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Tourisme et habitants : quand le territoire devient une histoire à raconter

À l’occasion de l’Atelier Solutions «Habitants & Tourisme » organisé par Acteurs du Tourisme Durable (ATD) et Seine-Saint-Denis Tourisme, professionnels du tourisme, chercheurs, associations et acteurs de terrain ont partagé leurs expériences et leurs réflexions autour d’une question centrale : « Comment associer davantage les habitants au développement des projets touristiques et construire une véritable communauté d’hospitalité sur les territoires ? » La rencontre a notamment permis de croiser les regards sur la place des habitants dans les projets touristiques, l’évolution des perceptions du tourisme, les enjeux d’hospitalité et les initiatives développées en Seine-Saint-Denis.

Atelier Solutions Tourisme & Habitants ©ATD

La Seine-Saint-Denis, un territoire qui se transforme et qu’il faut raconter

En introduction, Olivier Meïer, directeur de Seine-Saint-Denis Tourisme, a rappelé la richesse d’un territoire encore parfois victime de stigmatisation, alors que cette image est loin de correspondre à sa réalité. La Seine-Saint-Denis est un territoire marqué par une histoire ouvrière forte. C’est aussi, comme cela a été rappelé, le département de France métropolitaine le plus pauvre et le plus jeune. Il compte pourtant de très nombreuses associations et initiatives innovantes. Son histoire industrielle a laissé de nombreuses friches aujourd’hui en reconversion. Le territoire accueille également de grands événements. Le Stade de France, construit pour la Coupe du monde de football de 1998, puis les Jeux olympiques ont notamment constitué des accélérateurs de transformations urbaines. Ces événements ont également accompagné la création ou la transformation d’équipements sportifs, avec notamment sept ou huit nouvelles piscines. Derrière ces transformations, une conviction : « Un territoire qui se transforme est un territoire à raconter. »Pour Olivier Meïer, il faut raconter les territoires à travers des récits, des personnes, des success stories, mais aussi à travers les histoires plus profondes qui constituent leur ADN.

Pour un tourisme qui ne soit pas élitiste

Présidente d’Acteurs du Tourisme Durable, Caroline Mignon a ensuite rappelé les enjeux liés à l’hospitalité, en soulignant notamment que le tourisme durable ne devait pas devenir un tourisme élitiste. « L’enjeu est de construire un tourisme à la rencontre des gens, à l’écoute des récits et des habitants. » Elle a ensuite rappelé les différentes missions d’Acteurs du Tourisme Durable dont le rôle de plaidoyer sera particulièrement scruté en cette année électorale. Faire en sorte que tous les publics puissent partir en vacances, rôle du tourisme comme levier de développement local, prise en compte des habitants dans les schémas de développement touristique, défense des agences de l’Etat qui font un travail remarquable, les enjeux sont nombreux.  Une référence à un mémoire d’étudiant sénégalais a notamment été citée par celle qui est aussi maîtresse de conférence en tourisme à l’ESTHUA (Angers)  : « Là où le tourisme est passé, la pauvreté a reculé. » L’objectif est d’influencer une transition positive du tourisme en travaillant avec les habitants, sur les territoires, afin de mettre en avant leurs récits et ce qui peut rendre un territoire désirable.

Que pensent réellement les habitants du tourisme ?

