#TourismeDurable

Citoyens de la Terre, 18 ans de tourisme solidaire

| 10 janvier 2019 • Mis à jour le 10.01.2019 à 10h34
Thèmatique :  Acteur associatif   Conseils   Projet solidaire 
         

Depuis dix-huit ans, Citoyens de la Terre crée des liens, met en réseau dans le but de développer une intelligence territoriale et citoyenne, en Région Sud et dans les pays méditerranéens. Portrait d’une association née avec le tourisme responsable et solidaire et qui en a fait son dada.

Fédérer les initiatives de tourisme solidaire, ici et là-bas

Tout démarre en 2000 quand Virginie Vaicbourdt et Alex Frick, encore étudiants, décident de monter l’association Citoyens de la Terre. “On nous parlait déjà à l’époque d’enjeux par rapport à l’environnement. Après une mission de volontariat en Amérique Centrale, on a décidé de passer à l’action”, explique Alex. Virginie ajoute qu’il y avait déjà des associations étudiantes dans le domaine de la solidarité internationale à Marseille : “on s’est lié à elles et on a monté notre premier projet de solidarité internationale : l’aménagement d’un parc au Costa Rica“. La création de Citoyens de la Terre correspond aux débuts du tourisme solidaire. Dans cette mouvance, l’association veut fédérer les initiatives dans le domaine avec cette vision qu’un tourisme qui ne profite pas au territoire n’a aucune cohérence.

Ain Baida © Alex Frick – Citoyens de la Terre

Puis les deux étudiants réalisent vite que “c’est bien d’aller à l’autre bout du monde mais qu’il y a aussi à faire ici en terme de tourisme solidaire”. Nous sommes en 2004 et l’appellation de tourisme solidaire n’est pas la bienvenue dans les pays du nord. Pourquoi aurait-on besoin de “solidaire” chez nous ? “Pourtant, on commençait à voir apparaître des petites notions de développement durable“, souligne Virginie. Du coup, Citoyens de la Terre prend la vague et travaille à la mise en place de réseaux entre différents acteurs, avec des collectivités locales et du développement durable, et introduit les concepts d’économie circulaire et d’intelligence territoriale. “Il s’agit de mettre en lien les gens sur les territoires, de rendre ces derniers dynamiques, de proposer des services et des produits en lien avec le tourisme”. Le tout sur le plan international : “On a toujours voulu garder nos pieds ici et là-bas”, explique Virginie.

Le réseau AREMDT

A propos de là-bas, le CCFD Terre Solidaire, qui soutient Citoyens de la Terre depuis ses débuts, entame avec ces derniers une réflexion sur l’action solidaire directement menée par les partenaires au sud. C’est dans ce contexte que Virginie et Alex rencontrent Noureddine El Harrak, directeur de l’association marocaine SODEV en 2006. Cette dernière devient un partenaire-clé dans la création du réseau AREMDT (Agir Responsable En Méditerranée, “c’est aussi le nom d’un village marocain”, précise Alex) finalisée en 2007. Une vingtaine d’organisations du pourtour méditerranéen font partie du réseau. “L’idée, c’est de trouver des partenaires et des projets grâce à ce réseau”, explique Virginie. “Il s’agit aussi de renforcer les liens entre les acteurs, de mettre en place des formations… “, ajoute Alex.

Chez Fatima © Alex Frick – Citoyens de la Terre

Noureddine donne un exemple concret, celui de Fatima, qui avec son mari a transformé son riad traditionnel du village d’Ain Baida dans la province de Ouezzane – à 2h30 au sud de Tanger – en gîte. “On les a aidés financièrement à adapter leur maison, à développer de l’agriculture bio et aujourd’hui, Fatima et son mari commencent même à faire travailler des jeunes du village comme guides pour les groupes de touristes qu’ils reçoivent”, explique Noureddine. D’ailleurs, il souligne que ce sont surtout des touristes marocains qui viennent : “Les gens ont de plus en plus d’argent pour voyager au Maroc, ils peuvent redécouvrir leur territoire le temps d’un weekend”.

Chez Fatima © Alex Frick – Citoyens de la Terre

Et sur ce type de projet, Citoyens de la Terre vient en appui. “On travaille par exemple sur la visibilité des projets comme sur le site Visit Ouezzane, et sur la manière de les rendre autonomes car c’est le but”, explique Alex.

Noureddine enchaîne sur l’intérêt d’un réseau comme AREMDT : “C’est la même Méditerranée autour de laquelle nous vivons mais il faut développer la réflexion commune. Nous, on veut que les acteurs locaux puissent émerger, que les concepts comme le tourisme solidaire puissent créer le bonheur des populations, comme à Ain Baida où nous avons mis en lien Fatima et son mari avec les agriculteurs du coin et la coopérative des femmes. A partir d’où vous vivez et de ce que vous vivez, vous pouvez mettre en place des structures pour accueillir des gens sans nécessairement faire construire un grand hôtel !”

Il évoque ensuite la dimension politique, les réunions avec les gouverneurs destinées à montrer que ce genre d’exemple peut servir de modèle et aussi s’appliquer à la ville. Il conclut : “Le tourisme c’est aider les petits bouibouis, renforcer les petits acteurs pour qu’ils puissent offrir un service professionnel cohérent et le tout dans la dignité”.

