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Oenotourisme : 18 mesures pour viser l’excellence !

| 25 avril 2016 • Mis à jour le 25.04.2016 à 10h56
Thèmatique :  Initiative nationale   Institutionnel   Territoire   Tourisme de masse 
         


A l’issue des Assises du tourisme de juin 2015, l’oenotourisme avait été retenu comme l’un des 5 pôles d’excellence à soutenir pour renouveler l’image de la France (au même titre que : la montagne en été, le tourisme de savoir-faire, l’écotourisme et le tourisme nocturne). Moins d’un an plus tard, Michel Bernard, président du cluster oenotourisme chez Atout France, vient de remettre son rapport : 18 mesures visant à rapprocher la qualité de l’accueil reçu dans nos vignes de celle du vin qu’elles produisent. Conversation avec l’intéressé…

Michel Bernard 2

 

Voyageons Autrement : Qu’est-ce qui caractérise l’oenotourisme à la française, son ADN ?

Michel Bernard : Notre particularité, partagée avec quelques autres nations européennes, tient à la structure de notre viticulture où existent un grand nombre de petites et moyennes exploitations, contrairement au reste du monde qui fonctionne davantage sur de grands domaines pratiquant donc un oenotourisme à grande échelle, plus structuré et organisé. Certains ont pu penser que cette particularité était un désavantage pour la pratique de l’oenotourisme, mais c’est un point de vue très controversé. Personnellement, je suis au contraire convaincu que c’est un atout, car ce que recherchent les visiteurs, de nos jours, c’est  rencontrer le vigneron ou sa famille, sur son site, exerçant sa passion. Et non pas avoir affaire à un employé lambda, aussi compétent soit-il. Intimement intriqué dans le tissu territorial, l’oenotourisme est non seulement une chance pour le vigneron, mais il en est également une pour l’ensemble du territoire dont la vie économique de proximité se trouve dynamisée.

VA : Combien notre oenotourisme attire-t-il de visiteurs chaque année et quel est son potentiel de croissance ?

MB : Une des premières mesures que nous avons proposées est de mettre en place une structure chargée d’actualiser les chiffres en notre possession. Disons que le nombre de touristes concernés oscille aujourd’hui entre 7 et 10 millions de personnes, selon les diverses définitions retenues de l’oenotouriste. Ce que j’ai fortement ressenti, en tous cas, en effectuant ce travail, c’est que notre oenotourisme (qui n’a pas 20 ans dans l’ensemble) sortait de ses années de jeunesse et entrait dans l’âge de la maturité. Nous nous trouvons actuellement dans une dynamique d’autant plus vive que l’on sait désormais mieux comment faire, ce qui convient et ce qui convient moins. Partant de là, l’oenotourisme devrait se développer d’au moins 20 à 30% dans les prochaines années.

VA : Quels sont les atouts et les limites de l’oenotourisme à la française tel qu’il existe aujourd’hui ?

MB : Les atouts sont multiples et sont d’abord ceux de notre pays : l’infini richesse des paysages rencontrés, le mariage de nos vignes avec nos châteaux, nos villages, nos campagnes. Et puis il y a cette dimension humaine qui constitue un formidable atout, cette rencontre voulue avec le viticulteur, l’homme qui fait le vin et en parle mieux que quiconque. Enfin, dans l’oenotourisme que nous préconisons, la force nait de l’alliance entre l’oenotourisme et les autres atouts du territoire : son patrimoine historique en pays de Loire, ses paysages viticoles superbes en Alsace, les balades à vélo et les randonnées, etc. Cette complémentarité faisant de nos campagnes de mini « Disneyland du vin » représente un atout marketing évident. Quant aux limites, comme toujours, il s’agit avant tout de proposer une offre répondant à la demande. Or, l’oenotourisme consiste moins à apprendre à des touristes à faire du vin qu’apprendre à des vignerons à faire du tourisme. Ce qui implique un réel engagement personnel : être disponible, patient, courtois… Non pas que les vignerons ne le soient pas, mais l’oenotourisme présente certaines contraintes qui font que l’on ne doit si engager que si on le désire vraiment, et si l’on est prêt à faire quelques efforts personnels pour cela. Comme apprendre un minimum d’anglais, une des formations aujourd’hui les plus fréquemment proposées (gratuitement !) par les syndicats interprofessionnels, très actifs de ce côté.

Domaine Côte de Nuits©Atelier Démoulin

VA : Vous avez donc mené une enquête dont le but était de proposer des mesures concrètes destinées à améliorer l’offre oenotouristique. A la demande de qui, à quel titre et de quelle manière ce travail s’est-il effectué ?

MB : Messieurs Fabius, alors ministre des affaires étrangères et Fekl, secrétaire d’Etat chargé, entre autres, de la promotion du tourisme, souhaitaient faire le point sur l’offre oenotouristique au moment où celle-ci a été retenue comme pôle d’excellence de notre tourisme. Ils voulaient voir également de quelles façons on pouvait harmoniser et améliorer cette offre. Ils ont donc confié cette tâche au président du cluster oenotourisme chez Atout France que je suis et, avec quelques représentants du ministère, entre février et septembre 2015, nous avons donc organisé un grand nombre de rencontres et de réunions pour entendre acteurs et spécialistes. Nous avons pour cela retenu un public très large : vignerons, négociants, hôteliers, réceptifs, institutions touristiques, restaurateurs, T.O, agences, etc. Nous avons ensuite rédigé le rapport que nous avons rendu en fin d’année dernière.

