#TourismeDurable

Voyage aux sources du locatourisme…

| Publié le 18 août 2020 • Mis à jour le 19 août 2020 à 8h30
         

A l’heure où les micro-aventures font le buzz, les gens redécouvrent le Latourex, cet incroyable inventaire à la Prévert dédié au Voyage dans lequel le pionnier du tourisme expérimental qu’est Joël Henry décline les mille et une façons d’aller voir Ailleurs. Rencontre ébouriffante avec cet éternel créatif…  

locatourisme voyager près de chez soi

Voyageons Autrement : Joel Henry, merci de vous présenter en quelques mots…

Joël Henry : Je vis à Strasbourg où je suis journaliste pour la presse et la télévision. Je rédige également des guides de voyages et, depuis trente ans donc, je m’occupe du Latourex que j’ai créé avec un ami. Ce Laboratoire du Tourisme Expérimental étant un organisme qui s’attache à trouver toutes les manières d’aller voir ailleurs. De préférence sous forme de jeu.

VA : Votre intérêt pour le locatourisme et ce que l’on appelle désormais les « micro-aventures » se révèle aujourd’hui être totalement d’actualité. Comment est-il né ?

JH : Il y a dix ans, je participais en tant que chroniqueur à une émission de France 3 région durant laquelle nous avons à la fois abordé le sujet du tourisme durable à Bali et celui des débuts du locavorisme, selon lequel il est préférable de s’approvisionner en produits et aliments produits près de chez soi ( à moins de 100 miles selon les « règles » retenues). Tout ceci afin de réduire notre empreinte carbone. Sachant que les déplacements en avion étaient responsable de quelque chose comme 8% de ces fameuses émissions de carbone, il m’a paru légèrement contradictoire de faire plus de 10.000 km en avion avant de se décider à être un peu plus vertueux…

VA : Quand, poussé par quel élan et dans quel but avez-vous créé le Latourex ?

JH : Dans les années 90 mes amis et moi-même étions mordus de jeux, notamment de grandeur nature qui vous amène à bouger. Un soir, nous avons décidé de prendre à rebours l’idée du « voyage organisé » qui ne nous séduisait pas plus que ça. Nous avons donc décidé de nous rendre chacun séparément au même endroit, à Zurich, qui n’était pas trop loin et sans endroit emblématique majeur agissant comme un aimant. Sans le vouloir et sans téléphone mobile (ils n’existaient pas !) nous nous sommes tous retrouvés. Incroyable. Nous avons été scotchés par ce synchrotourisme que nous venions d’inventer et plus encore par le fait que chacun d’entre nous portait sur la destination un regard très différent. Cette expérience m’a profondément marquée, autant par le fait qu’elle révélait à quel point le voyage est subjectif que par celui qu’au final, c’était davantage le moyen retenu pour découvrir un lieu que ce lieu lui-même qui comptait. C’est à partir de là que j’ai commencé de répertorier tous les moyens envisageables de découvrir un endroit.

VA : Cécitourisme, cunéitourisme, alphatourisme. Le Latourex est un véritable inventaire à la Prévert. D’autres que vous le nourrissent-ils ?

JH : Non, pas tant que cela. Il sert surtout de source d’inspiration. A l’époque de la parution du guide sur le tourisme expérimental publié par les éditions Lonely Planet que j’ai co-écrit (2006), il y a eu un pic d’intérêt et d’échanges autour de mes propositions, mais c’est principalement moi qui alimente le site.

VA : Quelles formes étonnantes proposées avez-vous-même pratiquées qui vous ont surprises par leur richesse insoupçonnées ?

JH : Cette première expérience du Synchrotourisme m’a tellement marquée que je l’ai reproduite ensuite 7 fois, avec  ma compagne et toujours sans téléphone mobile ni aucune communication bien sûr. Dans l’espoir chaque fois (ou la crainte ?…) que nous ne nous rencontrions PAS. Et bien non, quelle que soit la destination choisie (une grande ville en général), nous nous sommes toujours retrouvés ! Etonnant : le résultat autant que le sentiment qui vous accompagne lorsque l’on se promène dans un endroit où l’on sait que la personne que l’on aime se trouve aussi, mais sans savoir si l’on va la croiser ou pas.