Produits souvenirs écos © Alex Frick – Citoyens de la Terre

Territoires en vie

Retour sur Marseille Métropole où Citoyens de la Terre développe la démarche “Territoire en vie”. Alex donne l’exemple de Gréasque et de Gardanne, deux territoires en mutation. Il expose la problématique : Comment accompagner des acteurs pour stimuler l’attractivité sur ces anciennes mines de charbon ? “On a travaillé avec des artisans, des hébergeurs, des associations à partir d’ateliers. L’idée est venue de concevoir et de fabriquer des objets souvenirs localement pour le Musée de la Mine à Gréasque et l’Eco-musée de Gardanne. Il y avait des trucs sans âme, venus de Chine. Les nouveaux souvenirs sont aujourd’hui vendus dans les deux musées”, explique Alex. Au-delà de cet exemple, Alex révèle que de plus en plus d’entreprises de plus grande envergure s’intéressent aux actions et aux services proposés par Citoyens de la Terre. “Elles réfléchissent avec nous pour savoir comment impliquer les petites entreprises, les artisans locaux dans ces gros projets de mutation”.

Virginie revient sur l’importance du lien pour qu’il y ait un impact sur le territoire : “Ce qui nous porte ici ou ailleurs, c’est de créer du lien entre les gens. Quand on n’a pas soi-même la solution, elle existe à côté. Elle peut être apportée soit par une réflexion collective soit par son voisin. Un élément extérieur peut servir de lien. C’est un exemple de coopération“. Alex rebondit sur les échanges nord-sud : “On a aussi fait venir des partenaires du sud pour leur montrer la dynamique d’ici. Et on a également une dimension pédagogique : on donne des cours en management du tourisme durable à l’université de Toulon. On fait réfléchir les étudiants sur des exemples de cas concrets du territoire. On leur fait identifier les besoins, les enjeux et on leur demande ce qu’ils peuvent faire à partir de ça”.

Outre la dimension pédagogique, Citoyens de la Terre propose également des services aux entreprises pour qu’elles renforcent leur impact sur le territoire. Il s’agit d’évaluer leur RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises) à travers une grille d’évaluation et de l’améliorer en proposant une possibilité d’accompagnement.

Produits souvenirs écos – © Alex Frick – Citoyens de la Terre

L ‘avenir

Sur les projets tels que celui de Fatima, il reste à développer l’aspect commercialisation. “Pour le futur, il faut que les locaux apprennent à s’organiser, à créer une agence de voyage”. Virginie partage le point de vue de Noureddine : “Nous, on plante la graine, on la fait pousser mais qui va récolter ? Pour l’instant, ça coûte cher de booker du tourisme solidaire. Soit on paye cher car un pourcentage est reversé aux populations locales soit on se débrouille tout seul mais on risque de passer à côté de plein de choses”. Il reste donc du pain sur la planche pour développer cet aspect.

En attendant, Citoyens de la Terre est aujourd’hui “majeure” et compte bien poursuivre sa vie d’adulte sur le même chemin. De nouveaux projets sont en cours comme celui de soutenir l’ouverture d’un restaurant dans un oasis tunisien, avec des produits du terroir bios. Pour la petite histoire, la création de liens a tellement bien marché que la propriétaire du restaurant s’est mariée avec son voisin agriculteur… Pas étonnant qu’Alex ne voit “que du bonheur” dans l’avenir. L’idée est de continuer à coopérer, à partager au maximum, “c’est ce qui nous porte depuis 18 ans”, surenchérit Virginie avant de conclure par une belle métaphore : “si tu veux faire un bon couscous, il faut mettre plusieurs ingrédients, plusieurs épices et de bons produits. C’est pareil pour nos projets : ils sont pleins de gens différents qui font de belles choses”.


Citoyens de la Terre, 18 ans de tourisme solidaire | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Elisabeth Blanchet
Ancienne prof de maths, je me suis reconvertie dans le photo journalisme en 2003 à Londres où je vivais. J’ai travaillé pour différents magazines dont Time Out London et j’ai développé des projets à longs termes dont un sujet les préfabriqués d’après-guerre, une véritable obsession qui perdure, les Irish Travellers -nomades Irlandais- dans le monde, les orphelins de Ceausescu - je suis des jeunes qui ont grandi dans les orphelinats du dictateur depuis 25 ans -. Je voyage beaucoup et j’adore raconter des histoires en photo, avec des mots, en filmant, en enregistrant… Des histoires de lieux, de découvertes mais surtout de gens. Destinations de cœur : Royaume-Uni, Irlande, Laponie, Russie, Etats-Unis, Balkans, Irlande, Lewis & Harris Coup de cœur tourisme responsable : Caravan, le Tiny House Hotel de Portland, Oregon – Mon livre de voyage : L’Usage du Monde de Nicolas Bouvier – Le livre que je ne prends jamais en voyage : L’oeuvre complète de Proust à cause du poids – Une petite phrase qui parle à mon cœur de voyageur : « Home is where you park it »
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Une réponse à Citoyens de la Terre, 18 ans de tourisme solidaire

  1. Laurie a commenté:

    Heureuse de découvrir cette association et en plus à Marseille ! Quelle chance !

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