#TourismeDurable
La feuille de chou du tourisme durable

La forêt et la plaine des Maures

| 10 octobre 2014 • Mis à jour le 13.10.2014 à 9h38
Thèmatique :  Bons plans   Territoire 
         

Rien de tel qu’une balade à travers le massif des Maures avec Denis Huin, “promeneur professionnel“, s’amuse-t-il, plus précisément l’un des trois guides naturalistes du Var. Rien de tel pour comprendre l’écosystème du lieu, les liens entre les hommes et la nature il y a de cela longtemps, et le présent si fragile de ce massif et de sa plaine.

Sur le pic venteux à 768 m d’altitude qui héberge les fondations de la chapelle Notre Dame des Anges, construite en 517 par Thierry Ier, le fils de Clovis, le regard embrasse toute la côte varoise, jusqu’aux îles de Porquerolles et du Levant. Des îles qui ne formaient qu’un bloc avec le massif des Maures en une lointaine époque géologique, explique Denis. L’endroit foisonne de chênes-liège, de chênes verts, de châtaigniers, de pins, et s’il offre une solitude appréciable, il n’est guère facile d’accès à pied en raison des dénivelés et des chemins caillouteux qui y mènent. Il est plus accessible aux cyclistes, particulièrement en automne, quand la saison est plus fraîche. Sur les versants les plus exposés au soleil prolifère un maquis dense et odorant. Avec un peu de chance, on peut apercevoir l’aigle royal ou entendre une chouette hululer.

Une vue jusqu'aux Alpes © Sabine Grandadam

Vue sur la Corse d’un côté et vue jusqu’aux Alpes de l’autre © Sabine Grandadam

L’épaisseur de la forêt des Maures et son contraste avec la côte inondée de lumière auraient donné son nom au massif après l’invasion sarrasine en France, entre les 8è et 9è siècles.

De fait, la première mention de “montagne maure“ (maura, noir en provençal) remonte à 888 (selon Wikipédia).

Ces étrangers au visage sombre ont peut-être contribué à baptiser le massif des Maures, mais, suggère notre guide, “Mauro“ est aussi le nom que l’on donnait aux charbonniers qui fabriquaient du charbon de bois pour le vendre à la ville.

Contrairement au reste de la Provence où la population vivait de la vigne, du blé et de l’olivier, les gens du massif ont longtemps vécu des ressources de la forêt : chasse, pêche, châtaignes, miel, petits fruits et liège. Il fallait trois ans de formation au “leveur“ de liège (celui qui prélève la couche de liège sur l’arbre) pour savoir “écouter“ l’arbre avec sa hache et se rendre compte de la qualité de l’écorce.

Au XIXè siècle, l’ensemble du massif était exploité et le feu était ainsi tenu à distance. Les chèvres étaient utilisées pour le débroussaillage, et les espaces ainsi éclaircis laissaient le champ libre aux abeilles. Les coupes de bois étaient vendues en fagots pour les forges ou les fours à pain. L’équilibre entre les ressources naturelles et les besoins des hommes était, semble-t-il, atteint. Bien sûr, la vie était rude.

“Le massif des Maures était considéré par la population plus éloignée comme une terre de diables, sombre et menaçante, note notre guide, et les gens ont commencé à descendre dans la plaine. La vie économique s’est concentrée sur le littoral. Les forestiers, eux, vivaient bien mais il étaient isolés. Il leur fallait trois jours pour rejoindre un village à dos d’âne”.

L’évolution actuelle est bien différente de la vie d’autrefois. En 2004, des incendies ont ravagé les deux-tiers du massif.

Le liège n’est plus guère exploité, le miel se raréfie, l’eau manque à cause des changements climatiques qui prolongent la saison chaude.

La Plaine des Maures

Il y a quand même de bonnes nouvelles. La prise de conscience environnementale fait son chemin dans la région. En redescendant des sommets, votre périple vous mènera vers la Plaine des Maures, un microcosme désormais protégé. La plaine fait partie d’une communauté de communes, le Coeur du Var, qui mise fortement sur le tourisme vert et la préservation du patrimoine naturel et culturel.