VA : Au terme de votre enquête, vous retenez 4 principaux types de mesures à prendre. Il s’agit d’abord, selon vous, de mieux accompagner les vignerons impliqués (2 mesures dédiées)…

MB : C’est ce que nous venons d’évoquer. Le tourisme ne s’improvise pas, c’est un métier, dont le but est de satisfaire une demande, en faisant, si possible, plaisir au client. Or, chez nous, l’oenotourisme va du petit panneau « cave à visiter » accroché à la porte au véritable complexe hôtelier style hameau Blanc ou Caudalie. Un spectre très large, donc. Or le seul fait de transporter des touristes dans un minibus à travers ses vignes réclame en France de détenir un permis spécial. Nous avons donc commencé par faire une sorte de boîte à outils donnant à chacun toutes les informations indispensables ; document de référence constituant une sorte de manuel de base également. La seconde partie du travail d’information et de formation concrète des viticulteurs revient à l’interprofession. La priorité consiste donc aujourd’hui à désigner qui, dans chaque région, sera l’interlocuteur privilégié des viticulteurs impliqués dans l’oenotourisme.

Le Clos Saint Louis - Fixin

VA : Il s’agit ensuite d’adapter la réglementation (5 mesures dédiées)

MB : Ces mesures recouvrent divers sujets techniques plus ou moins importants. L’oenotousime, situé entre deux métiers, et donc deux « juridictions », met le doigt sur plusieurs vides juridiques qu’il s’agit de combler, intelligemment. Que se passera-t-il par exemple si un touriste se blesse durant les vendanges et que l’on accuse alors le vigneron d’avoir recours  à du « travail irrégulier » ? Peut-on par ailleurs exiger d’une minuscule cave vieille de trois siècles qu’elle soit accessibles à tous au moyen d’une rampe ou d’un ascenseur ? Doit-on attendre encore 5 ans et entrer en procédure judiciaire parce que l’on a aménagé un local pour y recevoir des touristes alors que la constructibilité des terrains agricoles est aujourd’hui exclusivement limitée aux « aménagements directement utile à l’exploitation » ? Ce que ne sont pas les touristes. Etc. etc. De nombreux projets sont bloqués à cause de cela. On ne peut rester dans ce vide juridique, ce flou… Nous courons donc d’un ministère à l’autre pour tâcher de régler ces problèmes sachant qu’en France, tout ce qui touche à la loi est pour le moins complexe…

VA : Il s’agit également de rendre l’offre oenotouristique plus lisible et facile à promouvoir (5 mesures)…

MB : Le portail dédié, réalisé par le cluster d’Atout France, a été mis en ligne en février dernier et a été réalisé grâce aux 17 destinations où l’oenotourisme est le plus important. On devrait par ailleurs pouvoir bientôt parler d’oenotourisme sans être obligé d’ajouter à chaque phrase de son message : « à consommer avec modération » (loi Evin). Cela dit, on nous a bien fait comprendre qu’il allait faire très attention de ce côté à ne pas déraper, quitte à tout perdre…

VA : Il s’agit enfin de mieux accueillir et orienter les touristes (6 mesures)…

MB : Il y a 15 ans, ce sont les vignerons qui, de leur propre initiative et individuellement, ont initié l’oenotourisme ; rejoints ensuite par les associations interprofessionnelles, puis les territoires. Humainement, stratégiquement, financièrement et juridiquement, il revient à ces collectifs et associations de passer la vitesse au-dessus et de s’engager davantage si l’on souhaite voir la croissance de l’oenotousime passer à deux chiffres. Eux seuls ont la capacité de relayer la dynamique actuelle avec suffisamment de puissance. Il serait intéressant également, chaque interprofession ayant rédigé sa charte en son temps, de toiletter et harmoniser celles-ci que l’on puisse commencer de parler d’une seule voix.

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VA : Qu’est-ce qui va se passer maintenant ?

MB : Nos mesures ont officiellement été proposées à Matthias Fekl, le secrétaire d’Etat chargé du dossier le 19 avril dernier. Un certain nombre d’actions sont déjà en cours ou en préparation, au sein du cluster comme des ministères concernés. La réunion du 19 a également servi de rapport d’étape pour la mise au point du calendrier. A l’exception de 4 ou 5 mesures mineures, toutes devraient être mises en chantier, voire menées à terme, cette année, dans les mois qui viennent ; rendez-vous ayant déjà été pris avec les interprofessions.

Le plus délicat consistera sans doute à faire voter un amendement à la loi du travail en ce moment ! (sourire)…

18 mesures : http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/IMG/pdf/feuille_de_route_pole_oenotourisme_finalisee_cle8a8249.pdf

Portail dédié, réalisé par le cluster d’Atout France
http://www.visitfrenchwine.com/

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Par Jerome Bourgine
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