Le premier temps de l’Atelier était consacré aux inspirations et retours d’expériences, avec une table ronde intitulée : « Faire avec les habitants : construire un tourisme partagé avec son territoire. » La question posée était simple : comment mieux prendre en compte le vécu, les besoins et les initiatives des habitants pour faire évoluer les projets touristiques ? Plusieurs approches ont été évoquées : démarches participatives, implication citoyenne, projets co-construits avec les habitants et expériences de territoires fondées sur les retours d’usage. François Desbos, chef de pôle analyses territorialisées à Atout France, a apporté un éclairage à partir des principaux chiffres clés de l’étude « Perception du tourisme par les résidents français ». L’enquête a été menée à deux reprises, en 2022 puis en 2023, dans le cadre du « Resident Sentiment Index ». L’objectif était de mesurer le sentiment des habitants vis-à-vis de l’activité touristique sur leur territoire. Il s’agissait d’abord de déterminer le niveau de perception des touristes français et internationaux qui fréquentent les territoires, mais aussi d’associer cette approche au niveau de perception des résidents eux-mêmes. L’enquête a été réalisée auprès de femmes et d’hommes résidant en France, avec un échantillon calibré à partir des références de l’Insee. Une trentaine d’indicateurs ont été regroupés autour de quatre thèmes : l’impact global du tourisme, le soutien à la croissance touristique, l’indice de considération du tourisme et l’analyse des nuisances liées au tourisme. Une comparaison européenne a également été établie à partir d’une moyenne portant sur 13 nations européennes, chaque pays étant pondéré afin de constituer une norme de comparaison.

Une perception positive, mais un vrai décalage avec les attentes des habitants

La deuxième enquête, menée en 2023, a permis d’affiner les résultats grâce à des « boosts territoriaux », avec onze zones supplémentaires correspondant à différents types d’espaces : Grand Paris, grandes villes, villes moyennes, campagne, littoral et montagne. Premier enseignement : les Français portent majoritairement un regard positif sur le tourisme, mais cette perception reste sensiblement moins favorable que chez leurs voisins européens. 43 % des habitants considèrent que le développement du tourisme a davantage de conséquences positives sur leur territoire, contre 11 % qui perçoivent davantage de conséquences négatives, soit un score net de 34 %, inférieur de 13 points à la moyenne européenne. Les bénéfices les plus nettement associés au tourisme concernent l’offre d’activités culturelles et de loisirs ainsi que la présence du patrimoine. En revanche, les résultats sont plus faibles lorsqu’il s’agit de la qualité de vie des résidents, de la protection de l’environnement ou de la propreté des espaces publics. Deuxième enseignement, et paradoxe important : les habitants restent largement favorables au développement touristique. 63 % considèrent que leur région doit continuer à se promouvoir pour attirer des touristes, soit sept points de plus que la moyenne européenne. Cet indice de soutien intègre notamment la fierté à l’égard du territoire, qui atteint 68 %, mais aussi l’envie de partager son territoire, l’attitude favorable à l’hébergement touristique et l’envie de participer. Le point de fragilité apparaît ailleurs : dans le sentiment que les habitants sont insuffisamment pris en considération. À la question de savoir si la politique touristique prend bien en compte son impact sur la vie des habitants, seuls 14 % répondent positivement, soit 13 points de moins que la moyenne européenne. C’est là tout le paradoxe mis en évidence par l’enquête : les habitants ne rejettent pas le tourisme ; ils demandent surtout que son développement tienne davantage compte de leur vie quotidienne. Les nuisances identifiées permettent de comprendre cette attente : difficultés de circulation et de stationnement, affluence et foules, problèmes de propreté et de bruit, augmentation des prix de l’immobilier et du coût de la vie, sentiment d’insécurité, désertification des centres-villes ou encore perte d’authenticité. Face à ces constats, six pistes de travail ont été identifiées : favoriser l’implication des résidents à travers des espaces de dialogue, offrir des contreparties tangibles face aux nuisances, mieux gérer les déchets, sensibiliser les touristes aux enjeux environnementaux fragiles, contenir la tension immobilière et encourager une meilleure répartition des flux dans l’espace et dans le temps. L’enjeu n’est donc pas de choisir entre habitants et touristes, mais de construire les conditions d’un développement touristique que les habitants puissent à la fois accepter, accompagner et s’approprier.

