurs vacances. Enfin, fait remarquable pour la région, les habitants de GT adorent les chats. Qu’ils soient blancs, noirs, gris, tricolores ou tigrés, ces félins règnent en maîtres sur l’île. Egalement surnommée par certains : « l’île aux chats ».

Mais ça, c’est la photo prise de loin, ou bien 15 ans en arrière. Voici ce que cela donne aujourd’hui :

Après une forte marée, une farandole de plastiques sur des kilomètres…

Lorsqu’elle arrive sur l’île début 2004, Delphine Robbe, grande plongeuse devant l’éternel va rapidement traverser la carte postale et se rendre compte que l’endroit est, déjà, un chef-d’œuvre en péril. Si le mal est encore invisible, il a attaqué le fruit : les pêcheurs devenus depuis quelques années promeneurs de touristes, jettent en effet leur ancre n’importe où, détruisant dans l’insouciance la plus totale une barrière de corail qui est la ceinture vive de cet écosystème en forme de joyau. Monitrice de plongée passant la moitié de sa vie sous l’eau, Delphine en a le cœur brisé. Un certain temps. Celui de réaliser que si elle, ne fait rien, personne ne le fera à sa place. « Le plus grand danger pour la planète est de penser que quelqu’un d’autre va la sauver à votre place ! » se souvient-elle. A peine débarquée donc, ne connaissant personne et ne parlant pas (encore) la langue, elle décide de sauver l’île aux chats en commençant par sa barrière de corail. En novembre 2004, elle lance, seule, un centre de restauration du récif corallien. Son unique atout : elle a été formée à ces techniques rares et délicates et commence à se mettre à l’ouvrage. Tout en se battant avec acharnement une fois hors de l’eau pour sensibiliser les autorités locales et la population ; faire entendre à ceux qui ont des oreilles la voix de la raison : « Gaffe les amis : vous êtes en train de scier la branche sur laquelle vous êtes assis ! ». Vous pensez si on l’entend…

Delphine (à droite) avec une partie de l’équipe de Gili Ecotrust

« Les débuts furent extrêmement difficiles et frustrants, se souvient-elle. Tout le monde se moquait des problèmes d’environnement et on me prenait – au mieux – pour une folle. Impossible pour les locaux d’imaginer que je veuille simplement sauver des « cailloux ». Il a fallu des années avant que les gens comprennent que, non, je ne cachais rien et : non, je ne faisais pas cela pour l’argent. Juste pour ne pas vivre dans un cimetière doublé d’un dépotoir ! ».

Car la destruction du récif corallien est loin d’être le seul problème que rencontre « l’île aux chats ». Déjà, ce que l’on ne voit jamais dans l’émission Koh Lanta, mais que montre fort bien au contraire « The Island » ; C’est que l’Asie est devenue, d’un point de vue maritime, un océan de plastiques ; une vraie mine d’informations pour des extra-terrestre désireux de reconstituer notre mode de vie, car, sur ses plages, on trouve tout, absolument tout. Problème global donc. Auquel vont s’ajouter les fruits pourris de la pression touristique locale. Car à partir de 2008, internet étant devenu la caisse de résonnance que l’on sait, le buzz : « Gili Trawangan = The Paradise, man ! » fait exploser la fréquentation de l’île. Via les réseaux sociaux, « l’île aux chats » devient officiellement LA plage de Bali, doublée de SA disco. En un mot LE lieu où les fêtards du monde entier (dont énormément de Français) se retrouvent pour boire, danser, rire et chanter. 7 jours sur 7, 365 jours par an. Des 50 habitants initiaux, Gili (qui signifie île en indonésien) Trawangan va désormais devoir supporter plus d’un million (!!!) de visiteurs par an. Lesquels laissent derrière eux quelques centaines de millions de cadavres de bière ; Bintang, en général. Les déchets restants, 15 à 20 tonnes par jour quand même, sont « entreposés » dans une décharge, dans un coin… sous le tapis. Aussi, après cette guerre des coraux qu’elle est en train de faire tourner à son avantage, ayant installé plus de 150 récifs biorock, plusieurs nurseries et des centres de propagation, Delphine, en 2009, décide de partir en guerre contre les ordures.

Deux « jardiniers » travaillant à la restauration du récif de corail

Cette fois, il lui est moins difficile de se faire entendre. La jeune-femme est là depuis quelques années à présent et elle a tissé sur l’île un réseau de sympathisants sensibilisés à son combat. Notamment parmi les prestataires et commerçants, à l’exemple de David, le propriétaire du restaurant très en vue Egoïste chez qui les chats sont rois et qui relaie ses actions tout en essayant de sensibiliser les clients à un mode de farniente plus durable. Et puis les ordures, contrairement aux coraux qui sont invisibles et inodores, tout le monde les a sous le nez ! Ramassage, recyclage, upcycling, Delphine s’informe et se forme, prêche, démarche et négocie à longueur de journée. N’est-il pas évident qu’avec les quelques millions de bouteilles de Bintang consommé chaque année sur l’île, recycler le verre pourrait être utile, voire rapporter ? Ben non…
Le problème avec les ordures, c’est que c’est nettement moins valorisant que « sauver le corail », une action à laquelle plusieurs grandes compagnies, telle Total, se sont associées. Les années passent et Delphine ne lâche rien, poursuivant son combat sans relâche. Avec quelque résultat puisque aujourd’hui Gili Trawangan dispose d’un centre de tri et d’une déchetterie, le verre y est (enfin) recyclé tandis que 10% des ordures organiques sont déjà transformées en compost et que le prochain projet de Delphine (des écorangers) devrait démultiplier ce chiffre…

David et les chats…

En cours de route, sensible aux misères des quadrupèdes en tous genres, Delphine a créé une clinique pour les chats et les chevaux. Elle a également fait quelque progrès en pédagogie : « Avant, j’agonisais les pêcheurs que je voyais jeter leur ancre n’importe où à la manière du capitaine Hadock. Aujourd’hui, je me contente de leur mettre un masque sur le visage et de leur montrer les conséquences de leur geste ». Elle est à la tête de deux ONG, l’une dédiée aux récifs coralliens qui dispense 6 à 7 fois par an aux plongeurs du monde entier l’unique formation consacrée à la restauration des récifs, « mais aussi au jardinage et au blanchiment des coraux » (!). L’autre, montée en partenariat avec les autorités locales, qui se consacre aux déchets. Elle a créé 32 (!) emplois, dont 4 de « planteurs de corail » et les bureaux de Gili Ecotrust grouillent en permanence d’une bonne dizaine de stagiaires et de volontaires (vous bientôt, peut-être…). « Je ne sais pas si je parviendrais à sauver cette île, vous explique-t-elle entre deux coupures de courant, mais j’aurais vraiment essayé et cela aura été pour moi une forte expérience. Si jamais vous venez par ici, vous verrez que l’endroit en vaut la peine. Et puis, vous pourrez toujours nous donner un petit coup de main au passage, non ?… »

Jeu de pistes : www.Giliecotrust.com – Info@giliecotrust.com – FaceBook : Giliecotrust – Instagram : @giliecotrust

Les voisins à la rescousse…


Il faut sauver Gili Trawangan ! | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Jerome Bourgine
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