Nous avons également beaucoup apprécié le R-tourisme qui se concentre uniquement sur le voyage du retour. Vous partez n’importe où, vite et vous revenez vers chez vous bien plus lentement, en prenant le temps de découvrir chaque kilomètre qui vous rapproche de « chez vous ». Nous avons fait cela en filant aux sources mêmes du Rhin puis en revenant tranquillement en vélo avec ma compagne en suivant les berges de ce fleuve en en découvrant la vie. Une expérience magique.

VA : Le Latourex comporte de nombreuses formes de locatourisme. S’agit-il là selon vous davantage qu’un concept de passage répondant aux contraintes de l’époque ?

JH : Diverses formes de locatourisme sont en effet proposées dans le Latourex et c’est clairement celle des « micro-aventures » qui a connu le plus de succès. Parce qu’elle repose sur le contact avec la nature je pense. Qui nous manque et est donc de plus en plus recherché. Tout ceci s’est bien entendu diversifié et approfondi, intégrant la question des déplacements (à pied et à vélo surtout) et de l’hébergement : bivouac, emplacement camping, etc. autant de modes d’action tendant vers un tourisme plus sobre. On sait depuis quelques années déjà maintenant qu’il nous faut établir un rapport plus sobre et responsable avec la nature et cela commence à passer dans les mœurs, surtout porté par les nouvelles générations. Donc, logiquement, je pense que le phénomène va durer et s’accentuer

VA : Des communautés et plates-formes comme Chilowé ou Helloways, voire des Tour opérateurs proposant des micro-aventures voient le jour. Vont-ils selon vous prospérer ?

JH : Oui car, comme nous venons de le dire, cela correspond aux préoccupations du moment, sachant que l’un des atouts (et attrait) majeurs du locatourisme est qu’il est d’abord… économique ! Et comme le désir de bouger, découvrir, voyager n’est pas prêt de s’éteindre, ces initiatives sont à mon avis porteuse d’un bel avenir.

VA : Selon vous, le confinement va-t-il accentuer ce mouvement ou bien au contraire créer un vaste appel d’air qui démultipliera les déplacements quand il prendra fin ?

JH : Je ne sais pas. Personne en réalité n’est en mesure de dire ce qui va arriver, certainement pas les voyagistes et compagnies aériennes qui sont complètement dans le flou. Nous n’avons tout simplement jamais vécu une telle situation. Alors oui, le tourisme devrait reprendre, mais plus lentement. Certains se demandent comment le locatourisme pourrait fonctionner, quel intérêt il y a à se rendre dans des destinations plus proches mais n’offrant « a priori » aucun attrait flagrant, marketing. Mais l’expérience proprement-dite – que de plus en plus de gens pratique donc – raconte autre chose : comme je l’ai dit, on découvre à quel point le ressenti du voyage est subjectif et qu’en effet, comme l’affirme les philosophes et nombre de penseurs depuis toujours, voyager, c’est avant tout changer de regard sur les choses. Et c’est ce qui commence à se passer. A partir de combien de kilomètres est-on Ailleurs ?… Alors, oui, la tentation de partir à la fin des restrictions va être forte mais il semblerait que celle de retrouver les autres, nos proches, soit plus forte encore !

VA : Comment avez-vous vécu le confinement ?

JH : Il m’a permis d’expérimenter deux nouvelles formes de voyage. D’une part, j’effectue chaque jour une petite marche autour de chez moi et je reporte la distance parcourue sur Google Earth pour voir où je me trouve, à quoi ressemble l’endroit. Je me suis ainsi mis en route vers Berlin à 140 km de la maison et j’y arriverai tôt ou tard. Et puis j’epxérimente, chez moi, la célèbre approche proposée voici ces décennies par l’écrivain Xavier de Maistre dans son ouvrage « Voyage autour de ma chambre » : scruter un lieu que l’on pense parfaitement connaître pour en épuiser le contenu…

VA : Le mot de la fin ?

JH : On parlait au début du locavorisme qui définit la distance d’approvisionnement maximale à 100 miles (chez les Anglo-saxons). Il est quand même amusant que, concernant le déconfinement, le premier ministre vienne d’annoncer que la distance maximale que chacun a le droit de parcourir soit justement de… 100 km !  


Voyage aux sources du locatourisme… | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Jerome Bourgine
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