Montmartre : quand le ressenti des habitants révèle une transformation du tourisme

Les habitants comme usagers du bien commun

Rémy Knafou, géographe et professeur émérite, a ensuite partagé son analyse à partir d’un livre blanc consacré au tourisme à Montmartre. Ce travail a été réalisé à la demande d’une association de défense de Montmartre (voir ressources ci-dessous), confrontée à un poids du tourisme devenu difficile à supporter, avec notamment la perspective des élections municipales de 2026. Il a également bénéficié de l’appui de l’Office de tourisme de Paris et d’Airbnb, qui a ouvert ses données. Faute de temps et de moyens, le travail s’est principalement concentré sur des entretiens avec des habitants et des commerçants. Le guide d’entretien était général et assez ouvert, afin de laisser émerger leur perception des enjeux touristiques. Le constat qui ressort de ces entretiens est frappant : une très grande convergence d’opinion entre les personnes interrogées. Elles décrivent la perception d’un tourisme de plus en plus envahissant, avec des nuisances devenues préjudiciables. Ce ressenti semble pourtant difficile à mettre en regard des données de l’Observatoire du tourisme parisien, qui ne mettent pas en évidence une augmentation de la fréquentation touristique correspondant à cette perception.

Rémy Knafou souligne alors l’intérêt de confronter le ressenti des habitants et des commerçants au phénomène observé. La fréquentation semble avoir atteint une forme de plafonnement, mais, indépendamment du nombre de touristes, la forme que prend ce nombre a changé. Le développement du tourisme en groupe et l’apparition de nouveaux comportements chez les touristes individuels jouent notamment un rôle important. Les « free tours » se développent, avec de plus en plus de groupes, de toutes tailles. Une grande partie du mécontentement des habitants serait liée à leur multiplication. Selon Rémi Knafou, la puissance publique intervient encore très peu sur ce terrain. En été, certains habitants vont jusqu’à fermer leurs fenêtres et à vivre côté cour.

Une nouvelle manière d’occuper Montmartre

Le géographe rappelle qu’il y a une dizaine d’années, les touristes étaient fortement concentrés sur quelques espaces : la place du Tertre, la rue Norvin, le funiculaire, les marches… Dès que l’on sortait de ces lieux, les rues pouvaient redevenir calmes. Cela a changé. Même avec un nombre de touristes qui n’augmente pas nécessairement, ceux-ci investissent aujourd’hui l’espace différemment. Des guides les amènent dans des lieux où ils ne seraient pas forcément allés seuls. La fréquentation s’étend désormais aux faces nord et sud de la Butte. Il y aurait ainsi beaucoup moins de rues tranquilles dans l’espace touristique montmartrois. Cela fait apparaître une forme de contradiction : la dispersion des flux peut entraîner davantage de nuisances sur un territoire plus vaste, alors qu’auparavant les nuisances étaient davantage concentrées. Le cas de Montmartre est toutefois particulier : il s’agit de la partie la plus touristique de Paris, mais aussi d’un espace habité par une population assez huppée. Une forme de « Not in My Garden » apparaît alors en filigrane. Des constatations qui ont aussi amené Rémi Knafou à s’interroger sur la notion de biens communs et de la manière de mieux définir ce que constitue un « bien commun » : une ressource partagée, un espace public, mais aussi une ambiance, la vie locale ou encore l’identité d’un quartier. Avec en ligne de mire : trouver un équilibre entre usage et préservation sachant que la pression d’usage est souvent asymétrique : les touristes bénéficient de ce bien commun sans y participer réellement, en dehors de la taxe de séjour.

Pour Les Oiseaux de passage, la clé de voûte n’est « ni les touristes, ni les habitants ».

Clément Simonneau, co-gérant de la coopérative Les Oiseaux de passage, a proposé une mise en perspective autour de la notion d’hospitalité. Son propos s’appuie notamment sur deux expériences : Marseille HospitalitéS et Hôtel du Nord. Face à une problématique d’image et à l’envie d’être acteurs de leur territoire, les habitants se sont mis en mouvement. Ils ont notamment construit des balades. Aujourd’hui, plus de 150 balades par an sont proposés dans les quartiers nord pour raconter l’histoire des quartiers. Ils ont également développé de l’hébergement : chambres d’hôtes et gîtes urbains chez l’habitant. Une soixantaine de gîtes sont ainsi tenus par des personnes qui habitent autour de Marseille. Un constat s’est alors fait jour : environ la moitié des nuitées ne concernait pas des touristes mais des personnes venues pour rendre visite à un proche hospitalisé ; d’autres liées aux zones franches ou aux zones industrielles du port, d’autres encore pour des concours, des examens, et tout autre besoin d’accueil. De nombreux motifs différents sont ainsi apparus, laissant apparaitre que dans les métiers de l’hospitalité, il ne faut pas penser uniquement aux touristes. Aujourd’hui, à Marseille, les habitants ont donc construit des partenariats avec nombre d’acteurs au-delà des touristes. Tous peuvent renvoyer vers cette communauté d’hospitalité avec une offre sélectionnée et adaptée. Les services ont donc évolué en fonction des besoins avec un réel bénéfice entres économique pour tous.

