#TourismeDurable

Quand Kevin Girard fait le Point…

| 16 décembre 2016 • Mis à jour le 16.12.2016 à 9h30
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Point VoyagePoint Afrique, Point Afrique-Voyages, Point-Voyages, il était temps de faire un point avec Kevin Girard, qui a pris la suite de Maurice Freund, pour mieux comprendre et appréhender les nouvelles routes d’un voyagiste pas comme les autres, qui a ouvert le ciel puis la voie à bien des parcours, voyageurs ou voyagés, pour le bonheur des hôtes. Echanges avec Kevin Girard.

 

VA/ Pouvez- vous présenter votre parcours pour nos lecteurs ?

J’ai commencé tout jeune comme guide pour la Fédération Unie des Auberges Jeunesses (FUAJ). Quand la FUAJ a mis la clef sous la porte, j’ai créé ADEO avec deux collègues à moi. A l’époque, on n’avait pas un sou, pas de licence, et nous sommes allés voir Maurice Freund à Point Afrique pour qu’il nous aide à faire une extension de licence. Mais au final, comme j’étais surtout passionné d’Afrique, très rapidement, j’ai rejoint Maurice qui a proposé de m’engager. J’avais 23-24 ans et c’était pour moi une belle opportunité. En 2005, j’ai eu besoin d’aller voir si l’herbe était plus verte ailleurs et j’ai travaillé trois années à Terres d’Aventures, de très bonnes années, fastes, où l’Afrique avait le vent en poupe.  Je suis finalement retourné à Point Afrique mais cette expérience a été très structurante pour moi.

VA/ Point Afrique qui est devenu Point Afrique Voyages puis finalement Point-Voyages…

Tout à fait, nous avons décidé de devenir Point-Voyages lorsque nos destins africains et sahariens n’ont plus été viables et qu’il nous a fallu nous internationaliser pour ne pas nous enfermer géographiquement, ce qui aurait signé notre arrêt de mort. En plus, il était beaucoup plus facile pour nous de repartir sur une nouvelle structure. Il faut savoir qu’avec  Point Afrique nous sommes passés de 40 millions d’euros de chiffre d’affaire à 1 million, et de 100 employés à 3, l’explication est géopolitique mais les financiers n’en ont que faire, et repartir sur une nouvelle structure nous permettait de nous dégager de cette histoire douloureuse pour repartir sur des bases saines. Aujourd’hui, je suis le président de Point-Voyages, dans la continuité de Point Afrique Voyages qui existe toujours et duquel je suis aussi président.

Paysages du Tchad

Kevin Girard au Tchad (Borkou)@DR

VA/ En octobre 2014, lorsque Maurice Freund quitte ses fonctions et vous passe le flambeau, c’est un sacré challenge non ?

C’est déjà un grand privilège. De toute sa très longue carrière, je suis le seul à qui il ait passé le flambeau. Et un énorme challenge, oui et non, car on avait tellement touché le fond que lorsqu’il me lègue la boutique, elle a encore une excellente image mais a juste pâti d’un mauvais positionnement géographique, d’une zone qui s’est peu à peu fermée. Or, si on souffrait d’avoir les mauvaises destinations, on avait en revanche un fichier client gigantesque, près de 47 000 personnes qualifiées et réactives, une sacrée expérience et donc une excellente image… restait à proposer autre chose ! C’est ce que j’ai tout de suite eu envie de faire, par exemple avec l’Ouzbékistan, un rencontre avec un prestataire qui m’a plu tout de suite, un programme bouclé, et en trois jours, une première date remplie…

VA/ Quel a été votre première décision pour trancher avec une personnalité aussi forte que celle de Maurice Freund ?

Ma première décision a été l’extension de notre zone d’action, soit une internationalisation  dans le principe. Nous ne pouvions plus nous limiter à  la seule Afrique, il fallait ouvrir partout. Et c’est ainsi qu’est né Point-Voyages. Ma deuxième décision a été de développer les outils de communication et de marketing. Jusque là on n’utilisait que très peu d’outils, or on peut avoir de beaux produits mais cela ne suffit pas, il faut aussi savoir les vendre. Sans les monopoles incontournables de nos avions, nous avons du apprendre à jouer dans la cour des autres, et donc à nous vendre. Avant, on ne savait pas ce que c’était, on avait un excellent produit, des billets d’avion directs, avec atterrissages sur site, prix imbattable. On était incontournable. Enfin, courant 2015, il a fallu transformer Point Afrique en Point-Voyages, comme nous l’avons déjà abordé, et pour la simple raison que lorsque l’on vend de la Birmanie et que l’on s’appelle Point-Afrique, on n’est pas crédible…

Entretien Kevin Girard

Maurice Freund@DR

VA/Face à la dramatique crise qui touche l’Afrique et notamment le Sahel, le continent africain est-il encore une des vos destinations phare ?