Hameau des Mayons © Sabine Grandadam

Village des Mayons © Olivier Lanfranchi

Déjà, sur la route qui mène au village des Mayons enchâssé dans son écrin de collines verdoyantes et de vignes, des troupeaux d’ânes broutent dans le maquis. Ils remplacent avantageusement les moteurs hurlants et l’odeur de gasoil des débroussailleuses mécaniques. L’éleveur est rémunéré pour cette activité par la réserve naturelle de la Plaine des Maures créée par le Conservatoire du littoral et gérée par le Conseil général. Autre dispositif ingénieux, la transhumance inversée. Les vaches viennent passer l’hiver au soleil de Provence, ici dans la plaine, puis repartent en mai en Savoie ou dans le Jura. Une façon intelligente de brouter toute l’année…

Point d’orgue de ce petit coin situé entre les Mayons, le Cannet des Maures, Le Luc-en-Provence, la Garde-Freinet et Vidauban, la réserve naturelle nationale de la Plaine des Maures a été créée en 2009 sur le territoire d’origine de la tortue d’Hermann, espèce désormais protégée. Il faut dire que la biodiversité de ce lieu est propice à la vie sauvage, encouragée par la création de deux lacs artificiels, celui des Escarcets et celui des Aurèdes, utiles réserves d’eaux pour lutter contre les feux de forêts. Ici se plaisent encore les orchidées sauvages, de petits iris délicats, le genévrier cade, des fougères naines très rares, et un maquis qui fleure bon le miel. Des sentiers de randonnée très bien signalés à l’entrée de la réserve traversent les forêts de pins parasols et de chêne-liège, longent un ruisseau encadré de roches plates et de haies de frênes. Pour les fans d’ornithologie, la Plaine des Maures et sa réserve sont le paradis d’oiseaux comme le guêpier, le rolier, la huppe fasciée ou les puffins, sans oublier les flamants roses.

Sentier sur la plaine des Maures © Coeur de Var - O.Lanfranchi

Sentier sur la plaine des Maures © Coeur de Var – O.Lanfranchi

A l’extérieur de la réserve, on peut apercevoir une voie romaine à proximité du lac des Escarcets. Le tracé antique qui reliait Rome à Arles constitue à lui seul un autre thème de promenade d’une douzaine de kilomètres.

Les vignes, le fromage et le miel récompensent les promeneurs, et les produits d’ici ont le goût de l’amour du travail dont ils sont issus. Au domaine de la Fouquette, aux Mayons, on peut ainsi déguster du vin bio délicat dans toute la gamme des rouges, des rosés et du blanc. Vous y trouverez également le gîte et le couvert si le coeur vous en dit, histoire de partager un moment avec des vignerons accueillants et d’écouter le silence dans la nuit des Maures.

Avec la devise “Notre terre est trop vieille pour qu’on lui manque de respect“, une AMAP s’est créée non loin de là, au Cannet-des-Maures, qui regroupe toutes les bonnes choses que la terre et les hommes savent faire avec courtoisie l’un pour l’autre. Vous ne sauriez davantage résister, toujours aux Mayons, à la visite de l’apiculteur et castanéiculteur local.

Bons plans/Idées

 

.Domaine de la Fouquette  : www.domainedelafouquette.com

Vins du domaine, chambre d’hôtes et ferme-auberge

. Semaine varoise de la Randonnée, chaque année du 27 septembre au 5 octobre

http://www.visitvar.fr/provence-cote-azur/var-en-fete/semaine-varoise-de-la-randonnee-pedestre

. Fête des châtaignes, Collobrières http://www.collobrieres-tourisme.com/index2.php?l_p=414

. Coeur du Var, tourisme http://www.coeurduvar.com/index.php

. Hébergement : chez Nili et Olivier à l’hôtel Notre-Dame dans un ancien relais de chasse du 17è siècleau bord de la rivière, avec ses chambres toutes différentes et des hôtes charmants. http://www.hotel-notre-dame.eu/fr/

. En bord de mer, pour finir en beauté :

Le Jardin des Méditerranées du Domaine du Rayol, au Rayo-Canadel-sur-Mer au pied du Massif des Maures. http://www.domainedurayol.org/

Un somptueux jardin qui révèle les parentés des espèces végétales d’un bout à l’autre du monde dans des conditions climatiques semblables.


La forêt et la plaine des Maures | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Sabine Grandadam

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