Faire de l’hospitalité une fonction utile au territoire

En outre, pour aller plus loin dans la démarche, Les Oiseaux de passage ont également monté un programme de recherche dans différents territoires, notamment en Seine-Saint-Denis, à Étretat et à La Rochelle, afin d’observer la réalité des opérateurs touristiques. Le constat est que, pour beaucoup d’entre eux, ces autres formes d’hospitalité sont également essentielles dans leur modèle économique. Chaque territoire possède ses propres catégories de personnes à accueillir. Il existe donc différentes façons d’aider un territoire à développer son hospitalité, certains préfèreront la montée en gamme de leurs hébergements touristiques, d’autres auront plutôt l’idée de cibler des publics différents. L’enjeu étant toujours l’équilibre entre les différentes stratégies et permettre également un développement propre à accueillir toutes les personnes de passage.

En ce sens, le collectif Marseille Hospitalités cherche précisément à comprendre qui a besoin de venir dans une ville comme Marseille. Les touristes, bien sûr, mais aussi les étudiants qui ne trouvent pas de logement, ou encore les personnes qui viennent pour des raisons de santé. Des informations ont ainsi pu être collectées sur différentes situations, notamment autour de l’hospitalité et de la santé mentale ou de l’hébergement d’urgence. Des foyers de jeunes travailleurs ont développé des partenariats avec des hôtels. Des démarches ont également été menées auprès d’hébergeurs touristiques. Ces formes d’hospitalité existent donc, mais elles restent parfois hors radar. Afin de leur donner de la visibilité : le « Carnet des hospitalités marseillaises » rassemble une soixantaine de propositions concrètes. L’objectif : travailler plus finement les équilibres entre commerce, immobilier, tourisme et autres besoins du territoire. Dans les zones peu touristiques, ces démarches peuvent également contribuer au dynamisme local. Dans les territoires très touristiques, travailler les autres hospitalités peut constituer un moyen de développement sans nécessairement passer uniquement par la montée en gamme. Le tourisme peut devenir une fonction support, et non simplement un secteur économique isolé.

Atelier Solutions Tourisme & Habitants ©ATD

En Seine-Saint-Denis, construire l’offre avec les habitants

Olivier Meïer a ensuite repris la parole pour présenter cette fois plus concrètement les initiatives mises en œuvre par Seine-Saint-Denis Tourisme pour faire du tourisme un levier au service des habitants et favoriser leur appropriation du territoire. La construction de cette offre s’inscrit dans une destination « Grand Paris », avec la volonté d’affirmer une singularité par rapport à Paris, à l’image de ce que peut représenter Montmartre. Pour la Seine-Saint-Denis, cette singularité repose notamment sur son histoire populaire et industrielle. Le territoire doit donc trouver sa place et ne peut satisfaire la curiosité des visiteurs qu’en misant sur ce qui fait sa spécificité. Mais cette offre n’est pas pensée uniquement pour attirer des visiteurs : l’habitant fait partie intégrante du projet touristique. Une offre touristique peut aussi permettre à celui qui vit sur le territoire d’en découvrir une facette qu’il ne connaissait pas, de mieux comprendre son environnement et, à travers lui, de mieux situer le visiteur dans ce territoire. Une démarche qui relève aussi d’une forme d’éducation populaire. Il ne s’agit pas de développer un tourisme « du bas de chez soi », mais un tourisme qui s’inscrit dans un territoire accessible à la journée ou à la demi-journée. L’un des enjeux est ainsi d’inciter les Parisiens à franchir le périphérique. La véritable carte du tourisme parisien est aussi celle du métro et, parfois, du train de banlieue : l’offre doit s’inscrire dans ce territoire accessible.

