#TourismeDurable
La feuille de chou est là

Congrès annuel du GSTC : quelques résultats concrets…

| Publié le 23 janvier 2020 • Mis à jour le 12 février 2020 à 14h49
Thèmatique :  Acteur associatif   Conseils   Formations   Ingénierie   Portrait   Tourisme de masse 
         

Créé voici douze ans pour définir les règles mondiales du tourisme durable, le GSTC (Global Sustainable Tourism Council) tenait sa conférence annuelle début décembre aux Açores. L’occasion de faire le point avec  son président, Luigi Cabrini…

Randy Durband, CEO of GSTC – Glenn Mandziuk, CEO of Thompson Okanagan Tourism Association (TOTA) – Luigi Cabrini, Chair of GSTC

Voyageons autrement : Depuis quand le GSTC existe-t-il ? Qui sont ses membres et quel est son rôle exact ?

Luigi Cabrini : Le GSTC a été créée en 2007 à l’initiative de la fondation des Nations Unies. L’Organisation Mondiale du Tourisme, diverses agences de l’ONU, de nombreuses ONG ainsi que des représentants du secteur privé ont participé à sa création. Le but initial étant donc de définir des critères généraux de durabilité appliquée au tourisme et pouvant être appliqués partout dans le monde. Si les membres concernés par nos travaux sont aujourd’hui de plus en plus nombreux et proviennent d’horizon variés, nous nous sommes au départ intéressés à définir les critères concernant les acteurs privés. Mais rapidement, les institutions et gouvernements ont trouvé dans notre travail des éléments les intéressant pour monter leur propre régulation et c’est une grande satisfaction de voir à présent nos liens avec les autorités publiques de nombreux pays se multiplier.

VA : Vous-même, personnellement, de quel secteur d’activité venez-vous et pourquoi avoir voulu rejoindre cette organisation ?

LC : Ancien journaliste, je suis entré à l’ONU dans les années 80. Après avoir travaillé pour le Haut-Commissariat aux Réfugiés, le dynamisme du secteur touristique m’a conquis et je suis entré à l’OMT (Organisation Mondiale du Tourisme). J’y suis devenu directeur en charge du tourisme durable et c’est à ce titre que j’ai participé à la création du GSTC que j’ai fini par rejoindre et dont on m’a proposé la présidence. Il s’agit d’une activité bénévole, mais je l’accomplis avec un immense plaisir.

VA : Pouvez-vous résumer le travail effectué à ce jour par le GSTC, au terme d’une bonne dizaine d’années d’existence ?

LC : Dès 2008, nous avons commencé de définir les critères de durabilité s’appliquant au secteur privé : hôtels et tour-opérateurs en priorité. Ce fut un énorme travail d’exploration des centaines de programmes de certification existant. Nous sommes finalement arrivés à un corps simple contenant l’essentiel des critères répartis en 4 piliers (Gestion, Environnement, aspects Sociaux-Economiques et aspects Culturels). Un travail qui ne fut pas seulement de « cabinet » et d’experts puisque pour parvenir à ce but nous avons menés de très nombreuses consultations publiques. Nous venons par exemple dernièrement d’envoyer 150.000 mails pour fédérer les bonnes pratiques et avons reçu des centaines de réponses. 5 ans après ce premier chantier, en 2013, nous sommes passés des acteurs privés aux destinations et pays. Sachant que les critères auxquels nous aboutissons sont certes utilisés pour certifier mais également pour former, de nombreuses universités et écoles les ayant adoptés comme référence dans leurs programmes.

VA : Concrètement, quels résultats et avancées le GSTC a-t-il obtenu ? Combien de destinations et d’entreprises suivent aujourd’hui ses critères ?

LC : Une cinquantaine d’acteurs majeurs sont arrivés à intégrer nos critères, les accréditations étant difficiles à obtenir et les changements impliqués longs à opérer. Aucun greenwashing n’est possible ; le public ayant l’assurance d’être face à des acteurs vraiment engagés. Mais prenons par exemple le cas du tour-opérateur TUI avec lequel nous travaillons depuis début 2008. Depuis cette date, plus de 9 millions de voyageurs ont choisi de rejoindre les hôtels proposés, tous certifiés. Résultat : 10% de CO² et 24% de déchets en moins, 19% d’eau économisée, 23% d’énergie verte utilisée en plus. Sans négliger – essentiel ! – un taux de satisfaction de la clientèle plus élevée ! Je cite cet exemple car il est important de faire savoir que contrairement à ce que pensent certains, la durabilité ne consiste pas à « réduire », mais à obtenir de meilleurs résultats et d’être davantage apprécié.

VA : Le GSTC ne s’occupe pas uniquement de critères, il se propose également d’aider les acteurs du tourisme désireux d’évoluer, non ?

LC : Tout à fait. Comme je viens de le dire, le chemin vers l’accréditation est parfois long et difficile ; nous sommes donc ravis lorsque des pays comme l’Equateur ou l’Indonésie s’emparent de nos critères pour créer leur propre politique et avancer à leur rythme. En tout, aujourd’hui, plus d’un millier d’acteurs (et gouvernements) utilisent ces critères. Loin d’être encore certifiées, de nombreuses destinations cherchent simplement à s’améliorer, à se mettre en route. Nous leur proposons alors de leur envoyer un expert pour faire le point et les aider à mettre en place un groupe de travail qui abordera sereinement ce grand chantier. Nous faisons donc également beaucoup de conseil, oui.