Oui et non, on a une zone de compétence africaine, et les mêmes personnes qui nous faisaient confiance pour le Sahel nous font aujourd’hui confiance pour l’Ethiopie, l’Afrique australe, etc. L’Afrique reste de fait le continent que je vends le plus, à plus de 40%, parce que  les 47 000 clients de notre fichier sont très qualifiés sur l’Afrique, même s’ils nous suivent aujourd’hui sur bien d’autres destinations. Et aujourd’hui, nous proposons en tout cinquante et une destinations, avec certaines qui marchent très bien comme le Moyen-Orient, la Palestine,  mais aussi l’Inde et des pays plus à la mode comme la Birmanie, le Vietnam, le Sri Lanka, l’Iran, Cuba, la Bolivie, le Pérou, la Colombie…. Je ne suis pas surpris en revanche de voir que chez nous, la Mongolie ou l’Asie centrale marchent très bien, car on est dans cette logique des pays nomades, des grands espaces, des déserts qu’affectionnent nos clients.

VA/ Et le tourisme durable pour Point-Voyages ?

Si le nom a évolué, l’esprit n’a pas changé. Le tourisme pour le tourisme ne nous passionne pas. Ce qui nous intéresse, c’est les échanges avec les autres, que le tourisme devienne une manne pour permettre à une communauté de vivre, un moyen d’échange…. Pendant très longtemps, l’aérien a été chez nous un très bon outil de désenclavement absolu, une manne surpuissante pour désenclaver les régions et les faire vivre à part entière. On prône évidemment le tourisme en petits groupes qui se dispersent ensuite sur le territoire. On fait appel à des petits acteurs locaux, de petites structures locales, des guides, chauffeurs, etc.

On s’est toujours engagé. On a toujours soutenu nos communautés. Par exemple, en essayant de doter de moyens logistiques nos interlocuteurs. Si un chauffeur nous a tapé dans l’œil et n’a pas son matériel, on va lui proposer un marché : je te finance une voiture, puis, tu me la rembourses sur les clients que je t’amène. C’est un peu le principe du microcrédit sans intérêts, et ça permet à ce petit chauffeur d’avoir quelque chose à  lui. En sus, si on n’amène de clients, le chauffeur n’est pas obligé de nous rembourser. Ainsi, on évite la caricature de l’assistanat. On veut de la dignité, que les gens travaillent sérieusement. Et on fonctionne sur ce modèle pour des 4X4, des pinasses sur le fleuve Niger, avec des chameliers, etc. En Palestine, on aide des campements à mettre en place des douches et des panneaux solaires, de même ils remboursent sur la base des clients qu’on amène. Ils sont très motivés, cela permet une espèce de fidélisation, offre un gage de qualité, et tout le monde est gagnant.

Freund-Pierre-Rabhi

Maurice Freund et Pierre Rabhi dans le désert des Agafay en novembre dernier@DR

VA/ Un label ?

Un label, surtout pas. On ne veut pas se faire récupérer. L’ATES a toujours voulu qu’on fasse partie du réseau. Aujourd’hui c’est ATR qui nous drague. On ne veut pas être encarté. Le tourisme alternatif ne consiste pas à dire mais à faire. Or Maurice Freund est sur le terrain depuis les années 1970 et n’a pas envie d’être récupéré à des fins « marketing ». Certes, il y a des gens très bien dans ces réseaux, mais d’autres juste intéressés par l’aspect marketing des labels.

VA/ Vous étiez récemment au Maroc avec Maurice Freund, comment va-t-il et suit-il toujours l’activité de son « bébé » ?

Maurice a décroché, mais pas de tout, et notamment pas de la coopérative Point-Afrique-Développement dont nous faisons partie et qui est notre maison mère. Maurice Freund en reste le président. Aujourd’hui, il s’intéresse de plus loin à ce que nous faisons en revanche, dès lors que nous avons des activités aériennes, ça l’amuse. Par exemple, son projet en cours est de faire changer les couleurs apposées par le ministère des Affaires Etrangères en Mauritanie et sortir du rouge pour pouvoir réinstaurer le tourisme sur place. Depuis 2007, la Mauritanie est le bon élève de la bande Sahélo-Saharienne, le pays est sécurisé, on pourrait réinstaurer du tourisme là bas. Malheureusement, suite au kidnapping des Français, le principe de précaution consiste à tout mettre en rouge, quitte à déstabiliser des régions qui vivaient alors du tourisme.

———– ALLER PLUS LOIN ——–

http://www.point-voyages.com/


Quand Kevin Girard fait le Point… | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Geneviève Clastres
Journaliste indépendante, auteur, spécialiste de la Chine, de l'Asie, sinologue. Publications sur le tourisme équitable. Livres documentaire jeunesse sur l'Asie. Reportages divers.
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