Cette approche suppose également de donner à voir les controverses qui traversent les territoires. La gentrification, par exemple, peut être perçue comme une amélioration ou comme une crainte. L’enjeu est alors de permettre aux visiteurs de comprendre qu’il existe plusieurs façons d’appréhender une histoire et les transformations d’un quartier. Ces projets sont construits avec de nombreux acteurs, parmi lesquels les guides-conférenciers professionnels, mais ceux-ci ne sont pas « l’alpha et l’oméga » de la démarche. Une association locale, un artisan ou un habitant peuvent eux aussi porter un propos singulier et une dimension très personnelle. Le travail de l’agence départementale de développement touristique passe également par les communes, comme à Noisy-le-Grand, notamment autour des Espaces d’Abraxas de Ricardo Boffill, où le film Brazil de Terry Gilliam a été tourné, ou à Bagnolet, autour du quartier des Malassis et d’associations qui mobilisent les jeunes.  La Grande Randonnée organisée par Est Ensemble et Seine-Saint-Denis Tourisme a ainsi rassemblé 450 personnes venues découvrir ce que faisait une association. L’enjeu est à la fois de faire émerger l’offre avec les habitants et de l’éditorialiser, en l’inscrivant dans des rendez-vous et des événements : les Journées de l’architecture, le « Grand Paris Food Tour », ou encore, début août, cinq parcours conduisant vers Saint-Denis. Dans cette approche, l’habitant devient l’articulation maîtresse du projet touristique : non seulement celui à qui le territoire doit bénéficier, mais aussi celui qui contribue à le raconter et à en révéler les différentes facettes.

Faire découvrir un territoire à travers la mémoire de ses habitants

Jean-Jacques Clément, de l’association Mémoire Vivante de la Plaine, guide et habitant du quartier, a témoigné de sa manière de faire découvrir son territoire à travers son regard d’habitant, son histoire, sa mémoire et les transformations qu’il a vécues. L’association, qui fêtera ses 30 ans cette année, s’est construite autour de la rencontre, de la participation, de l’échange et de la transmission. Jean-Jacques Clément est lui-même habitant de La Plaine depuis la quatrième génération. L’association organise des expositions dans différents lieux, autant d’occasions de provoquer des rencontres, et travaille avec des publics très divers, des habitants aux chercheurs et universitaires. Son périmètre dépasse Saint-Denis centre et couvre Saint-Ouen, Aubervilliers, le nord de Saint-Denis, la Plaine Saint-Denis ainsi que les 18e et 19e arrondissements de Paris. À travers des ateliers avec les anciens du quartier, l’association collecte des documents et des traces de cette histoire locale. Un travail filmographique et de recueil de témoignages est également mené autour d’une question : « Comment les gens racontent leur quartier ? » Une mémoire qui se construit donc au fil des rencontres et des récits, grâce au travail de bénévoles.

Cette mémoire constitue aussi la matière première des balades proposées par l’association, qui peuvent réunir de quatre ou cinq personnes jusqu’à cinquante et durer d’une heure à quatre heures. Longtemps confrontée à des moyens limités, Mémoire Vivante de la Plaine voit aujourd’hui émerger un intérêt croissant pour ces territoires, notamment grâce à une plateforme qui permet d’accueillir des visiteurs venus parfois de plus loin que la seule Île de France. La Tour Pleyel, comme les transformations liées aux Jeux olympiques, suscite notamment la curiosité. Les balades mêlent passé proche, passé lointain et transformations urbaines, et répondent aussi aux interrogations des nouveaux habitants : « C’est quoi ce quartier ? Qu’est-ce qui s’est passé ? » Mais les publics ne sont pas uniquement touristiques. L’association organise également des balades pour les nouveaux salariés, notamment à la demande de la SNCF, et travaille avec des entreprises, des agences d’urbanisme et des écoles d’architecture, notamment avec des étudiants en thèse. À travers ces expositions, séances de cinéma, balades, témoignages et collectes, l’association contribue ainsi à faire découvrir la Seine-Saint-Denis autrement, à partir de ceux qui l’habitent et de ceux qui en connaissent intimement l’histoire. Une approche résumée par Jean-Jacques Clément en une phrase : « Je suis né dans ce bain de la Seine-Saint-Denis. »