VA : Le GSTC organise-t-il des conférences internationales régulièrement ? Les ethnologues et les climatologues, les premiers, ont renoncés à ce type de meeting pour atténuer leur empreinte carbone. Qu’en pensez-vous ?…

LC : Nous organisons chaque année une conférence mondiale, plus deux ou trois conférences « régionales », en Europe ou en Asie. Certes, nous prenons l’avion pour nous y rendre, mais nous réduisons au maximum notre empreinte : toute l’année, les membres du GSTC n’ont pas de bureau dédié et, lors de ces conférences, aucun recours n’est fait au plastique ni au papier, nous ne consommons que des produits locaux et tâchons de nous retrouver dans des endroits (comme cette ile des Açores cette année) vivant essentiellement du tourisme. Hors saison tant qu’à faire. On fait donc de notre mieux, mais, à ce jour, le travail à accomplir nécessite encore que nous nous rencontrions physiquement, partagions et échangions en direct. Tout ne peut pas non plus se faire via internet…

VA : Quelle était l’actualité de cette conférence 2019 ?

LC : Ce fut une belle conférence, avec une participation importante et des contributions de qualité. De nombreux aspects importants y furent abordés tel le marketing de la durabilité, élément essentiel s’il en est, l’élimination progressive des matières plastiques, l’amélioration de la politique des achats, la mise à jour des accréditations, la lutte contre le changement climatique, etc. Et pour revenir à votre question précédente, nous avions invités plusieurs pays nordiques qui en sont, de leur côté, à réduire les voyages en avion. Nous les avons donc écoutés avec grand intérêt. Et nous avons enfin semé de nombreuses graines de progrès… qui germeront dans les temps à venir.

VA : Avez-vous l’impression que le tourisme durable progresse véritablement dans les mentalités… et dans le monde réel ?…

LC : On constate des progrès évidents, oui, même si les résultats sont encore très insuffisants. Néanmoins, le fait majeur est, d’une part, que la jeune génération ait les idées claires là-dessus et n’ait aucune envie de tergiverser, seulement de sauver la planète. Nous leur préparons des outils précieux pour cela. D’un autre côté, économiquement, comme le montre l’exemple de TUI (et nous avons un programme similaire en cours avec les croisiéristes pour qu’ils ne travaillent plus qu’avec des prestataires certifiés), si la durabilité est encore discutée par certains, elle n’est plus une option, elle est devenue LA voie d’avenir, sur laquelle la majorité des organismes concernés s’engageront, tôt ou tard.

VA : De quoi n’avons-nous pas parlé qui soit important pour vous ?

LC : Je voulais juste dire un mot des voyageurs et donc, des médias. Le tourisme, ce sont des acteurs plus des voyageurs. Or, ce sont précisément ces voyageurs qui créent la dynamique du marché et en définissent la demande réelle, en modelant leur comportement d’après les informations qu’ils reçoivent. D’où l’importance capitale des médias dans votre genre qui doivent, non seulement, donner une vision réaliste du paysage, mais aussi inciter les gens à changer. Et nous pouvons ensuite, de notre côté, les y aider, car tout le monde peut nous approcher et travailler avec nous…

La conférence #GSTC2019 est couverte par Voyageons-autrement avec le soutien de TV5MONDE et de l’association des Acteurs du Tourisme Durable (ATD).

Jerry Spooner, director Vanuatu Tourism & Luigi Cabrini, Chair of GSTC © Simon Louvard


Congrès annuel du GSTC : quelques résultats concrets… | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Jerome Bourgine
Ecrire et voyager. Voyager et écrire... Depuis 50 ans.
Facebook

Partagez cet article

Une autre façon de soutenir Voyageons-autrement, média indépendant, gratuit et sans Pub c'est aussi de partager cet article. Merci d'avance 😉

Découvrez nos abonnements

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Informations utiles pour voyager

Conférence mondiale : «Sur la voie d'un tourisme durable» La conférence mondiale GSTC 2019 se déroulera sur l'Île de Terceira aux Açores du 4 au 7 décembre 2019. Elle réunira des acteurs du tourisme national et...

Reporting back from GSTC 2019: Marketing sustainability and influencing travellers’ preferences From #GSTC2019, the French-speaking media platforms TV5 Monde and Voyageons Autrement, which aim at raising awareness...

Congrès annuel du GSTC : quelques résultats concrets... le GSTC (Global Sustainable Tourism Council) tenait sa conférence annuelle début décembre aux Açores. L’occasion de faire le point avec  son président, Luigi...

Reporting back from GSTC 2019 Consumers' trends and slow travel Conscious Travel founder Anna Pollock leads a presentation on consumers' trends and slow tourism exposing the work and thoughts of three panelists:...

GSTC 2019, le tourisme durable vu par The Travel Foundation Graeme Jackson, responsable des partenariats de The Travel Foundation révèle le travail et la vision de la fondation britannique en matière de tourisme...

RECEVEZ LA VERSION NUMERIQUE DE LA FEUILLE DE CHOU* PAR MAIL * Le canard pas comme les autres

DANS LE DOSSIER VOYAGEONS-AUTREMENT :
GSTC 2019 Terceira

voir la carte
L'actu en continu
Les catalogues Voyagiste

Agenda