Le tourisme ne peut plus être pensé uniquement à partir de la personne qui visite.

Tout au long de l’atelier, une même idée est revenue sous des formes différentes : le tourisme ne peut plus être pensé uniquement à partir de la personne qui visite. Il doit aussi prendre en compte celui qui habite. Les données d’Atout France montrent que les habitants peuvent largement soutenir le développement touristique, tout en exprimant une attente forte concernant la prise en compte des conséquences du tourisme sur leur vie quotidienne. L’expérience de Montmartre montre que la question ne se résume pas au nombre de touristes : leur manière d’occuper l’espace peut profondément transformer le vécu des habitants. Les expériences marseillaises montrent, elles, qu’un territoire gagne à regarder l’ensemble des personnes qui ont besoin d’être accueillies, au-delà des seuls touristes. Enfin, la Seine-Saint-Denis donne à voir une autre possibilité : construire une offre touristique à partir de l’histoire, des transformations et des habitants du territoire eux-mêmes. Raconter un territoire, ce n’est donc pas seulement montrer ses lieux emblématiques. C’est aussi raconter ceux qui y vivent, ceux qui l’ont construit, ceux qui le transforment, ceux qui en gardent la mémoire et ceux qui viennent aujourd’hui le découvrir. Et peut-être, surtout, faire en sorte que le tourisme permette aux habitants eux-mêmes de mieux comprendre, mieux connaître et mieux raconter le territoire auquel ils appartiennent.

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Lien vers les Ateliers Solutions d’ATD :

Atelier solutions ATD – Habitants & Tourisme – Acteurs Tourisme durable

– Le prochain Atelier Solutions est prévu le 29 septembre à Puteaux : « Comment mettre en place une stratégie bas carbone ? »

Atelier solutions ATD – Stratégie bas-carbone – Acteurs Tourisme durable

Ressources citées par les participants à la Table Ronde :

Seine-Saint-Denis Tourisme : Seine-Saint-Denis tourisme à deux pas du centre de Paris

Etude Atout France : Perception du tourisme par les résidents français | Atout France

Livre Blanc. Rémi Knafou : Livre blanc sur le surtourisme à Montmartre –

La coopérative : Les Oiseaux de Passage :  Les oiseaux de passage

La coopérative Hôtel du Nord : Hôtel du Nord – Fabrique d’histoires

Marseille HospitalitéS : Marseille HospitalitéS

Le Carnet des Hospitalités marseillaises :  Notre carnet des hospitalités marseillaises – Marseille HospitalitéS

Association Mémoire Vivante de La Plaine :  Mémoire Vivante de La Plaine | Hier – Aujourd’hui – Demain

→ Ressources citées ensuite dans lors de l’Atelier participatif

Revue ESPACES : Numéro spécial « Habitants et Tourisme » : Revue Espaces : Habitants et tourisme (2026)


Tourisme et habitants : quand le territoire devient une histoire à raconter | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Geneviève Clastres
Auteur et journaliste indépendante spécialisée sur le tourisme durable et le monde chinois, Geneviève Clastres est également interprète et représentante de l'artiste chinois Li Kunwu. Collaborations régulières : Radio France, Voyageons-Autrement.com, Monde Diplomatique, Guide vert Michelin, TV5Monde, etc. Dernier ouvrage "Dix ans de tourisme durable". Conférences et cours réguliers sur le tourisme durable pour de nombreuses universités et écoles.
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